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Thématiques : Allégorie & Mythologie

  • Furet  -  Coteau
    Jean-Baptiste-André Furet (vers 1720-1807)
    Joseph Coteau (1740-1801)

    Rare pendule de cheminée dite « aux vestales » en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat et marbre blanc statuaire dit « de Carrare »

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    « Furet à Paris »

    Le cadran émaillé par à Joseph Coteau

    Paris, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur44 Largeur40 Profondeur12

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Furet à Paris » et « Coteau », indique les heures et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre repercé et doré. Le mouvement, à sonnerie des heures et des demi-heures et balancier à masque solaire, est renfermé dans une superbe caisse entièrement sculptée dans un bloc de marbre blanc statuaire dit « de Carrare » agrémentée de bronze très finement ciselé et doré à l’or mat. L’amortissement est orné de Cupidon guerrier debout sur des nuées, portant un casque, tenant une lance et s’appuyant sur son bouclier, son carquois est posé à ses pieds. De part et d’autre, sont deux figures féminines représentant des vestales, l’une, couronnée de roses, semble retenir le jeune dieu par une aile, l’autre tient un branchage fleuri dans sa main droite. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire dont les côtés arrondis sont à réserves ornées de courses de branches de laurier et la façade à panneau en léger relief à décor de putti musiciens dans des nuées. Enfin, six pieds évasés moulurés supportent l’horloge.

    La composition particulièrement originale et unique de cette rare pendule, ainsi que la qualité exceptionnelle du traitement sculptural de l’œuvre, en font l’une des pendules sculptées en marbre parmi les plus élaborées et les plus abouties de son époque. Travaillée dans un seul et même bloc de marbre de Carrare, sélectionné avec rigueur par le sculpteur pour sa perfection, le groupe et la terrasse ne forment qu’un seul et même élément, représentant un véritable tour de force et démontrant ainsi la parfaite maîtrise technique de l’artiste. En l’occurrence, des artistes, car nous attribuons cette œuvre, marquée d’élégance et de raffinement, à deux frères, Joseph (vers 1740-1807) et Jean-Baptiste-Ignace Broche (1741-1794), célèbres sculpteurs parisiens qui travaillèrent quelques années à la Manufacture de Sèvres sous la direction d’Etienne-Maurice Falconet (1716-1791), l’une des principales figures du Néoclassicisme du deuxième tiers du XVIIIe siècle (voir le catalogue de l’exposition Falconet à Sèvres ou l’Art de plaire 1757-1766, Musée national de Céramique, Sèvres, RMN, Paris, 2001).

    Jean-Baptiste-André Furet (vers 1720 - 1807)

    L’un des plus importants horlogers parisiens du règne de Louis XVI, il signait « Furet à Paris ». Fils et petit-fils d’horlogers, il accède à la maîtrise le 18 novembre 1746 en tant que fils de maître et installe son atelier rue Saint-Honoré. Il s’associe dans un premier temps avec son père, puis reprend le fonds de commerce paternel et rencontre une grande notoriété auprès des amateurs parisiens d’horlogerie de luxe lui permettant notamment de recevoir le titre d’Horloger Ordinaire du Roi pour sa Bibliothèque. A l’instar des plus importants horlogers parisiens de son époque, Furet collabore avec les meilleurs artisans de son temps, en travaillant avec les fondeurs Thomire, Vion et Blavet, l’émailleur Coteau et les frères Broche pour la sculpture.



    Joseph Coteau (1740 - 1801)

    Joseph Coteau est le plus célèbre émailleur de son temps et collabora avec la plupart des grands horlogers parisiens de l’époque. Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l’Académie de Saint Luc en 1766 ; puis il vint s’installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu’à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée. Coteau laissa notamment son nom à une technique précieuse d’émaux en relief qu’il mit au point avec Parpette destinée au décor de certaines pièces de porcelaine de Sèvres et qu’il utilisa par la suite pour le décor des cadrans des pendules les plus précieuses ; décorés de ce décor si caractéristique, mentionnons notamment : une écuelle couverte et son plateau qui appartiennent aux collections du Musée national de la Céramique à Sèvres (Inv. SCC2011-4-2) ; ainsi qu’une paire de vases dits « cannelés à guirlandes » conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans le catalogue de l’exposition Un défi au goût, 50 ans de création à la manufacture royale de Sèvres (1740-1793), Musée du Louvre, Paris, 1997, p.108, catalogue n°61) ; et une aiguière et sa cuvette dites « de la toilette de la comtesse du Nord » exposées au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (reproduites dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.207, fig.250). Enfin, soulignons, qu’une pendule lyre de l’horloger Courieult en porcelaine bleue de Sèvres, le cadran signé « Coteau » et daté « 1785 », est conservée au Musée national du château de Versailles ; elle semble correspondre à l’exemplaire inventorié en 1787 dans les appartements de Louis XVI au château de Versailles (illustrée dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’Horlogerie ancienne, automne 1993, n°68, p.32C).



    Ravrio  -  Dubuisson
    André-Antoine Ravrio (1759-1814)
    Dubuisson (1731-1815)

    Importante pendule de cheminée à figure mythologique en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc statuaire dit « de Carrare »

    « Le Char de Diane chasseresse »

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    Probablement David-Frédéric Dubois

    Le cadran émaillé attribué à Etienne Gobin, dit Dubuisson

    Dans une caisse attribuée à Antoine-André Ravrio

    Paris, début de l’époque Empire, vers 1805

    Hauteur46 Largeur53.5 Profondeur16.5

    Le cadran annulaire émaillé fond bleu, signé « Dubois R.S.Hre N°207 à Paris », indique dans des cartouches fond blanc les heures en chiffres romains et les graduations des minutes sur sa bordure extérieure par deux aiguilles œil-de-perdrix en acier poli-bleui dites « Breguet » ; il s’inscrit dans la roue d’un char tiré par deux lévriers galopant dans lequel se trouve une superbe figure féminine en pied représentant Diane chasseresse ; la déesse est vêtue d’une tunique légère « à l’antique » et s’apprête à décocher une flèche. Le bige est décoré d’une tête de cerf bramant et d’un bandeau à feuilles de chêne agrémentées de glands ; la terrasse est agrémentée de branchages de chêne et d’un trophée de chasse. L’ensemble est supporté par une base quadrangulaire à côtés arrondis ceinturée d’enfilages de perles et olives alternées et d’une frise repercée à crosses rythmées de palmettes et feuillages stylisés. Enfin, six pieds toupies également ouvragés de frises moletées supportent l’horloge.

    Avant l’époque Empire, le char constitue rarement un élément privilégié pour la réalisation des pendules parisiennes. Cela était certainement dû à la problématique à laquelle étaient confrontés les horlogers du XVIIIe siècle : intégrer leurs mouvements et leurs cadrans à ce type de compositions. Cette difficulté sera habilement surmontée par les artisans du début du siècle suivant qui parvinrent à inscrire leurs cadrans dans les roues des chars. En considérant plus précisément le modèle que nous proposons, sa composition particulièrement originale peut être rattachée à l’œuvre de l’un des plus importants bronziers parisiens de l’époque Empire : Antoine-André Ravrio. De nos jours, parmi les rares pendules connues réalisées dans le même esprit mais tirées par des cervidés, citons particulièrement : un premier exemplaire, commandé pour le Palais Het Loo à Apeldoorn, qui appartient aux collections royales hollandaises à La Hague (reproduit dans Royal Clocks in Paleis Het Loo, A Catalogue, 2003, p.38) ; ainsi qu’un second, le mouvement signé « Armingault à Paris », qui a la particularité de figurer un char tiré par un seul cervidé (paru dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p.419, fig. G). Enfin, mentionnons particulièrement qu’une pendule identique à celle que nous proposons, mais sur une base en marbre vert de mer, appartient aux collections de l’Ecole d’Horlogerie de Dreux, tandis qu’une seconde fait partie des collections du Château de Hesse à Darmstadt (voir M. Gay et A. Lemaire, « Les pendules au char », in Bulletin de l’Association nationale des Collectionneurs et Amateurs d’Horlogerie ancienne, printemps 1993, n°66, p.37).

    André-Antoine Ravrio (1759 - 1814)

    Antoine-André Ravrio figure parmi les plus importants bronziers parisiens de la fin du XVIIIe siècle et du Premier Empire. Fournisseur attitré du Garde-meuble impérial, Ravrio participe, aux côtés de Pierre-Philippe Thomire et de Claude Galle, au réaménagement des principales résidences de l’empereur Napoléon et à la fourniture de nombreux bronzes d’ameublement pour les grandes personnalités de l’époque, notamment certains maréchaux d’Empire. De nos jours, certaines de ses réalisations appartiennent aux collections du Mobilier national à Paris et  à de grandes collections publiques et privées internationales.



    Dubuisson (1731 - 1815)

    Étienne Gobin, dit Dubuisson, est l’un des meilleurs émailleurs parisiens de la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème. Vers le milieu des années 1750 il travaille à la manufacture de Sèvres, établissant par la suite son propre atelier. Il est mentionné dans les années 1790 dans la rue de la Huchette et vers 1812, dans la rue de la Calandre. Spécialisé dans les boîtes de montres et cadrans émaillées, il est réputé pour son habileté exceptionnelle et la représentation de détails.



    Bertrand  -  Rémond  -  Coteau
    Joseph-Charles-Paul Bertrand (1746-1789)
    François Rémond (vers 1747-1812)
    Joseph Coteau (1740-1801)
    Edme-Portail Barbichon
    Dominique Daguerre

    Exceptionnelle pendule de cheminée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc statuaire dit « de Carrare »

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    Les bronzes attribués à François Rémond

    Les cadrans par Joseph Coteau et Edmé-Protail Barbichon

    L’ensemble certainement réalisé sous la direction de Dominique Daguerre

    Paris, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur54.5 Largeur40.2 Profondeur12.5

    Provenance :

    Paris, collection privée.

     

    Le cadran principal annulaire émaillé blanc, signé « Cles Bertrand Her de L’académie des Sciences », indique les heures, les minutes par tranches de quinze et les quantièmes du mois en chiffres arabes par trois aiguilles, dont deux en cuivre repercé et doré, et bat les secondes par une trotteuse centrale. Il est flanqué de deux cadrans auxiliaires également de forme annulaire à riche décor émaillé, l’un par Barbichon marquant les jours de la semaine associés à des cartouches renfermant des figures mythologiques ou allégoriques relatives aux planètes, l’autre par Coteau indiquant le calendrier annuel avec les mois et les jours de l’année associés à des cartouches ovalisés à décor de leurs signes zodiacaux respectifs. L’ensemble s’inscrit dans une superbe caisse entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc statuaire dit « de Carrare ». La boite circulaire, renfermant le mouvement à sonnerie des heures et demi-heures, est surmontée d’une urne chargée d’un bouquet fleuri et feuillagé et supportée par deux aigles à corps à larges feuilles d’acanthe reposant sur des doubles pattes ; ils tiennent dans leurs becs des guirlandes soulignant les deux cadrans auxiliaires et sont coiffés d’un plumet émergeant d’un panache de feuilles nervurées. Le tout repose sur une base quadrangulaire à moulure en cavet foncée d’un enfilage de perles et agrémentée de réserves à panneaux en léger relief représentant des putti musiciens ou allégoriques dans des nuées traités dans le goût du sculpteur Clodion. Enfin, quatre pieds à bagues moulurées, cannelures et feuillages, supportent l’horloge.

    D’une qualité exceptionnelle de ciselure et de dorure, la pendule que nous proposons se distingue également par sa composition particulièrement originale qui s’inspire plus ou moins directement de certains projets d’ornemanistes parisiens du temps, notamment de ceux de Jean-Démosthène Dugourc (1749-1825), l’un des plus talentueux et surtout l’un des principaux initiateurs des nouvelles tendances décoratives avant-gardistes du dernier tiers du XVIIIe siècle. Elle peut être considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de l’horlogerie parisienne de luxe du dernier quart du XVIIIe siècle. En effet, à ce jour, aucune autre horloge identique n’est connue, ce qui en fait un modèle unique, de toute évidence commandé tout spécialement à la demande de l’un des principaux amateurs parisiens de l’époque. Cette hypothèque semble confirmer par l’association de deux des meilleurs émailleurs de l’époque : Joseph Coteau et Edmé-Protais Barbichon, qui durent collaborer sur une même pièce, chose rarissime pour des émailleurs ; cette particularité peut s’expliquer par la personnalité très probable du destinataire, un donneur d’ordre puissant impatient de voir l’aboutissement de l’ameublement et de la décoration de sa luxueuse demeure parisienne.

    Joseph-Charles-Paul Bertrand (1746 - 1789)

    Joseph-Charles-Paul Bertrand, dit Charles Bertrand (Nettancourt 1746-Paris 1789) figure parmi les plus importants horlogers parisiens du règne de Louis XVI. Après avoir effectué son apprentissage chez Eustache-François Houblin, il reçoit ses lettres de maîtrise le 20 février 1772 et installe son atelier rue Montmartre. En l’espace de quelques années, il acquiert un grande notoriété pour la perfection de ses mouvements et est nommé « Horloger de l’Académie Royale des Sciences ». Spécialisé dans la réalisation de pendules squelettes ou à complication, il collabore avec les meilleurs artisans du temps pour la création des caisses de ses horloges, notamment avec Knab pour les boîtiers, Barbichon, Coteau et Borel pour les cadrans, et Jean-Joseph de Saint-Germain et François Vion pour les bronzes. Il se compose une riche clientèle issue du monde de la finance et de la haute aristocratie, parmi laquelle figuraient la marquise de Lambertye et Harenc de Presle ; pour ce dernier il réalisa une belle pendule vase décrite en avril 1795 lors de la vente de la collection de cet amateur : « Un riche vase, de belle forme, enrichi d’anses à double rinceau, avec couvercle, à guirlandes de roses, surmonté d’une pomme de pin, dans le milieu du vase et sur le bandeau on a placé un rond entouré de pierres fausses, avec cadran de montre émaillé de Charles Bertrand, le culot du vase est à côtés saillants de piédouche, élevé sur fût de colonne cannelée, dont la base à tores de laurier. Hauteur 14 pouces, diamètre 8 ».

    Enfin, signalons que de nos jours certaines pendules de cet horloger sont conservées dans les plus grandes collections publiques internationales, citons particulièrement celles qui sont exposées au Metropolitan Museum of Art de New York, au Musée national des Techniques à Paris et à la Walters Art Gallery de Baltimore.



    François Rémond (vers 1747 - 1812)

    À l’instar de Pierre Gouthière, François Rémond est l’un des plus importants artisans ciseleurs-doreurs parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Il débute son apprentissage en 1763 et obtient ses lettres de maîtrise en 1774. Immédiatement son talent lui permet de se composer une riche clientèle parmi laquelle figuraient notamment certaines personnalités de la Cour. Mais surtout François Rémond, par l’intermédiaire du marchand-mercier Dominique Daguerre, participe à l’ameublement de la plupart des grands collectionneurs de la fin du XVIIIe siècle en fournissant des caisses de pendules, des chenets, des candélabres…toujours d’une très grande qualité d’exécution et aux compositions particulièrement raffinées et novatrices qui firent sa notoriété.



    Joseph Coteau (1740 - 1801)

    Joseph Coteau est le plus célèbre émailleur de son temps et collabora avec la plupart des grands horlogers parisiens de l’époque. Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l’Académie de Saint Luc en 1766 ; puis il vint s’installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu’à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée. Coteau laissa notamment son nom à une technique précieuse d’émaux en relief qu’il mit au point avec Parpette destinée au décor de certaines pièces de porcelaine de Sèvres et qu’il utilisa par la suite pour le décor des cadrans des pendules les plus précieuses ; décorés de ce décor si caractéristique, mentionnons notamment : une écuelle couverte et son plateau qui appartiennent aux collections du Musée national de la Céramique à Sèvres (Inv. SCC2011-4-2) ; ainsi qu’une paire de vases dits « cannelés à guirlandes » conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans le catalogue de l’exposition Un défi au goût, 50 ans de création à la manufacture royale de Sèvres (1740-1793), Musée du Louvre, Paris, 1997, p.108, catalogue n°61) ; et une aiguière et sa cuvette dites « de la toilette de la comtesse du Nord » exposées au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (reproduites dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.207, fig.250). Enfin, soulignons, qu’une pendule lyre de l’horloger Courieult en porcelaine bleue de Sèvres, le cadran signé « Coteau » et daté « 1785 », est conservée au Musée national du château de Versailles ; elle semble correspondre à l’exemplaire inventorié en 1787 dans les appartements de Louis XVI au château de Versailles (illustrée dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’Horlogerie ancienne, automne 1993, n°68, p.32C).



    Edme-Portail Barbichon

    Edme-Portail Barbichon était l’un des meilleurs émailleurs de la deuxième partie du XVIIIème siècle. Son nom est associé à ceux des meilleurs horlogers, y compris Ferdinand Berthoud et Charles Bertrand.



    Dominique Daguerre

    Dominique Daguerre est le plus important marchand-mercier, comprenez marchand d’objets de luxe, du dernier quart du XVIIIe siècle. Ses débuts de carrière restent relativement méconnus et l’on peut considérer qu’il démarre véritablement son activité à partir de 1772, année de son association avec Philippe-Simon Poirier (1720-1785), autre marchand-mercier célèbre et inventeur des pièces d’ébénisterie agrémentées de plaques de porcelaine de la Manufacture royale de Sèvres. Lorsque Poirier se retire des affaires, vers 1777-1778, Daguerre prend la direction du magasin rue du Faubourg Saint-Honoré et garde la raison sociale « La Couronne d’Or ». Conservant la clientèle de son prédécesseur, il développe considérablement l’activité en quelques années et joue un rôle de premier plan dans le renouveau des arts décoratifs parisiens de l’époque en faisant travailler les meilleurs ébénistes du temps, particulièrement Adam Weisweiler, Martin Carlin et Claude-Charles Saunier, le menuisier du Garde-Meuble de la Couronne, Georges Jacob, les bronziers ou ciseleurs-doreurs Pierre-Philippe Thomire et François Rémond et les horlogers Renacle-Nicolas Sotiau et Robert Robin. Ayant porté le luxe « à la française » à son summum, Daguerre, visionnaire et homme d’affaires hors du commun, s’installe en Angleterre vers le début des années 1780 et s’associe avec Martin-Eloi Lignereux, qui reste en charge du magasin parisien. A Londres, patronné par le prince Régent, futur roi George IV, Daguerre participe activement à l’aménagement et à la décoration de Carlton House et du Pavillon de Brighton, en faisant fonctionner à merveille son réseau d’artisans parisiens important de Paris la plupart des meubles, sièges, cheminées, bronzes d’ameublement et objets d’art et facturant, uniquement pour l’année 1787, plus de 14500£ de fournitures. Impressionnés par le talent du marchand, quelques grands aristocrates anglais font également appel à ses services, particulièrement le Comte Spencer pour Althorp où Daguerre collabore avec l’architecte Henry Holland (1745-1806). A Paris, il continue, par l’intermédiaire de son associé Lignereux, à travailler pour les grands amateurs et livre de superbes pièces d’ébénisterie au Garde-Meuble de la Couronne. Probablement très affecté par les troubles révolutionnaires et la disparition de nombreux de ses clients les plus importants, il se retire définitivement des affaires en 1793.



    Voisin
    Antoine-Henri Voisin (1733-vers 1815)

    Rare pendule en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc statuaire dit « de Carrare »

    « Mercure et Vénus »

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    « Henry Voisin »

    Paris, époque Louis XVI, vers 1780

    Hauteur46.5 Largeur43 Profondeur17

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Henry Voisin », indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre repercé et doré ; le mouvement, à sonnerie des heures et demi-heures, est renfermé dans une caisse entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc statuaire dit « de Carrare ». Le recouvrement est orné d’une figure représentant Mercure, portant à ses chevilles des bandelettes retenant des petites ailes et coiffé du pétase, chapeau à larges bords arrondis, symbole des voyageurs dont il est le protecteur ; le jeune dieu, son caducée à ses pieds posé sur des nuées, tient un ouvrage ouvert gravé de vers poétiques relatif à l’Art qui est examiné par une jeune femme drapée « à l’antique » figurant Vénus, une couronne et un rameau à ses pieds. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire, à décrochements et côtés arrondis, ceinturée d’une frise d’oves et fleurons alternés et richement agrémentée de réserves à rosaces et rinceaux feuillagés rythmés de fleurettes et têtes d’oiseaux. Enfin, quatre forts pieds architecturés à tores de laurier enrubannés et godrons supportent l’horloge.

    La composition particulièrement élégante de cette rare pendule illustre l’un des thèmes privilégiés par les horlogers parisiens du temps : la représentation de la déesse Vénus associée à celle d’un autre dieu. Nombreuses sont les représentations, aussi bien en sculpture et en peinture, que dans les arts décoratifs, illustrant la déesse de l’Amour dans les attitudes les plus diverses, le plus souvent accompagnée du jeune Cupidon et plus rarement de Mercure.

    Ainsi, parmi les rares pendules identiques connues, citons particulièrement : un premier exemplaire, le cadran signé « Béliard fils à Paris », qui appartient aux collections du Musée du Louvre à Paris (Inv. OA9508) ; ainsi qu’un second, le cadran d’Imbert l’aîné, qui est exposé à la Residenz de Munich et illustré dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Munich, 1986, Volume I, p.248, fig.4.6.14 (voir également E. Niehüser, Die französische Bronzeuhr, Eine Typologie der figürlichen Darstellungen, Munich, 1997, p.50, fig.61).

    Antoine-Henri Voisin (1733 - vers 1815)

    Mieux connu sous le nom de Henry Voisin, il figure parmi les plus importants horlogers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Fils de l’horloger Charles Voisin (1685-1761), il s’associe un temps avec son père, puis ouvre son propre atelier et devient en l’espace de quelques années l’un des horlogers parisiens les plus renommés de la capitale. Dès la fin du XVIIIe ou les premières années du siècle suivant, certaines de ses réalisations sont mentionnées chez certains grands amateurs parisiens, citons notamment les pendules inventoriées chez Madeleine-Françoise-Louise-Elisabeth de Lorraine princesse de Marsan, chez le maréchal de France Charles duc de Fitzjames au moment de l’inventaire après décès de son épouse, chez le célèbre imprimeur Pierre Didot, dit l’aîné, et chez Victurnien-Bonaventure-Victor de Rochechouart marquis de Mortemart.



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    Rémond  -  Daguerre
    François Rémond (vers 1747-1812)
    Dominique Daguerre

    Importante pendule de cheminée, dite « L’Étude », en bronze très finement ciselé, argenté, patiné « à l’antique » ou doré à l’or mat et marbre blanc dit « de Carrare »

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    La caisse attribuée au bronzier François Rémond

    Les figures d’après les modèles du sculpteur Louis-Simon Boizot

    Certainement réalisée sous la supervision de Dominique Daguerre

    Paris, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur56 Largeur60 Profondeur20

    Le cadran annulaire émaillé blanc indique les heures, les minutes par tranches de quinze et les quantièmes du mois en chiffres arabes par trois aiguilles, dont deux en cuivre repercé et doré ; il marque également les secondes par une trotteuse centrale en acier-poli-bleui. Le mouvement apparent, de type « squelette », s’inscrit dans une caisse entièrement réalisée en bronze très finement ciselé, argenté, patiné « à l’antique » ou doré à l’or mat et marbre blanc de Carrare. L’amortissement cintré, souligné de deux cornes d’abondance, est orné d’un groupe allégorique représentant l’enlèvement de Ganymède par Zeus métamorphosé en aigle ; le mouvement est supporté par un tronçon de colonne à cannelures foncées d’asperges et base à tore de feuilles de laurier flanqué de deux consoles à têtes de bélier émergeant de rinceaux d’acanthes. De part et d’autre, sont deux figures assises sur des terrasses rectangulaires représentant un jeune homme écrivant sur une tablette à l’aide d’un stylet et, en opposition, une jeune femme lisant un ouvrage ouvert sur ses genoux. L’ensemble repose sur une superbe base architecturée de forme quadrangulaire à ressauts richement agrémentée de motifs en applique à décor de mascarons retenant des guirlandes fleuries et feuillagées enrubannées, rosaces, frises de torsades, de perles ou de feuilles d’eau…en façade, une niche reçoit une urne couverte « en navette », à décor de godrons et prises en têtes d’animaux fantastiques, soulignée de serpents argentés aux queues entrelacées. Enfin, six pieds à frises moletées supportent l’ensemble de l’horloge.

    Souvent appelé à tort « Les Arts et les Lettres », « L’Etude et la Philosophie », « aux Maréchaux » ou « Les Liseuses », ce modèle de pendule apparaît uniquement sous le nom de « L’Etude » dans la correspondance commerciale entre le ciseleur-doreur François Rémond et le marchand-mercier Dominique Daguerre, le plus important marchand d’objets de luxe du règne de Louis XVI ; le dessin préparatoire de l’horloge, annoté de la main de Rémond, fut proposé aux enchères à Paris en février 1981 (reproduit dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.295, fig.4.17.5). Réalisée à partir de 1784, la composition déclinait directement deux figures créées en 1776 par le sculpteur Louis-Simon Boizot (1743-1809) pour la Manufacture royale de Sèvres représentant une jeune fille lisant et un jeune homme écrivant sous les noms de « l’étude » et « la philosophie » ; voir un biscuit de Sèvres de ce modèle qui est conservé dans la collection Jones au Victoria & Albert Museum à Londres (illustré dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, op.cit., Band I, Munich, 1986, p.294, fig.4.17.2). Ces figures furent exploitées par Daguerre qui chargea Rémond de les adosser à une borne supportant un mouvement d’horlogerie sommé d’un aigle, créant ainsi l’une des pendules néoclassiques les plus abouties des arts décoratifs parisiens de la fin du règne de Louis XVI qui rencontra immédiatement un immense succès auprès des grands amateurs de l’époque.

    De nos jours, parmi les pendules de ce modèle répertoriées, avec de nombreuses variantes dans le traitement de la composition générale, qui sont conservées dans de grandes collections publiques et privées internationales, citons notamment : un premier exemplaire, le cadran signé « Dubuc jeune », qui est exposé au Palais du Quirinal à Rome (paru dans A. Gonzales-Palacios, Il patrimonio artistico del Quirinale, Gli Arredi francesi, Milan, 1996, p.308, n°89) ; un deuxième est conservé dans le Salon des Aides de camp du Palais de l’Elysée (voir M. et Y. Gay, « Du Pont d’Iéna à l’Elysée », dans Bulletin de l’association nationale des collectionneurs et amateurs d’horlogerie ancienne (ANCAHA), été 1993, n°67, p.12) ; un troisième, le cadran de « Mercier à Paris », appartient aux collections de la Banque de France à Paris (illustré dans M. et Y. Gay, « L’ANCAHA à la Banque de France », dans Bulletin ANCAHA, été 1995, n°73, p.76) ; et un quatrième, provenant probablement des anciennes collections du roi Louis XVI, qui est reproduite dans C. Baulez, « Les bronziers Gouthière, Thomire et Rémond », dans le catalogue d’exposition Louis-Simon Boizot 1743-1809, Sculpteur du roi et directeur de l’atelier de sculpture à la Manufacture de Sèvres, Paris, 2001, p.287, fig.9. Enfin, relevons particulièrement que trois pendules de ce type appartiennent aux collections royales espagnoles (voir J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.62, 64 et 92), tandis que trois autres exemplaires figurent dans les collections royales anglaises (parus dans C. Jagger, Royal Clocks, The British Monarchy and its Timekeepers 1300-1900, Londres, 1983, p.211-212).

    François Rémond (vers 1747 - 1812)

    À l’instar de Pierre Gouthière, François Rémond est l’un des plus importants artisans ciseleurs-doreurs parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Il débute son apprentissage en 1763 et obtient ses lettres de maîtrise en 1774. Immédiatement son talent lui permet de se composer une riche clientèle parmi laquelle figuraient notamment certaines personnalités de la Cour. Mais surtout François Rémond, par l’intermédiaire du marchand-mercier Dominique Daguerre, participe à l’ameublement de la plupart des grands collectionneurs de la fin du XVIIIe siècle en fournissant des caisses de pendules, des chenets, des candélabres…toujours d’une très grande qualité d’exécution et aux compositions particulièrement raffinées et novatrices qui firent sa notoriété.



    Dominique Daguerre

    Dominique Daguerre est le plus important marchand-mercier, comprenez marchand d’objets de luxe, du dernier quart du XVIIIe siècle. Ses débuts de carrière restent relativement méconnus et l’on peut considérer qu’il démarre véritablement son activité à partir de 1772, année de son association avec Philippe-Simon Poirier (1720-1785), autre marchand-mercier célèbre et inventeur des pièces d’ébénisterie agrémentées de plaques de porcelaine de la Manufacture royale de Sèvres. Lorsque Poirier se retire des affaires, vers 1777-1778, Daguerre prend la direction du magasin rue du Faubourg Saint-Honoré et garde la raison sociale « La Couronne d’Or ». Conservant la clientèle de son prédécesseur, il développe considérablement l’activité en quelques années et joue un rôle de premier plan dans le renouveau des arts décoratifs parisiens de l’époque en faisant travailler les meilleurs ébénistes du temps, particulièrement Adam Weisweiler, Martin Carlin et Claude-Charles Saunier, le menuisier du Garde-Meuble de la Couronne, Georges Jacob, les bronziers ou ciseleurs-doreurs Pierre-Philippe Thomire et François Rémond et les horlogers Renacle-Nicolas Sotiau et Robert Robin. Ayant porté le luxe « à la française » à son summum, Daguerre, visionnaire et homme d’affaires hors du commun, s’installe en Angleterre vers le début des années 1780 et s’associe avec Martin-Eloi Lignereux, qui reste en charge du magasin parisien. A Londres, patronné par le prince Régent, futur roi George IV, Daguerre participe activement à l’aménagement et à la décoration de Carlton House et du Pavillon de Brighton, en faisant fonctionner à merveille son réseau d’artisans parisiens important de Paris la plupart des meubles, sièges, cheminées, bronzes d’ameublement et objets d’art et facturant, uniquement pour l’année 1787, plus de 14500£ de fournitures. Impressionnés par le talent du marchand, quelques grands aristocrates anglais font également appel à ses services, particulièrement le Comte Spencer pour Althorp où Daguerre collabore avec l’architecte Henry Holland (1745-1806). A Paris, il continue, par l’intermédiaire de son associé Lignereux, à travailler pour les grands amateurs et livre de superbes pièces d’ébénisterie au Garde-Meuble de la Couronne. Probablement très affecté par les troubles révolutionnaires et la disparition de nombreux de ses clients les plus importants, il se retire définitivement des affaires en 1793.



    Sotiau  -  Rémond  -  Daguerre
    Renacle-Nicolas Sotiau (1749-1791)
    François Rémond (vers 1747-1812)
    Dominique Daguerre

    Importante pendule de cheminée, dite « L’Étude », en bronze très finement ciselé, doré ou patiné, et marbre bleu turquin

    Pendule378-05_HD_WEB

    Les figures d’après les modèles du sculpteur Louis-Simon Boizot

    La caisse attribuée au bronzier François Rémond

    Certainement réalisée sous la supervision de Dominique Daguerre

    Paris, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur55.5 Largeur69.5 Profondeur16

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Sotiau », indique, par deux aiguilles en cuivre repercé, les heures en chiffres arabes et les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes. Le mouvement est renfermé dans une boite circulaire reposant sur une borne à bas-relief représentant des putti tentant d’allumer un feu et supportant un superbe aigle aux ailes déployées tenant des foudres dans ses serres ; de part et d’autre, sont assis deux personnages allégoriques en bronze patiné « à l’antique » figurant un jeune homme regardant une tablette et une jeune femme occupée à la lecture d’un ouvrage qu’elle tient ouvert devant elle. L’ensemble est ceinturé d’une frise de feuillages stylisés et repose sur une base quadrangulaire à côtés arrondis et à légers décrochements en marbre bleu turquin richement agrémentée de motifs en bronze ciselé et doré tels que mascaron d’homme barbu encadré d’amours ailés dont les corps se prolongent en rinceaux feuillagés « en arabesque » et réserves à brettés animées d’un motif à thyrses flanqués de deux jeunes satyres trompetant ; enfin, huit pieds, soulignés de frises de godrons également finement ouvragées, supportent l’ensemble de l’horloge.

    Souvent appelé à tort « Les Arts et les Lettres », « L’Etude et la Philosophie », « aux Maréchaux » ou « Les Liseuses », ce modèle de pendule apparaît uniquement sous le nom de « L’Etude » dans la correspondance commerciale entre le ciseleur-doreur François Rémond et le marchand-mercier Dominique Daguerre, le plus important marchand d’objets de luxe du règne de Louis XVI ; le dessin préparatoire de l’horloge, annoté de la main de Rémond, fut proposé aux enchères à Paris en février 1981 (reproduit dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.295, fig.4.17.5).

    Réalisée à partir de 1784, la composition déclinait directement deux figures créées en 1776 par le sculpteur Louis-Simon Boizot (1743-1809) pour la Manufacture royale de Sèvres représentant une jeune fille lisant et un jeune homme écrivant sous les noms de « l’étude » et « la philosophie » ; voir un biscuit de Sèvres de ce modèle qui est conservé dans la collection Jones au Victoria & Albert Museum à Londres (illustré dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, op.cit., Band I, Munich, 1986, p.294, fig.4.17.2). Ces figures furent exploitées par Daguerre qui chargea Rémond de les adosser à une borne supportant un mouvement d’horlogerie sommé d’un aigle, créant ainsi l’une des pendules néoclassiques les plus abouties des arts décoratifs parisiens de la fin du règne de Louis XVI qui rencontra immédiatement un immense succès auprès des grands amateurs de l’époque.

    Dès la fin du XVIIIe siècle, certains documents anciens mentionnent des pendules de ce modèle portant la signature de l’horloger Sotiau chez de grands collectionneurs du temps ; mais relevons qu’elles sont alors toutes décrites reposant sur des bases en marbre blanc, justifiant ainsi la « provenance Crawford » de la pendule que nous proposons. Mentionnons particulièrement : « …une pendule de cheminée du nom de Sotiau à cadran d’émail marquant les heures et minutes dans sa boite garnie de guirlandes et surmontée d’un aigle en cuivre doré d’or moulu accompagnée de deux figures de cuivre bronzé assises sur un socle de marbre blanc garni de bas-reliefs, ornements à perles et pieds en cuivre doré d’or moulu 350 livres » décrite en janvier 1790 dans l’inventaire après décès d’Anne-Adélaïde de Mailly-Nesle femme de Louis-Marie prince d’Arenberg ; ainsi qu’« une pendule sur cheminée du nom de Sotiau à Paris et à quantièmes avec deux figures principales sujet de la Fable en bronze, le corps de la pendule sur un piédestal et surmonté d’un aigle, sur large socle de marbre blanc le tout doré en cuivre ciselé 2400 livres » inventoriée chez les princes de Salm en novembre 1790 ; enfin, relevons qu’une horloge de ce type était décrite en novembre 1787 au moment de la dispersion aux enchères de la collection de Joseph-Hyacinthe-François-de-Paule de Rigaud comte de Vaudreuil : « N°382. Une pendule par Sotiau. Elle est composée d’un cylindre surmonté d’un aigle portant un foudre dans ses serres, et de deux supports représentant d’un côté, un jeune homme écrivant sur une tablette, et de l’autre, une femme qui étudie. Ce cartel est sur un piédestal carré, orné d’un bas-relief d’enfants, posé sur une plinthe de marbre blanc à panneaux renfoncés et frise composée de masques d’hommes et d’enfants qui se terminent en rinceaux d’ornements ; deux médaillons renfoncés offrent des têtes de Méduse. Cette pendule réunit à la beauté de la forme et du fini, la bonté du mouvement et ne laisse rien à désirer : la dorure au mat est exécutée avec le plus grand soin. Hauteur 20 pouces, largeur 26 ».

    De nos jours, parmi les pendules de ce modèle, avec variantes, répertoriées dans les grandes collections publiques et privées internationales, citons notamment : un premier exemplaire, le cadran signé « Dubuc jeune », qui est exposé au Palais du Quirinal à Rome (paru dans A. Gonzales-Palacios, Il patrimonio artistico del Quirinale, Gli Arredi francesi, Milan, 1996, p.308, n°89) ; un deuxième est conservé dans le Salon des Aides de camp du Palais de l’Elysée (voir M. et Y. Gay, « Du Pont d’Iéna à l’Elysée », dans Bulletin de l’association nationale des collectionneurs et amateurs d’horlogerie ancienne (ANCAHA), été 1993, n°67, p.12) ; un troisième, le cadran de « Mercier à Paris », appartient aux collections de la Banque de France à Paris (illustré dans M. et Y. Gay, « L’ANCAHA à la Banque de France », dans Bulletin ANCAHA, été 1995, n°73, p.76) ; et un quatrième, provenant probablement des anciennes collections du roi Louis XVI, qui est reproduite dans C. Baulez, « Les bronziers Gouthière, Thomire et Rémond », dans le catalogue d’exposition Louis-Simon Boizot 1743-1809, Sculpteur du roi et directeur de l’atelier de sculpture à la Manufacture de Sèvres, Paris, 2001, p.287, fig.9. Enfin, relevons particulièrement que trois pendules de ce type appartiennent aux collections royales espagnoles (voir J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.62, 64 et 92), tandis que trois autres exemplaires figurent dans les collections royales anglaises (parus dans C. Jagger, Royal Clocks, The British Monarchy and its Timekeepers 1300-1900, Londres, 1983, p.211-212).

    Renacle-Nicolas Sotiau (1749 - 1791)

    Il doit être considéré comme le principal et le plus talentueux représentant de l’horlogerie de luxe parisienne pendant la décennie qui précède la fin de l’Ancien Régime. Après son accession à la maîtrise, le 24 juin 1782, il installe son atelier rue Saint-Honoré et rencontre immédiatement un immense succès auprès des grands amateurs de l’époque. Par l’intermédiaire des principaux marchands-merciers de la capitale, particulièrement François Darnault et Dominique Daguerre, il conçoit des mouvements de pendules, chefs-d’œuvre d’élégance, de perfectionnement et de raffinement, pour les plus grands collectionneurs. A l’instar des meilleurs horlogers parisiens, Sotiau s’entoure des plus habiles artisans afin de réaliser les caisses de ses pendules en travaillant particulièrement avec les bronziers Pierre-Philippe Thomire et François Rémond. Cette sélection tendant vers l’excellence lui permet notamment de porter le titre très convoité d’« Horloger de Monseigneur le Dauphin », fils aîné de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Ses œuvres se retrouvent fréquemment mentionnées lors des inventaires après décès ou au moment des dispersions aux enchères des collections des grandes personnalités du temps ; c’est ainsi que des pendules de Sotiau sont aussi bien décrites chez de grands financiers, notamment chez le richissime banquier de la Cour Jean-Joseph de Laborde, que chez de hauts membres du Clergé, tel François-Camille prince de Lorraine, et chez de grands aristocrates, tels Louis-Antoine-Auguste de Rohan-Chabot duc de Chabot, Charles-Just de Beauvau prince de Craon et Albert-Paul de Mesmes comte d’Avaux. Parallèlement à cette clientèle privée, l’horloger crée également de somptueuses pendules pour le prince Régent d’Angleterre, futur roi George IV, ainsi que pour Mesdames de France, tantes de Louis XVI, et pour la reine Marie-Antoinette. De nos jours, les plus grandes collections internationales conservent des pendules de Sotiau, mentionnons particulièrement celles qui sont exposées à la Walters Art Gallery de Baltimore, à la Frick Collection à New York, dans la collection Huntington à San Marino et au Musée national du Château de Versailles, ainsi que celles qui appartiennent aux collections royales espagnoles et anglaises.



    François Rémond (vers 1747 - 1812)

    À l’instar de Pierre Gouthière, François Rémond est l’un des plus importants artisans ciseleurs-doreurs parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Il débute son apprentissage en 1763 et obtient ses lettres de maîtrise en 1774. Immédiatement son talent lui permet de se composer une riche clientèle parmi laquelle figuraient notamment certaines personnalités de la Cour. Mais surtout François Rémond, par l’intermédiaire du marchand-mercier Dominique Daguerre, participe à l’ameublement de la plupart des grands collectionneurs de la fin du XVIIIe siècle en fournissant des caisses de pendules, des chenets, des candélabres…toujours d’une très grande qualité d’exécution et aux compositions particulièrement raffinées et novatrices qui firent sa notoriété.



    Dominique Daguerre

    Dominique Daguerre est le plus important marchand-mercier, comprenez marchand d’objets de luxe, du dernier quart du XVIIIe siècle. Ses débuts de carrière restent relativement méconnus et l’on peut considérer qu’il démarre véritablement son activité à partir de 1772, année de son association avec Philippe-Simon Poirier (1720-1785), autre marchand-mercier célèbre et inventeur des pièces d’ébénisterie agrémentées de plaques de porcelaine de la Manufacture royale de Sèvres. Lorsque Poirier se retire des affaires, vers 1777-1778, Daguerre prend la direction du magasin rue du Faubourg Saint-Honoré et garde la raison sociale « La Couronne d’Or ». Conservant la clientèle de son prédécesseur, il développe considérablement l’activité en quelques années et joue un rôle de premier plan dans le renouveau des arts décoratifs parisiens de l’époque en faisant travailler les meilleurs ébénistes du temps, particulièrement Adam Weisweiler, Martin Carlin et Claude-Charles Saunier, le menuisier du Garde-Meuble de la Couronne, Georges Jacob, les bronziers ou ciseleurs-doreurs Pierre-Philippe Thomire et François Rémond et les horlogers Renacle-Nicolas Sotiau et Robert Robin. Ayant porté le luxe « à la française » à son summum, Daguerre, visionnaire et homme d’affaires hors du commun, s’installe en Angleterre vers le début des années 1780 et s’associe avec Martin-Eloi Lignereux, qui reste en charge du magasin parisien. A Londres, patronné par le prince Régent, futur roi George IV, Daguerre participe activement à l’aménagement et à la décoration de Carlton House et du Pavillon de Brighton, en faisant fonctionner à merveille son réseau d’artisans parisiens important de Paris la plupart des meubles, sièges, cheminées, bronzes d’ameublement et objets d’art et facturant, uniquement pour l’année 1787, plus de 14500£ de fournitures. Impressionnés par le talent du marchand, quelques grands aristocrates anglais font également appel à ses services, particulièrement le Comte Spencer pour Althorp où Daguerre collabore avec l’architecte Henry Holland (1745-1806). A Paris, il continue, par l’intermédiaire de son associé Lignereux, à travailler pour les grands amateurs et livre de superbes pièces d’ébénisterie au Garde-Meuble de la Couronne. Probablement très affecté par les troubles révolutionnaires et la disparition de nombreux de ses clients les plus importants, il se retire définitivement des affaires en 1793.



    Robin
    Robert Robin (1741-1799)

    Rare pendule en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc statuaire dit « de Carrare »

    « L’Amour éveillant Vénus »

    Pendule400-03_HD_WEB

    Paris, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur37.5 Largeur35.5 Profondeur18

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Robin/Hger du Roi », indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre repercé et doré ; le mouvement, à sonnerie des heures et demi-heures, s’inscrit dans une caisse entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc statuaire dit « de Carrare ». Le recouvrement, souligné de guirlandes de pampres, est orné de Cupidon, reposant sur des nuées, portant son carquois en bandoulière et tenant son arc, sur le point de réveiller la déesse Vénus endormie. La borne, renfermant le mouvement, est agrémentée d’une réserve à branchages enrubannés et ceinturée d’enfilage de perles. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire, à décrochements et côtés arrondis, richement ornée d’une frise de feuilles ou graines alternées et de réserves à branchages de lys dans des rubans, carrés à pampres et panneau en léger relief représentant des putti dans le goût du sculpteur Clodion. Enfin, six pieds à frises de cordelettes supportent l’horloge.

    Modèle élégant et parfaitement équilibré, cette pendule se distingue par l’exceptionnelle qualité de sa ciselure et de sa dorure. De nos jours, parmi les rares modèles identiques connus, avec certaines variantes notamment dans le traitement de la base, citons particulièrement : un premier exemplaire qui est exposé à la Residenz de Munich et illustré dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.248, fig.4.6.13 (voir P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Munich, 1988, p.51, fig.77) ; ainsi qu’un second, livré en 1804 pour le boudoir de l’Impératrice au Palais de Fontainebleau, qui est reproduit dans J-P. Samoyault, Musée national du Château de Fontainebleau, Catalogue des collections de mobilier, 1. Pendules et bronzes d’ameublement entrés sous le Premier Empire, RMN, Paris, 1989, p.50, catalogue n°5 (voir également E. Dumonthier, Les bronzes du Mobilier national, Pendules et cartels, Paris, 1911, planche 20, fig.6).

    Robert Robin (1741 - 1799)

    Robert Robin est l’un des plus importants horlogers parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Honoré des titres de Valet de Chambre-Horloger Ordinaire du Roi et de la Reine en 1783 et 1786, il eut une carrière hors du commun et se distingua par sa contribution exceptionnelle à l’amélioration des instruments de la mesure du temps.

    En 1778, l’Académie des Sciences approuva deux de ses inventions, dont l’une mena à la construction d’une pendule astronomique représentant une méridienne tracée sur une pyramide qui fut acquise par les Menus Plaisirs pour Louis XVI cette même année ; Robin publia une Description historique et mécanique très détaillée de cette pendule. Il créa également des régulateurs de cheminée à indications astronomiques et à balancier compensé, dont le marquis de Courtanvaux, homme de science et grand connaisseur d’horlogerie de précision, fut l’un des premiers acquéreurs. Au cours des troubles révolutionnaires, il réalisa des montres et des pendules à heure décimale. On le retrouve successivement Grande rue du faubourg Saint-Honoré (1772), rue des Fossés-Saint-Germain l’Auxerrois (1775), rue Saint-Honoré à l’Hôtel d’Aligre (1778) et aux Galeries du Louvre en 1786.

    Pour ses régulateurs de bureau, Robin fit le choix de boîtes architecturées d’une grande sobriété, qui nous paraissent aujourd’hui d’une remarquable modernité. Il collabora toujours avec les meilleurs artisans de son temps, parmi lesquels les bronziers ou ciseleurs Robert et Jean Baptiste Osmond, Pierre Philippe Thomire, François Rémond et Claude Galle, les ébénistes Jean-Henri Riesener, Ferdinand Schwerdfeger et Adam Weisweiler, les émailleurs Barbezat, Dubuisson, Merlet et Coteau pour les cadrans, et les Richard et Montginot pour les ressorts.

    Les deux fils de Robert Robin, Nicolas Robert (1775-1812) et Jean-Joseph (1781-1856), étaient également d’excellents horlogers et poursuivirent brillamment l’activité de l’atelier paternel.



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    Paris et Bordeaux, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur57.5 Largeur51 Profondeur13

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Sicard et Bernard à Bordeaux », indique les heures et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes, ainsi que les quantièmes du mois, par trois aiguilles dont deux en cuivre repercé et doré. Le mouvement, à sonnerie des heures et des demi-heures, est renfermé dans une boîte circulaire sommée d’une figure féminine allégorique tenant une lyre représentant Terpsichore, la Muse de la Danse, et soulignée, dans sa partie basse, d’un lambrequin à passementeries se détachant d’un thyrse à double pomme de pin ; à l’arrière, se trouve le balancier à masque solaire rayonnant. Le tout est supporté par deux superbes groupes figurant deux Pégases sur lesquels sont assis « en amazone » deux putti tenant des trompettes ; les chevaux ailés reposent sur des socles rectangulaires à angles évidés soulignés d’un cavet à rangs de perles et posés sur quatre pieds à frises moletées. L’ensemble est supporté par une base quadrangulaire à angles évidés et ressauts richement agrémentée de motifs en bronze finement ciselé et doré tels que drapés enrubannés à bouquets feuillagés ou fleuris, médaillons circulaires à canaux ou rosaces, et panneau aux attributs de l’Amour représentant un arc et un carquois à empennages de flèches dans des nuées ; enfin, six pieds, ceinturés d’une frise de cordelettes, supportent l’horloge.

    La composition particulièrement originale de cette rare pendule s’inspire plus ou moins directement d’un dessin préparatoire à la réalisation d’une horloge qui est conservé à la Bibliothèque Nationale à Paris, Cabinet des Estampes, Le 30, Folio 53 (voir E. Niehüser, Die französische Bronzeuhr, Eine Typologie der figürlichen Darstellungen, Munich, 1997, p.207, fig.193). Ce dessin semble avoir eu une immense influence sur l’horlogerie parisienne du milieu des années 1780, car de nombreuses pendules plus ou moins directement inspirées par celui-ci sont connues, avec certaines variantes, particulièrement dans la figure sommitale et les groupes latéraux, citons notamment : un premier exemplaire, le cadran signé « Piolaine » et surmonté d’une figure de Minerve en armure, qui est exposé à la Maison Blanche à Washington ; ainsi qu’un deuxième, identique à celui de Washington, qui appartient aux collections royales espagnoles (illustré dans J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.65, n°48) ; et un troisième sur lequel la bacchante est représentée allongée et les putti montent les boucs « en amazone » (vente à Paris, Me Laurin, Galerie Charpentier, le 9 décembre 1958, lot 89).

    Enfin, mentionnons particulièrement qu’une pendule de modèle identique à celle que nous proposons est reproduite dans G. Henriot, Bronzes et bois sculptés des collections privées, Paris, planche 7 ; tandis qu’une seconde, de toute évidence de même modèle, fut prisée 250 francs dans l’inventaire après décès du décorateur parisien et faiseur de modes Jean-Pierre Blanchard vers 1800 : « Une autre pendule sans nom d’auteur dans sa boite de cuivre surmontée d’une figure représentant Apollon jouant de la lyre et porté par deux chevaux ailés portant chacun un amour, le tout doré d’or mat sur socle de marbre blanc ».