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Époques : Louis XVI

  • Buzot
    Joseph Buzot

    Rare pendule « aux trois Grâces » dite « à la gloire de Louis XV » en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat

    Pendule431-04_HD_WEB

    Paris, début de l’époque Louis XVI, vers 1775

    Hauteur50 cm

    Le cadran émaillé blanc, signé « Buzot à Paris », indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre repercé et doré ; le mouvement, à sonnerie des heures et des demi-heures, est renfermé dans une caisse entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat. La lunette est soulignée d’une frise d’entrelacs rythmée d’oves et de cabochons ; l’amortissement est formé d’un putti ailé reposant sur des nuées agrémentées de rayons et tenant une couronne au-dessus d’un médaillon centré du profil du roi Louis XV se détachant sur un fond amati. Le mécanisme est renfermé dans un vase allongé à cannelures à asperges reposant sur un fût de colonne cannelée et supporté par trois figures féminines légèrement drapées retenant des guirlandes de roses, allégories des Trois Grâces. L’ensemble est posé sur un socle circulaire, à frise de feuilles stylisées, guirlandes de pampres de vigne et grappes de raisin et tore de feuilles et graines de laurier, lui-même supporté par une base quadrangulaire.

    Libre déclinaison d’un modèle à succès de la fin des années 1760 créé par le bronzier François Vion, la pendule que nous proposons reprend le célèbre thème des Trois Grâces auquel est associé la gloire du roi régnant, en l’occurrence Louis XV. De nos jours, parmi les quelques rares autres pendules répertoriées de cette composition, avec toutefois certaines variantes dans le traitement des bases et dans les mécanismes, citons notamment : un premier exemplaire, le mouvement signé « Cronier », qui est illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age à nos jours, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.257 ; fig. F ; ainsi qu’un deuxième qui est passé en vente lors de la dispersion de la collection de Léon; un troisième, le cadran signé « Merra à Paris », est reproduit dans P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Munich, 1988, p.46, fig.68 ; enfin, mentionnons particulièrement une quatrième pendule de ce type, offrant la particularité d’être décorée du chiffre de la Tsarine Catherine II de Russie, qui est conservée au Palais Catherine à Tsarskoïe Selo, actuelle ville de Pouchkine.

    Joseph Buzot

    Joseph Buzot, dit « Buzot père », est l’un des plus importants horlogers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Après l’enregistrement de ses lettres de maîtrise, le 21 août 1770, il installe successivement son atelier sur le Quai des Grands Augustins, rue des Fossés Montmartre en 1772 et rue des Petits Carreaux peu de temps avant la Révolution. Au XVIIIe siècle, quelques unes de ses réalisations sont mentionnées chez de grands amateurs de l’époque, notamment, après la Révolution, lors de la restitution aux héritiers du collectionneur Nicolaï d’une garniture de cheminée en porcelaine bleue de Chine et bronze finement ciselé et doré, dont la pièce de milieu formait pendule.



    Schmit
    Jean-Nicolas Schmit (?-vers 1820)

    Rare pendule de cheminée en biscuit de porcelaine et bronze très finement ciselé, bretté et doré à l’or mat ou à l’or bruni

    « Les deux Naïades »

    Pendule397-04_BD_MAIL

    « Schmit à Paris »

    Manufacture Dihl et Guérhard dite « Manufacture du duc d’Angoulême »

    Paris, fin de l’époque Louis XVI, vers 1790

    Hauteur41 Largeur44 Profondeur11.5

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Schmit à Paris », indique les heures et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre repercé et doré. Il s’inscrit dans une caisse entièrement réalisée en biscuit de porcelaine à l’imitation du marbre blanc de Carrare, du biscuit dit « de Wedgwood » ou en camaïeu de gris sur fond jaune, et agrémentée de quelques ornements en bronze très finement ciselé, bretté et doré à l’or mat ou à l’or bruni à frises de feuilles d’eau et cadres à enfilages de perles et olives alternées. Le mouvement, à sonnerie des heures et des demi-heures, est renfermé dans une boite en borne architecturée, à plaque à fond bleu ornée d’un enfant allongé sur un dauphin, sur laquelle sont accoudées deux superbes figures allégoriques en pied représentant deux naïades drapées « à l’antique » tenant des urnes d’où s’écoulent des filets d’eau, symbole du passage du Temps. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire, à décrochements et côtés arrondis, ornée de réserves en camaïeu de gris sur fond jaune à courses de rinceaux animées de paniers chargés de fruits, pampres, serpents et personnages ; le panneau de façade centré d’un cartouche inscrit « Manufre de MM Guerhard et Dihl a Paris ». Enfin, huit pieds à frises brettées supportent l’horloge.

    Cette superbe pendule illustre l’exceptionnelle inventivité des horlogers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle qui parvinrent à créer des œuvres d’une originalité et d’une qualité sans égale en associant les matériaux les plus luxueux et les plus précieux. Elle fut réalisée par la célèbre Manufacture dite « du duc d’Angoulême » ; car patronnée dès 1781 par ce grand aristocrate qui confia par la suite la direction à deux groupes d’associés : Christophe Erasimus Dihl et les époux Guérhard, qui firent de cette entreprise la principale rivale de la Manufacture de Sèvres dans les dernières années du XVIIIe siècle et sous le règne de Napoléon. Dès la chute de la monarchie, la manufacture créa de nouveaux modèles, notamment des groupes ou figures non émaillés, particulièrement appréciés lorsque montés en « grandes pendules en beau biscuit » (Dictionnaire universel de la géographie commerçante, Tome V, p.325 ; cité dans R. de Plinval de Guillebon, Les biscuits de porcelaine de Paris XVIIIe-XIXe siècles, Editions Faton, Dijon, 2012, p.199).

    Sa composition originale et parfaitement équilibrée rencontra un grand succès auprès des grands amateurs parisiens du temps ; ainsi parmi les rares modèles identiques répertoriés, présentant quelques variantes notamment dans le traitement du décor de la base et toutes signées de l’horloger Schmit, citons particulièrement : un premier exemplaire qui a été proposé aux enchères chez Christie’s à Londres le 14 mai 1970, lot 40 ; ainsi qu’un deuxième qui est illustré dans P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Munich, 1988, p.59, fig.94 ; ; enfin, mentionnons une dernière pendule de ce modèle qui est conservée dans une collection particulière et reproduite dans R. de Plinval de Guillebon, op.cit., Editions Faton, Dijon, 2012, p.196.

    Jean-Nicolas Schmit (? - vers 1820)

    Jean-Nicolas Schmit figure parmi les plus importants horlogers parisiens de la fin du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. Après son accession à la maîtrise, en août 1781, il installe son atelier rue Betizy et connaît immédiatement une grande notoriété auprès des grands collectionneurs du temps. La perfection de ses mouvements attire notamment l’attention des deux directeurs de la Manufacture du duc d’Angoulême : Dihl et Guérhard, qui le font collaborer pour la réalisation de la quasi-totalité des mécanismes des pendules créées par leur entreprise. Enfin, relevons que certains documents anciens mentionnent des pendules de cet horloger chez les plus grands amateurs d’art de l’époque, citons notamment celles décrites au moment des inventaires après décès de Son Excellence Jean-Etienne-Marie de Portalis, conseiller d’état de Napoléon, et de l’épouse de Louis-Marie-Bretagne-Dominique de Rohan-Chabot, duc de Rohan et cousin du roi Louis XV.



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    Robin  -  Coteau  -  Thomire
    Robert Robin (1741-1799)
    Joseph Coteau (1740-1801)
    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)
    Dominique Daguerre

    Exceptionnel régulateur de bureau à « remontoir d’égalité »

    « Modèle royal »

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    Dans une caisse attribuée à Pierre-Philippe Thomire

    L’ensemble probablement réalisé sous la supervision de Dominique Daguerre

    Paris, époque Louis XVI, vers 1783

    Hauteur38.2 Largeur21.7 Profondeur17.1

    Cette exceptionnelle pendule, de type régulateur «  de bureau » ou « de cheminée », figure parmi les réalisations horlogères parisiennes les plus luxueuses de la fin du règne de Louis XVI. Son mouvement à complications perfectionné, à échappement Graham et à remontoir d’égalité dit « à force constante », est actionné par un balancier à gril bimétallique oscillant et par deux poids-moteurs, dont le sens de remontage est indiqué à l’arrière de la porte de façade sur une platine inscrite : « Remonté à gauche ». L’ensemble est renfermé dans une superbe caisse architecturée en forme de borne néoclassique « à l’antique » entièrement réalisée en bronze très finement ciselé, mouluré et doré à l’or mat pourvue sur l’ensemble de ses faces et sur son recouvrement de panneaux vitrés destinés à visualiser la complexité et la perfection du mouvement et son fonctionnement. Cette caisse, reposant sur quatre pieds quadrangulaires, est richement agrémentée de motifs à décor de cavets moulurés ceinturant le chapiteau et la base, d’une frise de dentelures rythmant la corniche légèrement débordante, d’enfilage de perles soulignant la lunette, d’écoinçons à feuilles d’acanthe et de laurier, d’encadrements en réserves alternées moulurées ou amaties et, suivant le dessin curviligne du cadran, d’une superbe draperie tombante agrémentée de franges et d’une guirlande feuillagée.

    Le cadran, signé « Robin Hger du Roi », est un véritable chef-d’œuvre et porte également la signature du plus célèbre émailleur de l’époque : Joseph Coteau, ainsi que la date « 1783 ». Il indique les heures en chiffres romains, les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes, les secondes, les quantièmes du mois, les mois de l’année, l’équation du temps, marquant la différence entre le Temps vrai et le Temps moyen, enfin, il indique sur sa bordure extérieure les douze signes du zodiaque représentés en polychromie dans des médaillons ovalisés inscrits dans une course de fins branchages entrelacés agrémentés de fleurettes et de cabochons « en arabesques ». Cinq aiguilles marquent les indications : deux en cuivre repercé ou doré et trois en acier poli-bleui, dont l’une est destinée à l’indication de l’Equation du Temps.

    Cette pendule doit être considérée comme la quintessence de l’horlogerie parisienne de luxe du règne de Louis XVI qui se destinait à quelques grands amateurs, souvent des personnalités proches de la famille royale. Certains documents anciens nous permettent de mieux tenter de connaître le type de collectionneurs susceptibles de posséder de tels chefs-d’œuvre. C’est ainsi qu’une première pendule de ce type était brièvement prisée dans l’inventaire après décès de Denis-Pierre-Jean Papillon de la Ferté, directeur des Menus Plaisirs du Roi, puis figura dans la vente de sa collection en février 1797 : « 305. Une pendule de forme quarrée, avec panneaux de glace, mouvement à mi-seconde, à équation, à remontoire & a sonnerie, faite par Robin » ; tandis qu’une seconde était décrite quelques années auparavant, peu après la Révolution, dans un inventaire de la collection d’horlogerie de la reine Marie-Antoinette entretenue par Robin, dans lequel figurait un modèle quasiment identique à celui que nous présentons : « 28. Une pendule quarrée en ordre d’architecture à pannaux de glace, en cuivre doré en or mat, avec un pendul de compensation, mouvement à heures, minutes, seconde, à sonnerie, quantième du mois, jour de la semaine, les figures du zodiaque peintes en mignature sur le cadran, du nom de Robin » (voir P. Verlet, Les bronzes dorés français du XVIIIe siècle, Paris, 1999, p. 466).

    Aujourd’hui seuls quelques régulateurs similaires sont connus, la plupart portent les signatures de l’horloger Robin et de l’émailleur Coteau qui collaborèrent sur le modèle probablement à la demande de l’un des grands marchands-merciers de l’époque, tels Simon-Philippe Poirier et son associé Dominique Daguerre, les deux plus grands pourvoyeurs parisiens d’objets de luxe. Parmi ces rares modèles répertoriés, citons notamment un premier exemplaire conservé dans une collection privée qui est reproduit dans D. Roberts, Precision Pendulum Clocks, 2004, p. 32 ; et mentionnons particulièrement les deux régulateurs de Robin, anciennement dans la collection Winthrop Kellogg Edey, qui appartiennent à la Frick Collection à New York et dont les caisses sont attribuées au célèbre bronzier Pierre-Philippe Thomire (Inv. 1999.5.150 et 1999.5.151) (respectivement illustrés dans Tardy, La pendule française, 2ème Partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, et dans C. Vignon, The Frick Collection Decorative Arts Handbook, New York, Scala, 2015).

    Robert Robin (1741 - 1799)

    Robert Robin est l’un des plus importants horlogers parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Honoré des titres de Valet de Chambre-Horloger Ordinaire du Roi et de la Reine en 1783 et 1786, il eut une carrière hors du commun et se distingua par sa contribution exceptionnelle à l’amélioration des instruments de la mesure du temps.

    En 1778, l’Académie des Sciences approuva deux de ses inventions, dont l’une mena à la construction d’une pendule astronomique représentant une méridienne tracée sur une pyramide qui fut acquise par les Menus Plaisirs pour Louis XVI cette même année ; Robin publia une Description historique et mécanique très détaillée de cette pendule. Il créa également des régulateurs de cheminée à indications astronomiques et à balancier compensé, dont le marquis de Courtanvaux, homme de science et grand connaisseur d’horlogerie de précision, fut l’un des premiers acquéreurs. Au cours des troubles révolutionnaires, il réalisa des montres et des pendules à heure décimale. On le retrouve successivement Grande rue du faubourg Saint-Honoré (1772), rue des Fossés-Saint-Germain l’Auxerrois (1775), rue Saint-Honoré à l’Hôtel d’Aligre (1778) et aux Galeries du Louvre en 1786.

    Pour ses régulateurs de bureau, Robin fit le choix de boîtes architecturées d’une grande sobriété, qui nous paraissent aujourd’hui d’une remarquable modernité. Il collabora toujours avec les meilleurs artisans de son temps, parmi lesquels les bronziers ou ciseleurs Robert et Jean Baptiste Osmond, Pierre Philippe Thomire, François Rémond et Claude Galle, les ébénistes Jean-Henri Riesener, Ferdinand Schwerdfeger et Adam Weisweiler, les émailleurs Barbezat, Dubuisson, Merlet et Coteau pour les cadrans, et les Richard et Montginot pour les ressorts.

    Les deux fils de Robert Robin, Nicolas Robert (1775-1812) et Jean-Joseph (1781-1856), étaient également d’excellents horlogers et poursuivirent brillamment l’activité de l’atelier paternel.



    Joseph Coteau (1740 - 1801)

    Joseph Coteau est le plus célèbre émailleur de son temps et collabora avec la plupart des grands horlogers parisiens de l’époque. Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l’Académie de Saint Luc en 1766 ; puis il vint s’installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu’à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée. Coteau laissa notamment son nom à une technique précieuse d’émaux en relief qu’il mit au point avec Parpette destinée au décor de certaines pièces de porcelaine de Sèvres et qu’il utilisa par la suite pour le décor des cadrans des pendules les plus précieuses ; décorés de ce décor si caractéristique, mentionnons notamment : une écuelle couverte et son plateau qui appartiennent aux collections du Musée national de la Céramique à Sèvres (Inv. SCC2011-4-2) ; ainsi qu’une paire de vases dits « cannelés à guirlandes » conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans le catalogue de l’exposition Un défi au goût, 50 ans de création à la manufacture royale de Sèvres (1740-1793), Musée du Louvre, Paris, 1997, p.108, catalogue n°61) ; et une aiguière et sa cuvette dites « de la toilette de la comtesse du Nord » exposées au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (reproduites dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.207, fig.250). Enfin, soulignons, qu’une pendule lyre de l’horloger Courieult en porcelaine bleue de Sèvres, le cadran signé « Coteau » et daté « 1785 », est conservée au Musée national du château de Versailles ; elle semble correspondre à l’exemplaire inventorié en 1787 dans les appartements de Louis XVI au château de Versailles (illustrée dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’Horlogerie ancienne, automne 1993, n°68, p.32C).



    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.



    Dominique Daguerre

    Dominique Daguerre est le plus important marchand-mercier, comprenez marchand d’objets de luxe, du dernier quart du XVIIIe siècle. Ses débuts de carrière restent relativement méconnus et l’on peut considérer qu’il démarre véritablement son activité à partir de 1772, année de son association avec Philippe-Simon Poirier (1720-1785), autre marchand-mercier célèbre et inventeur des pièces d’ébénisterie agrémentées de plaques de porcelaine de la Manufacture royale de Sèvres. Lorsque Poirier se retire des affaires, vers 1777-1778, Daguerre prend la direction du magasin rue du Faubourg Saint-Honoré et garde la raison sociale « La Couronne d’Or ». Conservant la clientèle de son prédécesseur, il développe considérablement l’activité en quelques années et joue un rôle de premier plan dans le renouveau des arts décoratifs parisiens de l’époque en faisant travailler les meilleurs ébénistes du temps, particulièrement Adam Weisweiler, Martin Carlin et Claude-Charles Saunier, le menuisier du Garde-Meuble de la Couronne, Georges Jacob, les bronziers ou ciseleurs-doreurs Pierre-Philippe Thomire et François Rémond et les horlogers Renacle-Nicolas Sotiau et Robert Robin. Ayant porté le luxe « à la française » à son summum, Daguerre, visionnaire et homme d’affaires hors du commun, s’installe en Angleterre vers le début des années 1780 et s’associe avec Martin-Eloi Lignereux, qui reste en charge du magasin parisien. A Londres, patronné par le prince Régent, futur roi George IV, Daguerre participe activement à l’aménagement et à la décoration de Carlton House et du Pavillon de Brighton, en faisant fonctionner à merveille son réseau d’artisans parisiens important de Paris la plupart des meubles, sièges, cheminées, bronzes d’ameublement et objets d’art et facturant, uniquement pour l’année 1787, plus de 14500£ de fournitures. Impressionnés par le talent du marchand, quelques grands aristocrates anglais font également appel à ses services, particulièrement le Comte Spencer pour Althorp où Daguerre collabore avec l’architecte Henry Holland (1745-1806). A Paris, il continue, par l’intermédiaire de son associé Lignereux, à travailler pour les grands amateurs et livre de superbes pièces d’ébénisterie au Garde-Meuble de la Couronne. Probablement très affecté par les troubles révolutionnaires et la disparition de nombreux de ses clients les plus importants, il se retire définitivement des affaires en 1793.



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    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)

    Rare régulateur de bureau en bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » ou doré à l’or mat et marbre rouge griotte

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    « Jacquet »

    Dans une caisse attribuée à Pierre-Philippe Thomire

    Paris, fin de l’époque Louis XVI, vers 1790

    Hauteur52 Largeur31.3 Profondeur13.3

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Jacquet à Paris », indique les heures en chiffres romains, les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes, les quantièmes du mois et les jours de la semaine associés à leurs signes zodiacaux respectifs par quatre aiguilles, dont deux en cuivre repercé et doré ; il marque également les secondes par une trotteuse centrale en acier poli-bleui. Le mouvement, à sonnerie des heures et des demi-heures, est renfermé dans une superbe caisse en borne néoclassique à panneaux vitrés ; il supporte son balancier bimétallique terminé par une lourde lentille circulaire destinée à obtenir une grande précision dans le fonctionnement du mécanisme se balançant au-dessus d’une plaque rectangulaire décorée d’un médaillon ovalisé centré d’un motif floral rayonnant encadré de larges rinceaux stylisés animés de fleurettes et de palmettes. Le cadran est souligné d’une guirlande fleurie et feuillagée attachée par un ruban ; les montants en pilastres sont à réserves agrémentées de vases simulés à têtes de bélier d’où s’échappent des branchages de roses se terminant en épis de blé enrubannés ; l’entablement est orné de branchages de laurier et mascarons rythmés de lyres ; la corniche débordante, ceinturée de frises feuillagées et d’oves ou de corde torsadée, est surmontée d’une plinthe à cavet entourée de perles en enfilages et flanquée de pastilles à canaux. L’ensemble repose sur un contre-socle à décrochement à frise de feuilles d’eau, lui-même supporté par une base, portée par quatre pieds en boules aplaties, à motifs en applique de putti musiciens et réserves à plaques en léger relief à jeux d’enfants dans le goût de Clodion.

    Ce rare régulateur de bureau présente une composition originale plus ou moins directement inspirée de certains modèles d’horlogerie déclinés par quelques-uns des plus grands horlogers parisiens dans les deux dernières décennies du XVIIIe siècle. De type dit « cage », puisqu’étant renfermé dans une caisse en borne néoclassique à faces vitrées, il s’inscrit parmi les créations horlogères les plus abouties de la fin du règne de Louis XVI, période au cours de laquelle les meilleurs horlogers privilégièrent l’aspect visuel du cadran et du mécanisme, tout en conservant une qualité hors du commun des caisses en bronze qui les renfermaient dont la création était confiée aux bronziers les plus réputés de la capitale. En l’occurrence, l’exemplaire que nous proposons se distingue tout particulièrement par la qualité exceptionnelle du traitement de sa ciselure et de sa dorure qui nous permet de le rattacher à l’œuvre de Pierre-Philippe Thomire, le plus talentueux bronzier parisien de l’époque.

    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.



    Rémond
    François Rémond (vers 1747-1812)

    Importante suite de quatre appliques à trois lumières en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni

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    Attribuée à François Rémond

    Paris, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur52 Largeur34

    Entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni, chaque applique s’organise autour d’un fût fuselé en carquois, à décor torsadé et rythmé d’une bague soulignée de glyphes ou d’acanthes, qui reçoit les trois bras de lumières curvilignes en joncs à cannelures supportant les bassins, bobèches et binets à motifs de feuilles d’eau, godrons, perles, cannelures et feuillages. L’amortissement est formé d’une urne simulée soulignée d’une guirlande de lauriers enrubannés et terminée en flamme. Enfin, le culot est composé de feuilles de chêne en chute agrémentées de glands émergeant de deux feuilles d’acanthe.

    Dès le milieu du XVIIIe siècle nous assistons à une totale remise en cause des schémas ornementaux qui prévalaient dans les arts décoratifs français depuis plusieurs décennies. Cette réaction artistique menée par des érudits, artistes et amateurs, trouvait directement son origine dans les exceptionnelles découvertes archéologiques faites dans les anciennes cités romaines antiques de Pompéi et d’Herculanum, dans la région napolitaine. A partir de cette date, certains rares collectionneurs, artistes et artisans, tels que le duc de Caylus ou Lalive de Jully, vont progressivement imposer un nouveau style directement inspiré de l’Antiquité classique grecque et romaine : « le Retour à l’Antique », lui-même héritier plus ou moins direct du grand Néoclassicisme louis-quatorzien de la fin du XVIIe siècle. Dans le domaine du luminaire et plus particulièrement dans celui des appliques, appelées à l’époque « bras de lumière », nous assistons à la création dans un premier temps de modèles très, parfois trop, architecturés, puis, à partir du début des années 1780, de modèles raffinés, élégants et particulièrement luxueux, tel la rare suite de quatre appliques que nous proposons dont peu d’exemplaires identiques sont répertoriés. Ainsi, parmi les rares appliques connues de même modèle, citons particulièrement : une première paire à trois lumières qui est passée en vente chez Sotheby’s à New York, le 14 octobre 1988 ; ainsi qu’une seconde, mais à deux bras de lumières, qui est apparue sur le Marché de l’Art lors de la dispersion des collections de la Villa Les Anthemis à Cannes en 1976.

    François Rémond (vers 1747 - 1812)

    À l’instar de Pierre Gouthière, François Rémond est l’un des plus importants artisans ciseleurs-doreurs parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Il débute son apprentissage en 1763 et obtient ses lettres de maîtrise en 1774. Immédiatement son talent lui permet de se composer une riche clientèle parmi laquelle figuraient notamment certaines personnalités de la Cour. Mais surtout François Rémond, par l’intermédiaire du marchand-mercier Dominique Daguerre, participe à l’ameublement de la plupart des grands collectionneurs de la fin du XVIIIe siècle en fournissant des caisses de pendules, des chenets, des candélabres…toujours d’une très grande qualité d’exécution et aux compositions particulièrement raffinées et novatrices qui firent sa notoriété.



    Rémond
    François Rémond (vers 1747-1812)

    Importante paire de candélabres à trois lumières en bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat

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    Attribuée à François Rémond

    Paris, fin de l’époque Louis XVI, vers 1790

    Hauteur90 Largeur38.5

    Provenance :

    – Probablement collection Emily Ridgway, marquise de Ganay (1838-1921).

    – Sa vente : Paris, Me Lair-Dubreuil, Galerie Georges Petit, les 8-10 mai 1922, lot 237 (non illustrés) : « Paire de candélabres à trois lumières, en bronze patiné et doré, composés chacun d’une statuette d’enfant nu, debout, un bras levé, l’autre bras tenant une lance en fer, à laquelle sont fixées trois trompes de chasse porte-lumières ; aux pieds de l’enfant, une tête d’animal. Bases cylindriques en marbre rouge griotte. Epoque Louis XVI. Hauteur 90cm ».

     

    Entièrement réalisé en bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat, chaque candélabre s’organise autour d’un fût en lance en acier bleui sur lequel est fixé un bouquet de trois lumières sous la forme de trompes de chasse rattachées par un ruban noué. Terminée en pointe lancéolée, la pique présente une partie inférieure en rouleau animé d’une bague moulurée et d’un tore à frise stylisée encadrant un bandeau à cannelures torses et repose sur des terrasses traitées « au naturel » animées d’une tête de cerf ou d’une hure de sanglier ; deux superbes putti en pied, vêtus de légers drapés, animent la composition. L’ensemble est supporté par des bases cylindriques en marbre rouge griotte ceinturées de tores brettés et reposant sur des plinthes quadrangulaires.

    La première mention d’une paire de candélabres de ce modèle particulièrement élaboré apparaît en novembre 1809 au moment de la dispersion des collections du célèbre amateur Pierre-Nicolas baron Van Hoorn Van Vlooswyck : « 90. Deux girandoles composées de divers attributs de chasse et de figures en bronze noir portant chacune une lance d’acier bleu ornée de guirlandes dorées et où sont suspendus des cors de chasse faisant bobèche, le tout doré d’or mat et élevé sur piédestaux de marbre griotte d’Italie avec ornements, tores et socles en bronze doré. Hauteur totale 34 pouces ». Excepté les guirlandes dorées, les candélabres « Van Hoorn » auraient pu correspondre aux exemplaires que nous proposons, toutefois il convient de les rapprocher plus directement à la description de la paire décrite en 1922 lors de la vente après décès de la marquise de Ganay. Enfin, relevons qu’une paire de même modèle, mais présentant certaines variantes, se trouvait anciennement dans la collection du décorateur Georges Geoffroy (voir P. Arizzoli-Clémentel, Georges Geoffroy 1905-1971, Une légende du grand décor français, Editions Gourcuff-Gradenigo, Paris, 2016, p.188).

    François Rémond (vers 1747 - 1812)

    À l’instar de Pierre Gouthière, François Rémond est l’un des plus importants artisans ciseleurs-doreurs parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Il débute son apprentissage en 1763 et obtient ses lettres de maîtrise en 1774. Immédiatement son talent lui permet de se composer une riche clientèle parmi laquelle figuraient notamment certaines personnalités de la Cour. Mais surtout François Rémond, par l’intermédiaire du marchand-mercier Dominique Daguerre, participe à l’ameublement de la plupart des grands collectionneurs de la fin du XVIIIe siècle en fournissant des caisses de pendules, des chenets, des candélabres…toujours d’une très grande qualité d’exécution et aux compositions particulièrement raffinées et novatrices qui firent sa notoriété.



    Dester
    Godefroy Dester (?-1805)

    Importante commode en acajou, placage d’acajou flammé, bronze moleté ou doré et marbre blanc veiné gris

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    Estampille : G. DESTER

    Paris, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur97 Largeur146 Profondeur61

    Provenance :

    – Collection de S.A.S. Catherine de Croÿ (1929-1992), Princesse de Croÿ et de Solre, au château d’Azy à Saint-Benin d’Azy.

     

    Réalisée en acajou plaqué de superbes feuilles d’acajou flammé, cette commode, à façade tripartite à ressaut central, propose une composition architecturée d’une grande pureté. De forme rectangulaire, elle ouvre par deux battants, dont un double à brisure, découvrant un intérieur muni de trois larges tiroirs avec traverses munis d’anneaux ; elle ouvre également en ceinture par un rang de trois tiroirs, le central fermant à clef par une serrure « à trèfle », les tiroirs latéraux munis d’anneaux et de macarons ; les montants sont en colonnes à cannelures foncées de laiton. L’ensemble est richement agrémenté de bronze moleté et doré tels qu’encadrements en baguettes unies soulignées d’enfilage de perles et moulures ou bandeaux à frises de canaux. Elle repose sur quatre pieds fuselés, à chapiteaux et bases moulurés, terminés en arrondis et supporte un plateau en marbre blanc veiné gris.

    Ce modèle de commodes en acajou à façade tripartite rencontra un immense succès auprès des grands amateurs parisiens au cours des deux dernières décennies du XVIIIe siècle. Certainement patronné par un grand marchand-mercier tel Dominique Daguerre, Godefroy Dester en réalisa quelques exemplaires qui se caractérisent par des proportions parfaitement équilibrées, une sélection des feuilles d’acajou, soigneusement choisies par l’ébéniste, et une pureté des lignes, caractéristiques que nous retrouvons sur les plus belles pièces d’ébénisterie du milieu des années 1780.

    De nos jours, parmi les rares commodes connues de Dester réalisées dans le même esprit, citons particulièrement : une première commode qui est illustrée dans A. Pradère, French Furniture Makers, The Art of the Ebenistes from Louis XIV to the Revolution, 1989 ; ainsi qu’une deuxième reproduite dans J. Nicolay, L’art et la manière des maîtres ébénistes français au XVIIIe siècle, Paris, 1982 ; enfin, mentionnons particulièrement qu’une paire de commodes similaires de Dester se trouvait anciennement dans la collection de Lord Redesdale (vente Christie’s, Monaco, le 20 juin 1992, lot 67).

    Godefroy Dester (? - 1805)

    Godefroy Dester (mort le 24 décembre 1805) figure parmi les plus importants ébénistes parisiens du dernier quart du XVIIIe siècle. Après son accession à la maîtrise, en juillet 1774, il installe son atelier rue du Faubourg Saint-Antoine et rencontre une grande notoriété. Sa production est essentiellement composée de meubles marquetés ou en placage d’acajou de grande qualité, mais soulignons surtout que cet artisan en meubles parvint à livrer, par l’intermédiaire du marchand-miroitier Delaroue, une sublime paire de commodes à décor de plaques de porcelaine de Paris destinée à la chambre à coucher du comte d’Artois, frère de Louis XVI, au Palais du Temple (voir P. Kjellberg, Le mobilier français du XVIIIe siècle, Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, Paris, 2002, p.297).



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    Adam Weisweiler (1744-1820)
    Martin-Éloi Lignereux (1751-1809)

    Importante paire de commodes à portes dites « à brisure » en placage de loupe d’if et bronze doré

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    Réalisée sous la supervision de la Maison Daguerre & Lignereux

    Paris, époque Louis XVI, vers 1785-1790

    Estampille : A. WEISWEILER

    Hauteur95 Largeur133.5 Profondeur58.5

    Provenance :

    -Acquise à Paris en 1803 par Thomas Bruce, 7ème comte d’Elgin et 11ème comte de Kincardine (1766-1841) auprès du marchand-mercier Martin-Eloi Lignereux.

    -Conservée dans sa descendance à Broomhall House à Fife en Ecosse.

    -Collection de Lord Bruce, vente Christie’s, Londres, 31 mai 1962, lot 83.

     

    Chaque commode présente une façade simulée tripartite à léger ressaut central ; de forme rectangulaire, elles ouvrent chacune par deux vantaux, dont un articulé à brisure, et un rang supérieur de trois tiroirs en ceinture ; la façade et les côtés sont en placage de loupe d’if à encadrements moulurés en bronze doré soulignés d’enfilage de perles ; les montants avants arrondis en colonnettes et arrières en pilastres à cannelures foncées de laiton, sont à panneaux à décor moleté de bandeaux alternés de motifs stylisés ; les traverses basses ornées de frises stylisées et de panneaux unis en cuivre ou laiton ; elles reposent sur quatre pieds toupies à chapiteaux moletés et sabots moulurés et supportent des plateaux de marbre blanc veiné gris.

    Caractéristiques de la grande ébénisterie parisienne des deux dernières décennies du XVIIIe siècle, ces deux commodes néoclassiques sont une parfaite illustration de la collaboration d’Adam Weisweiler et de Maison Daguerre & Lignereux telle que l’on peut en retrouver la mention dans certains documents anciens, notamment en août 1795 dans l’inventaire après décès du prince ou de la princesse de Salm dans lequel était décrite dans la chambre à coucher : « Une commode en bureau en bois d’acajou moucheté à trois battants ornée de cuivre doré d’or moulu avec sa tablette de marbre blanc 3000 livres ». Les modèles que nous proposons ont également une provenance ancienne prestigieuse, puisque les descendants du comte d’Elgin ont conservé les factures des achats parisiens de leur aïeul faits chez Martin-Eloi Lignereux, ancien associé et représentant parisien de Dominique Daguerre ; ainsi, le 15 prairial an XI (4 juin 1803), Lignereux vendait au comte d’Elgin pour 2100 francs : « Deux commodes en bois de racine choisi ouvrant sur la devanture à trois portes ornées de bronzes dorés dans l’intérieur des tablettes sur tassaux les dites commodes sans marbre » ; elles furent inventoriées par la suite dans la « Principal Drawing Room » de Broomhall House à Fife en Ecosse.

    De nos jours, parmi les commodes de Weisweiler répertoriées réalisées dans le même esprit, nous pouvons citer notamment : un premier modèle à trois tiroirs qui est exposé au Musée national du Château de Versailles (paru dans P. Lemonnier, Weisweiler, Editions Monelle Hayot, Paris, 1983, p.57) ; ainsi qu’un deuxième qui appartient aux collections du Metropolitan Museum of Art à New York (Inv.25.161/Fletcher Fund 1925) ; un troisième, anciennement au Palais de Fontainebleau, est conservé au Musée du Louvre à Paris (illustré dans J-P. Samoyault, Fontainebleau, Musée national du château, Catalogue des collections de mobilier 3, Meubles entrés sous le Premier Empire, RMN, Paris, 2004, p.370, catalogue n°305) ; enfin, mentionnons particulièrement une dernière commode de ce type qui figure dans les collections royales anglaises à Buckingham Palace (voir H. Roberts, For the King’s Pleasure, The Furnishing and Decoration of George IV’s apartments at Windsor Castle, 2001, p.333, fig.416).

    Adam Weisweiler (1744 - 1820)

    Adam Weisweiler est un ébéniste reçu maître à Paris le 26 mars 1778. Installé dans le quartier du Faubourg Saint-Antoine, il acquiert rapidement une grande notoriété et devient l’un des ébénistes les plus importants de la fin du règne de Louis XVI. Il travaille pour les plus importants amateurs du temps par l’intermédiaire des marchands Dominique Daguerre et Martin-Eloi Lignereux. Pendant la période des troubles révolutionnaires, il ne semble pas être trop affecté par les évènements et achète plusieurs immeubles. Son activité perdure sous l’Empire, période au cours de laquelle il travaille notamment pour la reine Hortense.



    Martin-Éloi Lignereux (1751 - 1809)

    Martin-Eloi Lignereux est l’un des plus importants marchand-merciers, comprenez marchands d’objets de luxe, du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières années du siècle suivant. Le 1er avril 1787, il s’associe avec Dominique Daguerre, devenant le représentant parisien de la Maison Daguerre & Lignereux installée au 85, rue Saint-Honoré. En 1793, après le retrait des affaires de Daguerre, il continue brillamment l’activité de l’entreprise, conserve la clientèle de son prédécesseur et joue un rôle de premier plan dans le renouveau des arts décoratifs parisiens de l’époque. En 1801, il obtient une médaille d’or à l’Exposition des Produits de l’Industrie, l’on remarquait alors que « les meubles du Citoyen Lignereux ont paru remarquables par l’élégance et la richesse, par l’accord de toutes les parties, par le choix de formes appropriées à la destination de chaque chose, enfin par l’exactitude et le fini du travail intérieur et extérieur ». Quelques années auparavant, sa fille, Adélaïde-Anne, avait épousé François-Honoré-Georges Jacob, dit Jacob-Desmalter, célèbre menuisier-ébéniste de la capitale. En 1804, Lignereux se retire des affaires et vend son fonds de commerce au bronzier Pierre-Philippe Thomire. Au cours de son activité, Lignereux travaille pour les plus grands collectionneurs du temps parmi lesquels figuraient notamment le duc d’Aumont-Valentinois, la reine Marie-Antoinette, le comte d’Artois, frère de Louis XVI, le baron de Breteuil, le prince de Galles, futur roi George IV d’Angleterre, le Tsar Paul Ier de Russie et l’Empereur Napoléon.



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