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Époques : Directoire

  • Sauvage
    Piat-Joseph Sauvage (1744-1818)

    Exceptionnelle grande plaque rectangulaire dite « l’Offrande à Minerve » en porcelaine dure à décor peint en trompe-l’œil à l’imitation du bronze

    Plaque001-01_HD_PRESSE copie (1)

    Manufacture Dihl et Guérhard dite Manufacture du duc d’Angoulême

    Paris, fin du XVIIIe siècle, 1797-1798

    Signée et datée : Sauvage in.f. (invenit fecit) Manufre Guerhard & Dihl an 6

    Dimension hors cadre :
    Hauteur34 cm Largeur84 cm

    Provenance :

    -collection Patureau (vente à Paris, le 7 avril 1834, lot 37) : « Sauvage (signés), manufacture Guerard et Dhill. Deux tableaux forme frise, représentant un sacrifice à Minerve, et des jeux d’enfants. Ces deux articles, uniques dans leur genre, méritent de fixer l’attention des amateurs ».

    -vente à Paris, Maître Delestre, Hôtel Drouot, le 15 novembre 1886, lot 31 : « Deux grandes plaques rectangulaires en porcelaine de Guerhard et Dihl, décorées de sujets simulant des bas-reliefs en bronze peints par Sauvage, et représentant une offrande à Minerve et des jeux d’enfants ».

    -Collection Hector Le Fuel, par descendance.

     

    Exposition :

    Probablement le bas-relief imitant le bronze peint sur porcelaine pour la Manufacture Dihl et Guérhard, dite « du duc d’Angoulême », présenté sous le numéro 362 au Salon du 1er thermidor an VI (19 juillet 1798) au Museum central des Arts (actuel Musée du Louvre).

     

    Cette plaque en porcelaine dure, de dimensions exceptionnelles, présente une composition rectangulaire proposant un superbe décor en trompe-l’œil réalisé à l’imitation d’un bas-relief en bronze aux tonalités brun-or se détachant sur un fond blanc destiné à accentuer l’impression de perspective et de volume des figures. La scène se présente sous la forme d’un bandeau en frise « à l’antique » figurant au centre la statue de Minerve assise sur un autel ceinturé d’un tore enrubanné et rythmé d’une ronde de putti ; la déesse, représentée de profil, vêtue « à la romaine » et portant son casque sommé d’un sphinx, tient une lance de sa main droite et une couronne de lauriers dans l’autre main, elle est l’Allégorie de la Sagesse, de la Paix et des Arts. Sur un sol simulé, dans la longueur de l’œuvre, sont posés une corbeille de vannerie remplie de fleurs, quelques tiges de roses, une aiguière à panse à cannelures torses et un brasero à piétement en arabesques et enfants. De part et d’autre de la figure, sont des personnages de nymphes, enfants ou putti dans diverses attitudes célébrant la déesse ; de gauche à droite, un premier putto joue du cor de chasse, une nymphe tend un bouquet fleuri vers la statue, une deuxième, agenouillée, dépose un vase à anses détachés au pied du monument, tandis qu’un enfant élève un plateau rempli de fruits ; à l’opposé, un putto, regardant vers le spectateur, tient une gerbe, une nymphe tient de la main droite une branche de roses, tandis que de la gauche elle tient la main d’un enfant tenant une colombe, une dernière nymphe joue de la lyre et, dernière elle, un putto se courbe sous la poids de la lourde urne qu’il porte sur sa tête. L’ensemble est présenté dans un cadre en bois sculpté et doré à frises de feuilles stylisées et perles en enfilage, la vue soulignée de feuilles d’eau.

    De dimensions hors-du-commun et d’une exceptionnelle qualité de réalisation, cette plaque peut être considérée comme l’un des chefs-d’œuvre des arts décoratifs parisiens du temps et comme le parfait aboutissement des recherches techniques, esthétiques et décoratives entreprises par les manufactures françaises dès la première moitié du XVIIIe siècle afin de concurrencer les manufactures germaniques, particulièrement celle de Meissen. Elle est surtout représentative de la collaboration du peintre Piat-Joseph Sauvage, l’un des meilleurs artistes de son temps, et de la Manufacture Dihl et Guérhard, l’une des manufactures parisiennes de porcelaine les plus renommées et les plus innovantes de son époque. Cette association est à l’origine de quelques-unes des plus belles plaques de porcelaine peinte réalisées à Paris dans les dernières années du XVIIIe siècle ou dans les toutes premières années du siècle suivant ; ainsi, nous connaissons notamment deux plaques, sorties de chez Dihl et Guérhard et signées Sauvage, qui représentent en pendant une figure de Minerve donnant une leçon de folie et une Vénus donnant une leçon de sagesse ; elles furent exposées au Salon de 1800 et appartiennent de nos jours aux collections du Musée des Beaux-Arts de Tournai ; ainsi qu’une troisième plaque de grandes dimensions, toutefois légèrement inférieures à celles de la plaque que nous proposons, à décor de jeux d’amours qui correspond à celle présentée à l’Exposition des Produits de l’Industrie de 1797 et qui fait partie aujourd’hui des collections des Musées royaux d’Art et d’Histoire à Bruxelles (voir C. Froissart et J. Whitehead, « Le peintre Piat-Joseph Sauvage et la porcelaine », dans Les Cahiers de Mairemont, 32-33, 2005, p.35-39).

    Concernant plus particulièrement la plaque proposée, elle semble correspondre à celle qui fut présentée par la Manufacture Dihl et Guérhard au Salon du 1er thermidor de l’an VI (juillet 1798) au Muséum central des Arts. Ainsi, parmi plusieurs tableaux de belle qualité peints sur porcelaine, se trouvait une plaque figurant un bas-relief imitant le bronze par Sauvage (n°362, fig.3). Cette mention, quoique brève et imprécise, peut très certainement correspondre à la plaque que nous proposons qui figura par la suite dans la collection Patureau en avril 1834, puis dans une vente anonyme à l’Hôtel Drouot en novembre 1886, enfin, elle fit partie de la collection Hector Lefuel et fut conservée par sa descendance. Enfin, relevons, qu’à l’époque des deux ventes parisiennes de 1834 et 1886, la plaque avec laquelle elle était présentée en pendant figurait « des jeux d’enfants » ; nous pouvons alors supposer que la plaque conservée à Bruxelles et de dimensions proches ait pu être associée à la plaque proposée dans les premières décennies du XIXe siècle ; cette hypothèse semble être corroborée par le fait que les deux catalogues de vente ne les mentionnaient pas en tant que paire mais en tant que « deux tableaux » et « deux grandes plaques ».

    Piat-Joseph Sauvage (1744 - 1818)

    Piat-Joseph Sauvage, peintre belge, membre de l’Académie Royale en 1781 et célèbre pour ses œuvres dans la technique du trompe-l’œil imitant la sculpture. Dans les années 1780, il travaille sur la décoration d’intérieurs pour les châteaux royaux de Rambouillet et de Versailles et réalise ses peintures décoratives sur différents supports, utilisant en particulier des matériaux tels que le marbre, l’ivoire ou la porcelaine et puisant plus ou moins directement dans le répertoire néoclassique lié à l’Antiquité grecque et romaine. A partir de 1797, il commence à collaborer avec la Manufacture parisienne de porcelaine Dihl et Guérhard dite « du duc d’Angoulême » car patronnée dès 1781 par ce grand aristocrate qui confia par la suite la direction à deux groupes d’associés : Christophe Erasimus Dihl et les époux Guérhard, qui firent de cette entreprise la principale rivale de la Manufacture de Sèvres. Les œuvres issues de cette collaboration entre cette manufacture et Sauvage sont alors présentées dans des expositions prestigieuses et, de nos jours, les plaques conservées nées de cette association sont excessivement rares et appartiennent le plus souvent à de grands musées français et internationaux.



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    Rare paire de vases Médicis dits « aux têtes de bélier » en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et tôle laquée à l’imitation du bronze patiné « à l’antique »

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    Paris, fin du XVIIIe siècle, vers 1790-1800

    Hauteur45 cm Diamètre32 cm

    Entièrement réalisé en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et tôle laquée à l’imitation du bronze patiné « à l’antique », chaque vase présente un dessin général particulièrement élaboré librement inspiré du célèbre modèle Médicis conservé de nos jours au Musée des Offices à Florence. Les lèvres sont soulignées de frises de lambrequins à réserves à canaux rythmés d’acanthes ; les cols sont agrémentés de bandeaux à jeux d’enfants dans des nuées encadrés d’anneaux unis ; les anses détachées en demi-lyre se terminent en enroulements centrés d’anneaux mobiles en joncs et se rattachent à des têtes de bélier au niveau des épaulements, ces derniers ceinturés d’enfilages de perles ; les culots s’inscrivent dans des bouquets en larges feuilles ajourées renfermant des acanthes et alternant avec des guirlandes de lauriers à graines ; les piédouches, animés de bagues à épis de blé à perles, sont ceinturés de tores enrubannés de lauriers et reposent sur des bases quadrangulaires à doucine à frises stylisées ponctuées d’acanthes.

    La rare paire de vases que nous proposons est plus ou moins directement inspirée de certaines œuvres de grands bronziers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle, notamment de certains modèles de vases « à têtes de bélier » créés par Pierre Gouthière (1732-1813) à la demande du duc d’Aumont, célèbre collectionneur parisien de l’époque (voir C. Vignon et C. Baulez, Pierre Gouthière : ciseleur-doreur du roi, Mare/Martin, 2016). Les sources anciennes, particulièrement certaines ventes aux enchères du début du XIXe siècle, mentionnent quelques paires de vases similaires à celle proposée, citons notamment une première paire décrite lors de la vente après cessation de commerce de Monsieur Rolland, Ancien marchand d’Estampes et Dessins du Cabinet du Roi, le 22 mars 1830 : « 76. Vases, forme de Médicis, orné d’un bandeau à frise de jeux d’enfants, anses à enroulement, anneaux et têtes de bélier, culot base, torsade en bronze ciselé et doré » et mentionnons particulièrement une seconde paire, pouvant correspondre à celle que nous proposons, qui était proposée aux enchères dans une vente anonyme à la fin de l’année 1803 : « 31. Deux vases, forme de Médicis, en tôle vernie, entourés de bas-reliefs sujets de jeux d’enfants, garnis d’anses à têtes de béliers et anneaux, culots et feuilles, piédouches et socles richement ouvragés en bronze doré. Hauteur totale 17 pouces ». Enfin, de nos jours, parmi les rares modèles de vases identiques répertoriés, relevons qu’une paire se trouvait anciennement dans les célèbres collections de Monsieur António de Sommer Champalimaud (1918-2004), banquier et industriel portugais ; collection dispersée à Londres au milieu des années 2000.

    Galle
    Claude Galle (1759-1815)

    Importante pendule de cheminée en bronze finement ciselé, patiné ou doré à l’or mat et marbre vert antique

    « La rencontre de Robinson Crusoé et de Vendredi »

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    Dans une caisse attribuée à Claude Galle

    Paris, époque Directoire, vers 1800

    Hauteur53.5 cm Largeur35.5 cm Profondeur14 cm

    Le cadran circulaire émaillé blanc indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes par deux aiguilles en acier bleui dites « Breguet » ; la lunette est soulignée de frises feuillagées ou perlées. Le mouvement est renfermé dans une caisse quadrangulaire à pans coupés entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à décor en relief, sur les côtés, de chèvres se hissant sur leurs pattes arrières pour manger des pampres, en façade, de scènes à personnages représentant Robinson Crusoé désespéré sous une tente de fortune faisant face à un orage et le même personnage se fabriquant une barque près d’un limonier ; les angles de la caisse sont agrémentés de tonneaux d’où s’échappent des cactus stylisés ; la terrasse, simulant un parterre « au naturel », supporte une superbe composition représentant la rencontre du jeune sauvage Vendredi, figuré un genou à terre, et de Robinson Crusoé, vêtu et coiffé de peaux de chèvres, tenant de la main droite un parasol et un fusil dans l’autre main ; à l’arrière de Vendredi se trouve un limonier à fruits dorés sur lequel est juché un perroquet. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire à pans coupés en marbre vert antique soulignée d’une frise de feuilles d’eau alternées de tigettes ; enfin, quatre pieds moulurés en boules aplaties supportent l’ensemble de l’horloge.

    Directement inspiré du célèbre roman de Daniel Defoe publié en 1719, cette pendule figure parmi les créations horlogères les plus abouties des dernières années du XVIIIe siècle. De nos jours, parmi les rares modèles identiques répertoriés, citons particulièrement : un premier exemplaire qui est illustré dans P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Munich, 1988, p.92, fig.159 ; ainsi qu’un deuxième, proposant une base en marbre rouge griotte d’Italie, qui est reproduit dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.359 ; un troisième, reposant sur une base en marbre de mer, est paru dans G. et A. Wannenes, Les plus belles pendules françaises, De Louis XIV à l’Empire, Editions Polistampa, Florence, 2013, p.307 ; un quatrième, proposant un socle entièrement doré, est exposé au Palais Pitti à Florence ; enfin, mentionnons particulièrement que deux pendules de ce modèle, l’une de composition originale et unique et toutes deux ayant des cadrans signés « Leclerc à Bruxelles », appartiennent aux collections du Musée François Duesberg à Mons (voir Musée François Duesberg, Arts décoratifs 1775-1825, Bruxelles, 2004, p.64-65).

    Claude Galle (1759 - 1815)

    L’un des plus éminents bronziers et fondeurs-ciseleurs de la fin de l’époque Louis XVI et l’Empire, Claude Galle est né à Villepreux près de Versailles. Il fait son apprentissage sous le fondeur Pierre Foy, épousant en 1784 la fille de Foy. En 1786 il devient maître fondeur. A la mort de son beau-père en 1788, Galle prend la direction de l’atelier, qui devient l’un des plus importants de Paris, employant, au plus haut de son activité, près de 400 artisans. Galle déplace l’atelier d’abord Quai de la Monnaie (plus tard Quai de l’Unité), puis, en 1805, 60 Rue Vivienne.

    Le garde-meuble de la couronne, sous la direction de sculpteur Jean Hauré de 1786-88, lui fait l’honneur de plusieurs commandes. Galle travailla avec beaucoup d’artisans remarquables, tels Pierre-Philippe Thomire ; il fournit la majorité des bronzes d’ameublement au Château de Fontainebleau pendant l’Empire. Il reçut de nombreuses commandes impériales, pour des lumières, boîtes de pendule, et vases pour les palais de Saint-Cloud, les Trianons, les Tuileries, Compiègne, et Rambouillet. Il fournit les palais italiens de Monte Cavallo à Rome et Stupinigi près de Turin.



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    Rare pendule de cheminée en bronze très finement ciselé ou moleté, patiné « au naturel » et doré à l’or mat

    « Jeune homme noir poussant une brouette »

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    Paris, époque Directoire, vers 1800

    Hauteur34.5 Largeur41 Profondeur12

    Le cadran circulaire émaillé blanc indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre repercé et doré ; il s’inscrit dans une caisse entièrement réalisée en bronze très finement ciselé ou moleté, patiné « au naturel » et doré à l’or mat. La lunette est décorée d’une frise moletée ; le mouvement, à sonnerie des heures et des demi-heures, est renfermé dans une balle de coton posée sur une brouette poussée par une superbe figure masculine représentant un jeune noir en bronze patiné « au naturel » et doré ; ses yeux sont émaillés, il est coiffé d’un chapeau agrémenté d’une plume, il est vêtu d’un pantalon et porte sur son dos un panier en vannerie contenant sa chemise ; à l’opposé, fièrement juché sur la ridelle, est un perroquet le plumage finement ciselé qui tourne la tête vers le spectateur. L’ensemble de la composition repose sur une base architecturée, de forme quadrangulaire à pans coupés, richement ornée de motifs en bas-reliefs en applique à décor d’ancres, de trident et de cordelettes, et d’un trophée central à feuilles d’olivier, palmes, caducée, palmette stylisée et cornes d’abondance, symbolisant le Commerce maritime. Enfin, la composition est supportée par six pieds évasés soulignés d’une frise finement ouvragée et d’un tore uni mouluré.

    A la fin du XVIIIe siècle, sous l’impulsion des écrits philosophiques de Jean-Jacques Rousseau qui exaltait les vertus morales du retour à la Nature à travers le mythe du « bon sauvage », l’engouement pour l’exotisme fut tout particulièrement mis à la mode par la littérature contemporaine. Ainsi, le prodigieux succès littéraire de « Paul et Virginie » de Bernardin de Saint-Pierre en 1788, héritier lointain du fameux « Robinson Crusoé » de Daniel Defoe, le roman « Les Incas » de Marmontel paru en pleine guerre de l’indépendance américaine, ainsi qu’« Atala » de Chateaubriand publiée en 1801, vont profondément bouleverser l’approche européenne des autres civilisations et même faire plonger la culture du vieux continent dans une forte nostalgie romantique liée à la quête d’un Eden païen régénéré par le christianisme. Comme souvent dans les arts décoratifs français, ce bouleversement aura sa manifestation dans certaines créations artistiques, essentiellement horlogères ou liées au luminaire. C’est dans ce contexte que fut créée la pendule que nous présentons dont le modèle dit « jeune homme noir poussant une brouette » connut un grand succès auprès des amateurs d’horlogerie des premières décennies du XIXe siècle. De nos jours parmi les rares autres modèles connus de ce type, citons notamment : un premier exemplaire qui est illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen-Age à nos jours, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.344 ; ainsi que deux modèles, l’un, le cadran signé « Gillet horloger », l’autre « Hunziker rue de Bussy n°22 », qui sont reproduits dans le catalogue de l’exposition « De Noir et d’Or, Pendules « au bon sauvage », Collection de M. et Mme François Duesberg », Musée Royaux d’Art et d’Histoire, Musée Bellevue, Bruxelles, 1993.

    Rémond
    François Rémond (vers 1747-1812)

    Rare paire d’aiguières « aux putti » en bronze très finement ciselé, moleté, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat ou à l’or bruni

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    Attribuée à François Rémond

    Paris, époque Directoire, vers 1795

    Hauteur41 Largeur17

    Entièrement réalisée en bronze très finement ciselé, moleté, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat ou à l’or bruni, chaque aiguière, en forme de buire néoclassique simulée, présente une panse en forme en œuf tronqué soulignée dans sa partie haute d’une frise de feuilles d’eau stylisées et surmontée d’un col largement évasé. La lèvre, à déversoir légèrement recourbé, tournesol et enroulements , est soulignée d’un large motif à feuilles d’acanthe et guirlandes de chêne enrubannées encadrant un mascaron masculin à thématique fluviale. L’anse est formée d’une superbe figure de putto debout légèrement drapé, dont les pieds sont posés sur un motif de double acanthe qui suit les courbes de la composition. Le culot, à bouquet de larges feuilles nervurées, repose sur une bague à fins godrons et sur un piédouche uni agrémenté d’un bandeau à croisillons centrés de cabochons et ceinturé d’un tore à motifs torsadés de fines cordelettes alternées de perles en enfilages. Enfin, l’ensemble est supporté par une base quadrangulaire à cavet foncé d’une frise de feuilles lancéolées et de tigettes à graines.

    La composition particulièrement originale de cette rare paire d’aiguières simulées, ainsi que la grande qualité de sa ciselure et de sa dorure, nous permettent de l’attribuer à l’œuvre de François Rémond, l’un des plus importants artisans parisiens des dernières décennies du XVIIIe siècle. Leur dessin, à anses formées de figures dénudées en pied, n’est pas sans rappeler un modèle d’aiguières en porcelaine de Sèvres et bronze finement ciselé et doré dont une paire est exposée à la Wallace Collection à Londres (voir H. Jacobsen, Gilded Interiors, Parisian Luxury & the Antique, publié à l’occasion de l’exposition « Gilded Interiors : French Masterpieces of Gild Bronze », The Wallace Collection, Londres, 2017, p.64-67) ; ainsi qu’une seconde paire à anses formées de satyre ou de sirène, portant la signature de Pierre Gouthière et la date 1767, qui appartient aux collections du Frick Art and Historical Center de Pittsburgh (reproduite dans C. Vignon et C. Baulez, Pierre Gouthière ciseleur-doreur du roi, The Frick Collection, New York, 2017, p.164-165, catalogue n°4). De nos jours, parmi les rares paires d’aiguières connues de modèle identique à celle proposée, citons particulièrement : une première paire qui a été proposée aux enchères à Paris au début des années 1970 (vente Palais Galliera, Maîtres Couturier-Nicolay, le 10 juin 1971, lot 145) ; ainsi qu’une seconde, acquise en mars 1934 et portant la marque d’inventaire « B 248 » au bonnet phrygien, qui appartient aux collections du Mobilier national à Paris (Inventaire GML-4510-001/002).

    François Rémond (vers 1747 - 1812)

    À l’instar de Pierre Gouthière, François Rémond est l’un des plus importants artisans ciseleurs-doreurs parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Il débute son apprentissage en 1763 et obtient ses lettres de maîtrise en 1774. Immédiatement son talent lui permet de se composer une riche clientèle parmi laquelle figuraient notamment certaines personnalités de la Cour. Mais surtout François Rémond, par l’intermédiaire du marchand-mercier Dominique Daguerre, participe à l’ameublement de la plupart des grands collectionneurs de la fin du XVIIIe siècle en fournissant des caisses de pendules, des chenets, des candélabres…toujours d’une très grande qualité d’exécution et aux compositions particulièrement raffinées et novatrices qui firent sa notoriété.



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    Important lustre à neuf lumières en bronze ciselé, doré et patiné et cristal ou verre taillé et facetté

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    Paris, époque Directoire, vers 1795-1800

    Hauteur114 Diamètre72

    La couronne supérieure est décorée d’éléments curvilignes terminés par des motifs étoilés ; le fût, souligné de motifs en arabesques terminés en enroulements, supporte un superbe vase « à l’antique » en bronze patiné et doré décoré d’un bandeau médian sur lequel viennent se fixer trois masques coiffés d’un panache stylisé desquels d’échappent, trois par trois, les neuf bras de lumière formés de tiges recourbées qui supportent les bassins. La partie inférieure du vase est ornée d’un motif godronné et le cul-de-lampe est formé d’une grappe stylisée émergeant d’un bouquet de feuillages. L’ensemble du lustre est richement agrémenté d’éléments en cristal ou verre taillé et facetté formés de guirlandes et de pendeloques.

    Le dessin particulièrement original du lustre proposé est révélateur de son époque de création : le Directoire ; période de quelques années au cours de laquelle les arts décoratifs parisiens étaient encore fortement marqués par l’esprit néoclassique du règne de Louis XVI, mais qui étaient déjà empreints par certains motifs décoratifs qui connaîtront un écho exceptionnel sous l’Empire. Sa composition le distingue de la plupart des autres modèles connus de la même époque. En effet, le traitement de son élément central doré et patiné, mais également son rare décor en cristal ou verre taillé, renouent avec les créations les plus luxueuses de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

    De nos jours, parmi les rares autres exemplaires répertoriés réalisés dans le même esprit, citons notamment une paire de lustres livrée en 1804 pour le Salon de l’Impératrice au château de Fontainebleau (voir J-P. Samoyault, Musée national du château de Fontainebleau, Catalogue des collections de mobilier,1.Pendules et bronze d’ameublement entrés sous le Premier Empire, Paris, RMN, p.100, catalogue n°64) ; deux modèles de même inspiration, le premier se trouvait anciennement dans la collection Bickert (vente à Paris, Me Baudoin, les 3-4 décembre 1934, lot 134), le second est apparu sur le marché de l’art lors de la vente des collections de la comtesse de Castellane et à divers amateurs (vente Sotheby’s, Monaco, le 9 décembre 1995, lot 244) ; enfin, mentionnons un dernier lustre de ce type, de grandes proportions, qui figure dans la salle à manger du château de Maisons, ancienne propriété du comte d’Artois, frère de Louis XVI (illustré dans le catalogue de l’exposition La folie d’Artois à Bagatelle, 1988, p.83).

    Rare paire de bougeoirs en bronze ciselé et doré

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    Paris, époque Directoire, vers 1795

    Hauteur33 Largeur16

    Entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré, cette paire de grands bougeoirs est un rare témoignage d’une période particulièrement brève dans les arts décoratifs français du XVIIIe siècle : le Directoire, époque qui esthétiquement fait la transition entre l’esprit néoclassique et raffiné de la fin du règne de Louis XVI et le goût puissant et masculin de l’époque impériale. Les fûts cannelés, fuselés et élancés semblent émerger d’une bague rehaussée de fleurettes stylisées ; ils se terminent par des chapiteaux, en forme de bagues octogonales, soulignés de rangs de perles et centrés de rosaces stylisées dans des dés qui supportent des binets cannelés finement ouvragés en forme de vases « à l’antique » ; ces derniers sont animés de frises de perles ou de feuilles stylisées et se terminent par des bobèches octogonales à frises de perles. L’ensemble repose sur des pieds largement évasés à fines cannelures supportés par des bases octogonales à doucine ceinturées de frises d’enfilages de perles ou de motifs tressés.

    La composition de cette rare paire de bougeoirs, si elle s’inspire librement de certains projets d’ornemanistes parisiens de la période Louis XVI, notamment de ceux de Jean-Charles Delafosse (voir G. Henriot, Le luminaire, de la Renaissance au XIXe siècle, 1933, planche 169), annonce déjà les modèles qui seront particulièrement appréciés sous Napoléon ; ainsi parmi des modèles Empire réalisés dans le même esprit, citons : une première paire livrée en 1809 par le bronzier Claude Galle pour le Grand Trianon (illustrée dans M-F. Dupuy-Baylet, L’Heure, Le Feu, La Lumière, Les bronzes du Mobilier national 1800-1870, Dijon, 2010, p. 65) ; ainsi qu’une seconde paire, à fûts, binets et bases octogonaux, inventoriée en 1807 dans la Salle du Conseil du palais de Fontainebleau (reproduite dans J-P. Samoyault, Musée national du château de Fontainebleau, Catalogue des collections du mobilier, 1-Pendules et bronze d’ameublement entrés sous le Premier Empire, RMN, Paris, p. 194, catalogue n° 181).

    Robin  -  Dubuisson  -  Schwerdfeger
    Robert Robin (1741-1799)
    Dubuisson (1731-1815)
    Ferdinand Schwerdfeger (1734-1818)

    Exceptionnelle pendule de cheminée ou de bureau dite « régulateur à remontoir d’égalité »

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    Dans une caisse attribuée à l’ébéniste Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger

    Paris, époque Directoire-Consulat, vers 1795

    Hauteur44 Largeur24.5 Profondeur19.5

    Provenance :

    – Probablement l’horloge prisée 500 francs en 1830 dans le cabinet du célèbre manufacturier de porcelaine Christophe Dihl (1752-1830) : « Un régulateur du nom de Robin à Paris à secondes et à quantièmes, balancier et compensateur et à thermomètre, dans sa gaine d’acajou en glaces ».

     

    Le cadran émaillé, signé « Robin », porte également la marque « dub » pour Etienne Gobin, dit Dubuisson (1731-1815), célèbre émailleur parisien, confrère et principal concurrent de Joseph Coteau. Il marque les heures en chiffres romains, les graduations des minutes, les secondes, le calendrier annuel avec indications des quantièmes et des mois de l’année, et l’équation du temps, marquant la différence entre le Temps vrai et le Temps moyen. Son mouvement à complications perfectionné, à échappement Graham et à remontoir d’égalité dit « à force constante », est actionné par un balancier à gril bimétallique oscillant muni d’un pyromètre portant les informations de la dilatation des métaux et par deux poids-moteurs. Il est inscrit dans une caisse architecturée en forme de borne « à l’antique » à corniche légèrement débordante réalisée en acajou ou en placage d’acajou et ornée de panneaux de glace sur ses faces et son recouvrement destinés à visualiser la complexité et le perfectionnement du mécanisme. L’ensemble est élégamment agrémenté d’un décor de bronze très finement ciselé et doré à l’or mat : l’entablement de la corniche est ceinturé d’une moulure ciselée de feuilles d’eau et ornée d’une frise alternée d’oves et de dards ; les panneaux de glace sont encadrés de baguettes torsadées et de frises de feuilles stylisées ; les équerres en écoinçons sont ornées de rinceaux de pampres de vigne ; enfin, une superbe draperie tombante à franges et guirlande feuillagée souligne l’arrondi du cadran. Le tout repose sur une base à ressaut à cavet foncé d’une frise de feuilles de persil supportée par quatre pieds quadrangulaires en bronze doré.

    Excepté son mouvement à complications d’une grande précision et d’une superbe facture, cette pendule présente la particularité d’être enchâssée dans une caisse d’architecture en acajou poli, dont la composition, volontairement dépouillée, est destinée à mettre en valeur l’ingéniosité et le perfectionnement du mécanisme et la beauté du cadran. Vers la fin du XVIIIe siècle, un ébéniste s’était spécialisé dans la création de ce type de caisses : Ferdinand Schwerdfeger (1734-1818), mentionné « Ferdinand » dans de nombreuses ventes aux enchères du début du XIXe siècle et dont l’atelier, au décès de sa femme en 1803, était décrit comme comprenant quasi-exclusivement des caisses de pendules en acajou. C’est notamment Schwerdfeger qui confectionna la caisse de la pendule géographique qu’Antide Janvier présenta en 1791 au roi Louis XVI et qui appartient de nos jours aux collections du musée national du château de Fontainebleau (illustrée dans M. Hayard, Antide Janvier 1751-1835, Horloger des étoiles, p.1995, p.79) et, c’est de toute évidence, ce même ébéniste, auteur de certains meubles luxueux pour Marie-Antoinette, qui fut chargé de la réalisation de la caisse de la pendule que nous proposons, qui est d’un modèle particulièrement abouti et peu commun. En effet, les exemplaires répertoriés réalisés dans le même esprit sont excessivement rares, citons particulièrement une première pendule, signée Lepaute et de composition moins élégante, qui fut livrée en 1804 pour la chambre à coucher de Napoléon au Palais de Fontainebleau (illustrée dans J-P. Samoyault, Pendules et bronzes d’ameublement entrés sous le Premier Empire, Paris, 1989, p.73) ; ainsi qu’une seconde, signée « Robin », qui est reproduite dans Tardy, La pendule française, 2ème partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.325.

    Robert Robin (1741 - 1799)

    Robert Robin est l’un des plus importants horlogers parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Honoré des titres de Valet de Chambre-Horloger Ordinaire du Roi et de la Reine en 1783 et 1786, il eut une carrière hors du commun et se distingua par sa contribution exceptionnelle à l’amélioration des instruments de la mesure du temps.

    En 1778, l’Académie des Sciences approuva deux de ses inventions, dont l’une mena à la construction d’une pendule astronomique représentant une méridienne tracée sur une pyramide qui fut acquise par les Menus Plaisirs pour Louis XVI cette même année ; Robin publia une Description historique et mécanique très détaillée de cette pendule. Il créa également des régulateurs de cheminée à indications astronomiques et à balancier compensé, dont le marquis de Courtanvaux, homme de science et grand connaisseur d’horlogerie de précision, fut l’un des premiers acquéreurs. Au cours des troubles révolutionnaires, il réalisa des montres et des pendules à heure décimale. On le retrouve successivement Grande rue du faubourg Saint-Honoré (1772), rue des Fossés-Saint-Germain l’Auxerrois (1775), rue Saint-Honoré à l’Hôtel d’Aligre (1778) et aux Galeries du Louvre en 1786.

    Pour ses régulateurs de bureau, Robin fit le choix de boîtes architecturées d’une grande sobriété, qui nous paraissent aujourd’hui d’une remarquable modernité. Il collabora toujours avec les meilleurs artisans de son temps, parmi lesquels les bronziers ou ciseleurs Robert et Jean Baptiste Osmond, Pierre Philippe Thomire, François Rémond et Claude Galle, les ébénistes Jean-Henri Riesener, Ferdinand Schwerdfeger et Adam Weisweiler, les émailleurs Barbezat, Dubuisson, Merlet et Coteau pour les cadrans, et les Richard et Montginot pour les ressorts.

    Les deux fils de Robert Robin, Nicolas Robert (1775-1812) et Jean-Joseph (1781-1856), étaient également d’excellents horlogers et poursuivirent brillamment l’activité de l’atelier paternel.



    Dubuisson (1731 - 1815)

    Étienne Gobin, dit Dubuisson, est l’un des meilleurs émailleurs parisiens de la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème. Vers le milieu des années 1750 il travaille à la manufacture de Sèvres, établissant par la suite son propre atelier. Il est mentionné dans les années 1790 dans la rue de la Huchette et vers 1812, dans la rue de la Calandre. Spécialisé dans les boîtes de montres et cadrans émaillées, il est réputé pour son habileté exceptionnelle et la représentation de détails.



    Ferdinand Schwerdfeger (1734 - 1818)

    Ferdinand Schwerdfeger figure parmi les plus importants ébénistes parisiens de la fin du XVIIIe siècle. Après son accession à la maîtrise, en mai 1786, il installe son atelier dans la capitale et connaît immédiatement une grande notoriété. Cependant, son œuvre demeure relativement méconnue ; dû à sa date de maîtrise tardive et au fait que l’artisan estampilla peu. Parmi les quelques meubles qui peuvent lui être attribués avec certitude, mentionnons un ensemble livré pour Marie-Antoinette, ainsi que quelques caisses de régulateurs et de pendules dont les cadrans sont signés par les plus grands horlogers de l’époque, particulièrement Antide Janvier, Jean-Simon Bourdier et Robert Robin (voir M-A Paulin, Schwerdfeger, ébéniste de Marie-Antoinette, in L’Estampille/L’Objet d’art, octobre 2003).



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