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Époques : Restauration

  • Raingo
    Zacharie Raingo (actif vers 1805-1830)

    Exceptionnelle pendule-planétaire à musique à quatre colonnes « en rotonde » en placage de loupe d’amboine ou ronce d’acajou et bronze très finement ciselé, moleté et doré

    Pendule415-06_HD_WEB

    Paris, époque Restauration, vers 1820

    Hauteur74 Diamètre27

    Le cadran circulaire émaillé blanc indique les heures en chiffres romains, les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes, ainsi que les secondes, par trois aiguilles. Il dissimule le mouvement, auquel est fixé un balancier bimétallique à lentille centrée d’un mascaron masculin, qui s’inscrit dans une caisse néoclassique en forme de temple en rotonde « à l’antique » en placage de loupe d’amboine ou de ronce d’acajou et bronze très finement ciselé, moleté et doré. Quatre colonnes, supportées par des bases carrées à entablements à frises fleurdelisées et sommées de chapiteaux à fines cannelures torses foncées de perles, reposent sur une base circulaire posée sur un contre-socle agrémenté d’une frise de palmettes stylisées et reposant sur une plinthe quadrangulaire, renfermant une boîte à musique à cylindre à vingt-cinq peignes, qui porte une plaque en métal doré, signée « Raingo à Paris », proposant les réglages et le remontage de ladite boîte à musique ; ces colonnes supportent une plate-forme annulaire, dont l’entablement est ceinturé de frises de canaux ou de fleurettes, surmontée du planétaire dit « tellurium ». Ce dernier tourne autour du soleil en 365 jours et peut être désengrené manuellement pour les démonstrations didactiques ou pour le réglage de la date grâce à une manivelle latérale avec pommeau en ivoire tournée ; il indique sur un grand anneau en métal argenté, disposé à l’intérieur de la platine annulaire, un calendrier zodiacal avec les quantièmes annuels et les douze mois de l’année avec leurs signes du zodiaque traités en bas-relief en applique ; au centre de l’axe du planétaire est placé le soleil en bronze doré flanqué d’un cadran en métal argenté qui indique l’âge de la lune de 1 à 29 ½ et ses différentes phases, et supporte la Lune en ivoire, partiellement laquée noir, placée en satellite de la Terre traitée en mappemonde inclinée surmontée d’un cadran en métal à double numérotation en chiffres romains de I à XII permettant de connaître l’heure qu’il est dans les différentes parties du Monde. L’horloge est présentée sous un globe de verre.

    Cette exceptionnelle pendule à planétaire peut être considérée comme le parfait aboutissement technique et esthétique de ce type d’horloges à complications, dont l’un des premiers modèles fut créé dans les toutes premières années du XVIIIe siècle par l’Anglais John Rowley pour le comte d’Orrery (voir le catalogue de l’exposition Sphères, L’art des mécaniques célestes, Paris, 2002, p.238-239). Au début du XIXe siècle, certains horlogers français célèbres s’essayèrent à la création de ce type de pièces exceptionnelles, citons Antide Janvier qui réalisa notamment un premier exemplaire qui appartient de nos jours au Musée du Temps de Besançon (illustré dans M. Hayard, Antide Janvier 1751-1835, Horloger des étoiles, 1995, p.209) et un deuxième qui est reproduit dans G. et A. Wannenes, Les plus belles pendules françaises, De Louis XIV à l’Empire, Editions Polistampa, Florence, 2013, p.378-379, et mentionnons également la Maison « Leroy et Fils » qui collabora sur une horloge parue dans P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Munich, 1988, p.70, fig.122.

    Toutefois, relevons que les modèles les plus élaborés et les plus recherchés par les amateurs européens, pour l’élégance des caisses et pour la perfection des mouvements et des mécanismes, étaient ceux créés par l’horloger-mécanicien Zacharie-Joseph Raingo dans les premières décennies du XIXe siècle. Dès 1810, Raingo avait déposé un brevet, annexé d’un dessin, pour un modèle en bronze doré qui semble correspondre à celui commandé par Paul Arconati, baron de Gaesbeek, pour être offert au sultan de Turquie ; pendule jamais livrée qui demeura dans la famille Gaesbeek jusqu’à son acquisition par le Musée du Cinquantenaire de Bruxelles (illustrée dans A-M. Berryer et L. Dresse de Lébioles, La mesure du temps à travers les âges aux Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, 1974, p.92). Enfin, citons quelques rares autres modèles de Raingo de composition similaire à celui que nous proposons, la plupart inscrits dans des rotondes à colonnes en placage d’acajou ou de loupe : un premier est illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p.376 ; un deuxième, entièrement en bronze ciselé et doré, appartient aux collections royales espagnoles (reproduit dans J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.144, catalogue n°122) ; trois modèles sont parus dans Tardy, La pendule française, 2ème partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.418 ; enfin, mentionnons qu’une dernière pendule de ce type, quasiment identique à celle que nous proposons, fait partie des collections royales anglaises (voir C. Jagger, Royal Clocks, The British Monarchy & its Timekeepers 1300-1900, Londres, 1983, p.168, fig.229).

    Pour terminer, relevons particulièrement qu’une pendule de ce type fut longuement décrite au moment de son passage aux enchères en mai 1830 lors de la dispersion de la collection de Monsieur Maneffe de Bruxelles : « Pendule scientifique. De l’invention et exécution de M. Raingo, horloger, natif de Mons. Approuvée par les membres de l’Institut et du Conservatoire, ainsi que par les rapports honorables du ministre de l’intérieur de France. A cette pendule est annexée une sphère propre par sa rotation à démontrer les éléments de la cosmographie et géographie. Elle est d’une forme nouvelle et agréable, sur 13 pouces de diamètre et 25 de hauteur. Les effets sont obtenus par des moyens simples et d’une invention à ne pouvoir désirer rien de plus parfait en ce genre. Son utilité est indispensable pour la démonstration de la vérité du système de Copernic, et des révolutions qui ne laissent aucun doute sur les phénomènes de la nature, représentés avec la plus grande précision. 1e elle rend le mouvement annuel et journalier de la terre autour du soleil dans son inclinaison parfaite de l’écliptique. 2e La terre en parcourant l’écliptique forme son mouvement elliptique, en se rapprochant et s’éloignant du soleil, selon les saisons, et indique, dans la proportion la plus exacte, la marche constante de la nature. 3e La terre, par son mouvement varié, trace la marche du temps, occasionnée par les mêmes causes que nous offre la nature, et sert à différentes observations sur le globe. 4e Les cercles se meuvent autour du globe sur tous les sens, et nous donnent la croissance et décroissance des jours, selon les saisons, pour tous les pays du monde. 5e Des indicateurs mobiles désignent l’heure du lever et coucher du soleil de chaque jour, et pour tous les pays ; son élévation, sa déclinaison, quels cercles il décrit. Ces indicateurs offrent encore les quatre saisons au moment des équinoxes des solstices. 6e Un cadran mobile qui se trouve au-dessus de la terre, nous fait connaître à volonté l’heure de tel ou tel pays, ainsi que les heures des jours et des nuits. 7e Le mouvement journalier et annuel de la lune autour de la terre, avec ses phases. 8e La lune forme son mouvement écliptique qui donne son apogée, son périgée et la variété des jours lunaires d’après ses effets progressifs. 9e Un indicateur montre l’heure du lever et coucher de cette planète dans tous les pays du monde. 10e La marche des jours lunaires est indiquée par la rotation même de la lune. 11e La sphère, en parcourant l’écliptique, marque les jours des mois, leur nom, les degrés et signes du zodiaque. 12e La marche des années communes et bisextiles, indique, par son propre mouvement, l’époque à laquelle il faut remonter le rouage de la sphère, ce qui n’arrive que tous les quatre ans. La sphère se sépare de la pendule pour en démontrer les effets, par le moyen de la manivelle d’un rouage particulier que l’on accélère à volonté. A cette pendule est adapté un concert mécanique de flûte, jouant à toutes les heures à volonté. Cette découverte a coûté à l’inventeur sept années de travail pour parvenir à son entière perfection ».

    Zacharie Raingo (actif vers 1805 - 1830)

    La vie de Zacharie Raingo est relativement peu connue ; son activité s’étend de 1805 à 1830 environ. Né à Mons en Belgique, cet horloger travaillait à Tournai en 1806, à Gand vers 1810, puis peu de temps après, il s’installa à Paris et reçut le titre d’Horloger-Mécanicien de SAS le duc de Chartres, puis celui d’Horloger-Mécanicien de la Couronne en 1824. Mais, surtout Raingo devint en l’espace de quelques années l’horloger de précision le plus célèbre des époques Empire et Restauration. Ainsi, relevons qu’une pendule de l’horloger était brièvement décrite en 1834 lors de la dispersion aux enchères de la collection du banquier Jacques Laffitte : « Une pendule sur colonnes en acajou, ornée de cuivres dorés, mouvement mécanique de M. Raingo. »



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    Thomire
    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)

    Important guéridon « à l’antique » en bronze finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni

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    Attribué à Pierre-Philippe Thomire

    Paris, début de l’époque Restauration, vers 1820

    Hauteur75.3 Diamètre67.7

    Le plateau circulaire en marbre blanc de Carrare est traité en tore mouluré sur sa bordure extérieure et repose sur un entablement dont la ceinture est soulignée d’une frise de feuillages de pampres ponctués de rosaces stylisées. L’ensemble est supporté par un piétement entièrement réalisé en bronze très finement ciselé et doré à fût en balustre à chapiteau orné d’une frise de feuilles d’eau surmontant un bandeau à éventails et à culot agrémenté de larges feuilles d’acanthes alternées de tigettes à rosettes et rinceaux surmontant un bandeau à feuilles de refend émergeant d’une bague moulurée à frise rythmée de feuilles d’eau ; le piédouche se présente sous la forme d’un large bouquet d’acanthes alterné de feuilles de refend nervurées à filets ; enfin, l’ensemble repose sur une base contournée à trois consoles traitées en crosses terminées en volutes centrées de rosaces et supportées par des coupelles à frises stylisées reposant sur des roulettes.

    Le meuble dit « guéridon », pièce de mobilier particulièrement apprécié sous le règne de Louis XVI, connaîtra un exceptionnel engouement à partir de l’avènement de Napoléon et sera décliné dans de nombreux matériaux et dans de multiples modèles tout au long du premier tiers du XIXe siècle. Toutefois, soulignons que ce modèle particulier de guéridons à plateau de marbre et piétement entièrement réalisé en bronze ciselé et doré figure parmi les créations les plus spectaculaires et les ambitieuses de l’époque impériale et des deux décennies suivantes. L’attribution de l’exemplaire que nous proposons au bronzier Pierre-Philippe Thomire repose sur les nombreuses similitudes stylistiques qu’il présente avec des œuvres répertoriées de cet artisan d’exception, ainsi que sur une description, tirée de la monographie de Juliette Niclausse consacrée à Thomire et publiée en 1947, qui mentionne un meuble similaire avec des variantes dans la composition générale : « Grand guéridon en bronze ciselé et doré. La ceinture est ornée d’une succession d’étoiles, les pieds se terminent en griffes. Signé Thomire » (J. Niclausse, Thomire, fondeur ciseleur (1751-1843), Paris, 1947, p.134). Enfin, mentionnons quelques rares autres modèles connus de guéridon entièrement en bronze ciselé ou doré et réalisés dans le même goût, citons : un premier exemplaire, à fût balustre, qui appartient aux collections royales espagnoles au Palais d’El Pardo à Madrid (illustré dans L. Feduchi, Colecciones Reales de Espana, El Mueble, p.457, fig.380) ; ainsi qu’un deuxième qui se trouvait anciennement dans la collection du célèbre sculpteur d’origine russe Marc Antocolsky (1840-1902) dispersée à Paris en 1906, puis qui fut reproposé quelques décennies plus tard sur le marché de l’art français (vente à Paris, Galerie Georges Petit, les 26-27 mai 1930, lot 203) ; enfin, citons un dernier guéridon réalisé dans le même esprit qui est exposé à la Villa Masséna à Nice (reproduit dans L. Mézin, La Villa Masséna du Premier Empire à la Belle Epoque, 2010, p.50-51, catalogue n°8).

    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.



    Jacob-Desmalter  -  Thomire
    Jacob-Desmalter (1770-1841)
    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)

    Importante table de milieu formant coiffeuse en placage de loupe d’orme et de loupe d’amboine

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    L’ébénisterie attribuée à François-Honoré-Georges Jacob, dit Jacob-Desmalter (1770-1841)

    Les bronzes attribués à Pierre-Philippe Thomire

    Paris, début de l’époque Restauration, période Charles X, vers 1815-1820

    Hauteur179 Largeur131 Profondeur73

    Provenance :

    – Ancienne collection James de Rothschild (1792-1868).

     

    A décor dit « toutes faces », cette rare table de toilette présente une composition originale en deux parties et est richement ornée de bronze finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré. La partie haute s’organise autour d’un miroir circulaire, renfermé dans un encadrement à frise fleurie ou feuillagée, rattaché à deux fûts balustres ciselés de feuilles d’eau, palmettes, acanthes, bagues feuillagées ou moletées…et reposant sur des piétements tripodes en jarrets de félin. Ils supportent des bouquets de lumière à cinq branches, dont quatre sinueux soulignés de rinceaux « en arabesques » ponctués de rosaces, et portent chacun un bras articulé repliable à deux bobèches ; sur le côté de chaque fût, est une superbe figure féminine représentant une jeune nymphe debout coiffée de fleurs ; les bases quadrangulaires sont soulignées de frises de feuillages stylisés et de tores en joncs rubanés. L’ensemble repose sur un plateau en marbre bleu turquin à réserve moulurée supporté par une table à large entablement ouvrant par deux tiroirs latéraux en opposition, le devant déployant une tablette libérée par un bouton poussoir. La ceinture est ornée d’un motif feuillagé et repercé à couronne flanquée de rinceaux, palmettes ou fleurons, et repose sur quatre forts pieds en consoles soulignés de motifs feuillagés, terminés en sabots à enroulements et réunis par une entretoise en H à barrette en double balustre à bagues feuillagées.

    Cette rare table est l’un des modèles de meubles de toilette parmi les plus élaborés des premières décennies du XIXe siècle. Cette composition étagée bien spécifique, en deux parties, dont l’un formant miroir, se distingue des coiffeuses du XVIIIe siècle sur lesquelles les parties à miroir apparaissaient au revers d’abattants. Ici, le miroir fait partie intégrante du meuble et dévoile toute son utilité. De nos jours, parmi les rares exemplaires répertoriés réalisés dans le même esprit, citons notamment : un premier modèle, commandé à Antoine-Thibaut Baudouin dès 1809 par l’impératrice Joséphine et précocement marqueté en loupe de frêne, qui est exposé au Grand Trianon (reproduit dans le catalogue de l’exposition L’aigle et le papillon, Symboles des pouvoirs sous Napoléon 1800-1815, Musée des Arts décoratifs, Paris, 2007, p.116-117) ; un deuxième fut acheté directement sur le stand de l’ébéniste Félix Rémond à l’Exposition des Produits de l’Industrie de 1823 par la duchesse de Berry, puis placé dans le nouvel appartement de la duchesse au Palais des Tuileries ; il appartient de nos jours au Musée des Arts décoratifs à Paris (paru dans le catalogue de l’exposition Entre cour et jardin, Marie-Caroline, duchesse de Berry, Musée de l’Ile-de-France, Sceaux, 2007, p.131) ; un troisième fut livré par Jacob-Desmalter en 1807 pour le Palais de Compiègne (illustré J-P. Samoyault, Mobilier français Consulat et Empire, Paris, 2009, dans p.227) ; un quatrième fut livré vers 1809 par Jacob-Desmalter pour les appartement de l’Impératrice et possède la particularité de reposer sur des pieds en lyres (voir J-M. Moulin, Guide du musée national du château de Compiègne, Paris, 1992, p.81) ; un cinquième, livré en 1809 par Thomire-Duterme et Cie pour la chambre à coucher de l’impératrice au Palais de Fontainebleau, est toujours conservé dans ce château ; son ébénisterie est rapprochée de l’atelier des Jacob dans J-P. Samoyault, Fontainebleau, Musée national du château, Meubles entrés sous le Premier Empire, RMN, Paris, 2004, p.292-293 ; enfin, citons également, car réalisée dans le même esprit, la coiffeuse en cristal créée par la Maison « A l’Escalier de cristal » vers 1819 et exposée aujourd’hui au Musée du Louvre à Paris (illustrée dans D. Alcouffe, A. Dion-Tenenbaum et A. Lefébure, Le mobilier du Louvre, Tome I, Editions Faton, Dijon, 1993, p.321, catalogue n°110).

    Jacob-Desmalter (1770 - 1841)

    François-Honoré-Georges Jacob, dit Jacob-Desmalter peut être considéré comme le plus important artisan en sièges parisien du premier quart du XIXe siècle. Fils cadet du célèbre menuisier Georges Jacob (1739-1814), il se maria en 1798 avec Adélaïde-Anne Lignereux, la fille du célèbre marchand Martin-Eloi Lignereux. Dans un premier temps, il se distingua par ses qualités de dessinateur, puis en 1796, il s’associa avec son frère aîné Georges II Jacob (1768-1803) et tous deux reprirent l’atelier paternel de la rue Meslée sous la raison sociale Jacob Frères. Après le décès de son frère, Jacob Desmalter devint partenaire de son père, revenu aux affaires, et changea son estampille. Pendant près d’une décennie, ils vont être les fournisseurs privilégiés du Garde-Meuble impérial et des grands amateurs du temps. Toutefois, en 1813, les nombreux retards de paiements de l’administration impériale entraîneront la faillite de la maison Jacob. En 1825, après de multiples péripéties, il vendit son fonds de commerce à son fils contre une confortable rente viagère de 6000 francs par an. Libéré de la charge de l’entreprise, il entreprit quelques voyages, notamment en Angleterre où George IV lui demanda de participer au décor du château de Windsor. Il mourut à Paris, rue Cadet, le 15 août 1841.



    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.



    Fragonard  -  Sèvres
    Alexandre-Évariste Fragonard (1780-1850)
    Manufacture Royale de Sèvres

    Rare paire de lions ailés canéphores en biscuit de porcelaine de Sèvres supportant leurs corbeilles dorées

    APF_Biscuits007_06

    Réalisé sur un modèle d’Alexandre-Evariste Fragonard

    Manufacture royale de Sèvres, époque Restauration, vers 1826-1828

    L’un des lions porte les marques incisées J 6 26 et N°2/Mars ; l’une des corbeilles porte une marque fleurdelisée en bleu ainsi que Sèvres/28, une marque dorée MC. G ( ?). Mars et les numéros 24-4 incisés dans la pâte.

    Hauteur30 Largeur38.7 Profondeur19

    Réalisé en biscuit de porcelaine de Sèvres, chacun des deux lions est représenté en train de marcher paisiblement dans une attitude majestueuse, la gueule ouverte, la queue recourbée et la crinière finement dessinée ; de la partie haute de ses pattes antérieures s’échappent des ailes réalisées dans l’esprit des anciens modèles assyriens ; chaque félin supporte une selle en drapé, finement décorée de motifs stylisés en léger relief tels que palmettes et rinceaux feuillagés, qui se termine en franges tressées et sur laquelle est disposée une corbeille ajourée en porcelaine dorée à motifs feuillagés. Enfin, chaque lion est supporté par sa base originale quadrangulaire en tôle peinte à l’imitation du marbre brun.

    La composition de cette superbe paire de lions canéphores reprend directement l’un des deux projets d’Alexandre-Evariste Fragonard réalisés en 1817. A l’origine, les dessins de Fragonard esquissaient deux modèles différents, un lion et une lionne supportant des corbeilles, destinés à accompagner un groupe de figures égyptiennes canéphores faisant partie d’un luxueux surtout de table en biscuit et porcelaine dorée. Finalement, il semble que seule la figure du lion ait été exécutée dans les ateliers de la Manufacture royale sous la direction du sculpteur Jean-Charles-Nicolas Brachard ; les premières exemplaires de lions de ce modèle sont mentionnés dans les inventaires de Sèvres en décembre 1818 et furent exposés au Louvre l’année suivante (les dessins originaux de Fragonard, ainsi que les projets en plâtre de Brachard, appartiennent toujours aux collections du Musée de Sèvres).

    De nos jours, parmi les quelques exemplaires identiques répertoriés, rarement conservés en paires, mentionnons particulièrement : un premier modèle, réalisé vers 1818, qui appartient aux collections du Ministère des Affaires étrangères à Paris (illustré dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.291, fig.354) ; ainsi que deux modèles qui sont parus dans T. Préaud, The Sèvres Porcelain Manufactory, Alexandre Brogniart and the Triumph of Art and Industry, 1800-1847, The Bard Graduate Center for Studies in the Decorative Arts, New York, 1997, p.358, planche 143 ; enfin, citons un dernier lion de ce type qui est conservé au Mobilier national à Paris (reproduit dans Le XIXe siècle français, Collection Connaissance des Arts, Hachette, Paris, 1957, p.80).

    Alexandre-Évariste Fragonard (1780 - 1850)

    Fils du célèbre peintre Jean-Honoré Fragonard, il fut formé dans un premier temps dans l’atelier paternel, puis devint l’assistant du peintre David qui, pour souligner le talent de son jeune élève, disait de lui : « il y a de l’huile dans cette lampe ». Rapidement le jeune Fragonard acquit une grande réputation en tant que peintre et sculpteur, reçut d’importantes commandes publiques et privées et fut l’un des principaux donneurs de modèles de la Manufacture royale de Sèvres sous la Restauration en participant activement au renouveau artistique français, développant notamment le style troubadour influencé par l’architecture, la peinture et les arts décoratifs du Moyen-Age.



    Manufacture Royale de Sèvres

    Patronnée par Louis XV et la marquise de Pompadour, la Manufacture de Vincennes voit le jour en 1740 pour concurrencer les créations de la Manufacture de Meissen, se positionnant ainsi comme sa principale rivale européenne, et sera transférée à Sèvres en 1756, devenant la Manufacture royale de porcelaine de Sèvres. De nos jours toujours en activité, elle connaîtra tout au long de son histoire d’exceptionnelles périodes de création en faisant appel aux meilleurs artistes et artisans français et européens. Rattachée aux souverains et aux empereurs, elle sera la vitrine du savoir-faire français et la plupart des créations sorties de ses ateliers seront destinées à être offertes en cadeaux diplomatiques ou à participer au décor et au faste des nombreux châteaux et palais royaux et impériaux des XVIIIe et XIXe siècles.



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    Thomire
    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)

    Exceptionnelle paire de candélabres monumentaux en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et porphyre vert dit « serpentine verte antique »

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    Attribuée à Pierre-Philippe Thomire

    Candélabres : Paris, époque Empire, vers 1805-1810

    Gaines : Paris, époque Restauration, vers 1820-1840

    Candélabres :
    Hauteur184 Largeur60 Profondeur35
    Gaines :
    Hauteur89.5 Diamètre47

    Provenance :

    – Paris, collection de la Galerie Seligmann.

    – Acquis en 1919 auprès de cette galerie par le Metropolitan Museum of Art, New York.

    – Collection du Metropolitan Musem of Art, New York, 1919-1994 (Inv. 19.182.1-2).

    – Vente Christie’s, New York, 26 avril 1994, lot 139.

     

    Cette spectaculaire paire de candélabres « en torchères » se présente sous la forme de deux superbes personnages représentés dans l’attitude de la course et figurant pour l’un, Apollon, le visage sévère, la tête ceinte d’une couronne de laurier, le haut du corps couvert d’un drapé et portant des sandales à lanières, pour l’autre, formant pendant, Diane, les cheveux retenus par un chignon, vêtue d’une tunique légère nouée sous la poitrine et portant des sandales montantes à lanières croisées ; le dieu tient de sa main gauche une coupelle, tandis que la déesse présente une tazza dans sa main droite. Ils tiennent chacun un bouquet à quinze lumières en forme de torche à fût « en carquois » sur lequel viennent se rattacher les bras de lumière curvilignes soulignés de feuilles d’eau, palmettes, rinceaux ou rosaces. Les figures reposent sur des terrasses unies et sur des bases cylindriques à moulures à frises alternées d’acanthes et de feuilles stylisées et à chapiteaux à frises de feuilles d’eau, acanthes ou fleurons, soulignées de chapelets à olives et pirouettes ; les corps des fûts sont rythmés de motifs en applique à guirlandes retenues par des pastilles rubanées et à scènes de course des chars d’Apollon et de Diane. Enfin, les groupes sont supportés par des gaines octogonales en placage de marbre vert de mer agrémentées de frises de doubles entrelacs à fleurons et de tores rubanés de feuilles et graines de laurier.

    Leur composition originale et leurs proportions monumentales tendent à prouver que ces modèles furent réalisés par l’un des meilleurs bronziers parisiens de l’époque de Napoléon, si ce n’est le meilleur. A cette époque, seuls deux ou trois artisans de la capitale étaient suffisamment importants pour fondre et assembler des pièces de si grandes dimensions : André-Antoine Ravrio, Claude Galle et, surtout, Pierre-Philippe Thomire, le bronzier le plus inventif et le plus talentueux du début du XIXe siècle, à qui nous attribuons les candélabres présentés. C’est notamment Thomire & Compagnie qui présentait à l’Exposition de Paris de 1819 «…un grand candélabre…de la plus grande richesse. » (L. Costaz, Rapport du jury central sur les produits de l’industrie française, présenté à S.E.M. le comte Decazes, Imprimerie royale, Paris, 1819, p.213), et c’est également ce même artisan qui collaborait régulièrement avec les architectes Percier et Fontaine, auteurs du Recueil de décorations intérieures dans lequel un projet décoratif dût servir de modèles d’inspiration aux représentations des chars de Diane et d’Apollon qui décorent les bases des candélabres proposés (illustré dans le catalogue de l’exposition Charles Percier, Architecture and Design in an Age of Revolutions, Musée national du Château de Fontainebleau, 2017, p.124, fig.6.2).

    A ce jour, seules cinq autres paires de candélabres de modèle identique sont connues, avec parfois certaines variantes, notamment dans l’aspect doré ou patiné « à l’antique » des figures d’Apollon et de Diane : une première paire, très certainement achetée à Paris vers 1810 pour l’ameublement de Frédéric III de Wurtemberg (1754-1816), appartient aux collections du Château de Ludwigsburg dans le Land de Bade-Wurtemberg en Allemagne (Inv. TRGT 5502-5503) (illustrée dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spatbarock und Klassizismus, Munich, 1986, p.330, figs.5.2.5 et 5.2.6) ; une deuxième paire, provenant probablement des anciennes collections impériales napoléoniennes, fait partie des collections du Mobilier national et est exposée dans les salons du Quai d’Orsay, actuel Ministère des Affaires étrangères (reproduite dans Le Quai d’Orsay, Paris, 1991, p.107) ; deux paires, à six lumières et sans base, appartiennent aux collections royales anglaises à Buckingham Palace (Inv. RCIN 2718) ; enfin, une cinquième paire figure dans les collections du Palais Schwarzenberg à Vienne.

    Cette dernière paire, dite « paire Schwarzenberg », est la mieux documentée et apporte de nombreuses et précieuses informations sur ces modèles spectaculaires. En effet, nous savons qu’elle fut achetée à Paris le 17 janvier 1805 par le comte Schwarzenberg auprès du marchand de meubles et de curiosités André Coquille ; la facture, toujours conservée dans les archives Schwarzenberg, indique le prix d’achat 14 000 francs, somme colossale, et leur désignation de l’époque : « les Camilles ». Un peu plus d’une dizaine d’années plus tard, en 1819, elle figura à l’Exposition des Produits de l’Industrie française. Leur présentation au public nous est notamment connue par une gravure tirée du Recueil d’ornements du dessinateur et graveur parisien Charles-Pierre-Joseph Normand (1765-1840) conservé à l’Institut national d’Histoire de l’Art à Paris, ancienne Bibliothèque Jacques Doucet (voir H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Band I, Munich, 1986, p.390, fig.5.17.1).

    Concernant la provenance des candélabres que nous proposons, nous savons qu’ils furent longtemps exposés ou conservés dans les célèbres collections du Metropolitan Museum of Art de New York, puis réapparurent sur le Marché de l’art new-yorkais au milieu des années 1990 lors de la dispersion aux enchères de certaines pièces exceptionnelles appartenant à ce musée américain. Auparavant, nous savons qu’ils étaient présentés au début du XXe siècle à la Galerie Seligmann à Paris. Fondée par Jacques Seligmann (1858-1923), cette dernière était devenue en l’espace de quelques décennies, la plus grande galerie parisienne de meubles anciens et d’objets d’art de luxe. Rapidement, elle avait acquis une grande renommée internationale et comptait parmi sa clientèle les plus grands collectionneurs européens et américains, notamment le comte Moïse de Camondo, le banquier Edmond de Rothschild, l’industriel Henry Clay Frick et le financier John Pierpont Morgan. Reconnus pour leur talent pour découvrir les objets rares et exceptionnels, les Seligmann n’achetaient que des pièces hors-du-commun dans les plus prestigieuses collections internationales ; ainsi, ils firent notamment l’acquisition de la totalité de la partie privée de la collection Hertford-Wallace, dont l’autre partie est exposée de nos jours à la Wallace Collection à Londres.

    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.



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    Jacob-Desmalter (1770-1841)

    Important régulateur de cabinet dit « pendule à secondes » indiquant le temps vrai et le temps moyen

    APF_Régulateur013_04

    Dans une caisse attribuée à l’atelier de Jacob-Desmalter

    Paris, début de l’époque Restauration, règne de Louis XVIII, vers 1821-1823

    Hauteur205.5 Largeur53.5 Profondeur27

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « J.J. Lepaute/Hr du Roi & de la Ville/Rue St Honoré n°247 », indique par trois aiguilles en bronze doré et repercé ou métal bleui : le temps moyen dit « terrestre » en renseignant les heures en chiffres romains et les graduations des minutes, l’équation du temps ou « temps vrai » et le calendrier annuel par l’affichage des jours du mois et des mois de l’année associés à leurs symboles astrologiques respectifs ; enfin, il marque les secondes par une trotteuse centrale. Il est ceinturé d’une lunette en bronze ou laiton mouluré et doré ; le mouvement supporte un lourd balancier à gril bimétallique sur lequel est fixée la lentille ; l’ensemble est inscrit dans une caisse architecturée en acajou, dont le corps principal, en forme de gaine vitrée sur trois faces, est surmonté d’une corniche débordante à baguette moulurée agrémentée d’une frise de denticules alternées de pastilles et supporte un entablement sommital quadrangulaire ; le socle est rythmé sur ses trois faces principales de réserves à encadrements de baguettes centrées de losanges en ressaut ; la base pleine est soulignée de moulures travaillées en doucine.

    Cette superbe horloge présente la particularité d’être renfermée dans une caisse néoclassique en acajou poli, dont la composition, volontairement dépouillée à l’extrême, est destinée à mettre en valeur l’ingéniosité et la précision du mécanisme, le mouvement du balancier et la beauté du cadran émaillé. Cette démarche esthétique, héritée des modèles déclinés dans les dernières années du XVIIIe siècle, découlait de la volonté de l’Empereur Napoléon qui préconisait un style sobre et élégant dans lequel l’acajou triomphait superbement privilégiant la pureté des lignes et la rareté des feuilles de bois d’acajou disposées le plus souvent de travers ou de fil et offrant de rares effets moirés, flammés, pommelés ou mouchetés. Concernant l’attribution de cette caisse en acajou dite « cabinet » à l’atelier de Jacob-Desmalter, elle se justifie par la précision des assemblages et la qualité des feuilles de bois minutieusement sélectionnées par l’artisan. En effet, cet ébéniste-menuisier n’hésitait pas, parallèlement à ses réalisations classiques, à créer « à la demande » de somptueuses caisses de régulateurs ; voir notamment un premier exemplaire reproduit dans Tardy, La pendule française, 2ème Partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.423 ; ainsi qu’un second, réalisé en 1803 par l’atelier des Jacob, qui appartient de nos jours aux collections de la Bibliothèque de l’Institut de France à Paris (paru dans J-D. Augarde, Les ouvriers du Temps, La pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier, Genève, 1996, p.351, fig.263).

    Parmi les rares exemplaires réalisés dans le même esprit, citons notamment : un premier modèle, réalisé par Antide Janvier en 1804, qui est exposé au Musée Paul-Dupuy à Toulouse (illustré dans M. Hayard, Antide Janvier 1751-1835, Horloger des étoiles, Villeneuve-Tolosane, 1995, p.173) ; ainsi qu’un deuxième, le cadran signé Robin, qui appartient aux collections du Musée Lambinet à Versailles (voir le catalogue de l’exposition La Révolution dans la mesure du temps, calendrier républicain heure décimale 1793-1805, Musée international d’horlogerie, La Chaux-de-Fonds, 1989, p.69, fig.15) ; un troisième, le cadran de Laresche, est paru dans P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Munich, 1988, p.125, fig.229 ; un quatrième, livré par l’horloger Godon au roi d’Espagne dans les premières années du XIXe siècle, figure dans les collections royales espagnoles (cf. J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.108-109, catalogue n°89) ; citons également un autre régulateur, le cadran signé par l’émailleur Dubuisson, qui appartient aux collections du Château Wilhelmshöhe près de Cassel (voir R. Mühe et Horand M. Vogel, Horloges anciennes, Manuel des horloges de table, des horloges murales et des pendules de parquet européennes, Fribourg, 1978, p.287, figs.579-580) ; enfin, mentionnons particulièrement un dernier régulateur, livré par Pierre-Basile et Jean-Joseph Lepaute en 1809 pour le Grand Cabinet de Napoléon au Grand Trianon, qui est toujours conservé dans ce palais (reproduit dans P. Arizzoli-Clémentel et J-P. Samoyault, Le mobilier de Versailles, chefs-d’œuvre du XIXe siècle, Editions Faton, Dijon, 2009, p.280-281, catalogue n°104 ; voir également D. Ledoux-Lebard, Inventaire général du Musée national de Versailles et des Trianons, Tome 1, Le grand Trianon, Meubles et objets d’art, Editions De Nobele, Paris, 1975, p.116-117).

    Jean-Joseph Lepaute (1768 - ?)

    Né à Bièvres dans les Ardennes en 1768, Jean-Joseph Lepaute, dit Collignon, appartient à l’un des dynasties d’horlogers parisiens les plus brillantes du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. Neveu de Pierre-Basile Lepaute, dit Sully-Lepaute, il s’associe avec son oncle sous la raison sociale « Lepaute Oncle & Neveu » de 1798 à 1811, période au cours de laquelle ils remportent notamment une brillante médaille d’argent à l’Exposition des Produits de l’Industrie de 1806. A partir de 1811, Jean-Joseph fonde sa propre maison sous le nom « Lepaute neveu à Paris », installe son atelier Place du Palais Royal et reçoit le titre honorifique d’Horloger du Roi de Rome, fils de Napoléon. En 1813, il réalise une horloge pour le Palais de Fontainebleau, puis livre d’autres réalisations pour les châteaux de Saint-Cloud et de Compiègne. Après la chute de l’Empereur, il continue à recevoir d’importantes commandes publiques et est mentionné rue de Richelieu en 1820, puis rue Saint-Honoré l’année suivante. Ayant perdu prématurément son fils, il cédera son fonds de commerce à son gendre et cousin Augustin-Joseph-Henry Lepaute.



    Jacob-Desmalter (1770 - 1841)

    François-Honoré-Georges Jacob, dit Jacob-Desmalter peut être considéré comme le plus important artisan en sièges parisien du premier quart du XIXe siècle. Fils cadet du célèbre menuisier Georges Jacob (1739-1814), il se maria en 1798 avec Adélaïde-Anne Lignereux, la fille du célèbre marchand Martin-Eloi Lignereux. Dans un premier temps, il se distingua par ses qualités de dessinateur, puis en 1796, il s’associa avec son frère aîné Georges II Jacob (1768-1803) et tous deux reprirent l’atelier paternel de la rue Meslée sous la raison sociale Jacob Frères. Après le décès de son frère, Jacob Desmalter devint partenaire de son père, revenu aux affaires, et changea son estampille. Pendant près d’une décennie, ils vont être les fournisseurs privilégiés du Garde-Meuble impérial et des grands amateurs du temps. Toutefois, en 1813, les nombreux retards de paiements de l’administration impériale entraîneront la faillite de la maison Jacob. En 1825, après de multiples péripéties, il vendit son fonds de commerce à son fils contre une confortable rente viagère de 6000 francs par an. Libéré de la charge de l’entreprise, il entreprit quelques voyages, notamment en Angleterre où George IV lui demanda de participer au décor du château de Windsor. Il mourut à Paris, rue Cadet, le 15 août 1841.



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    Thomire
    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)

    Rare pendule de cheminée en bronze finement ciselé et doré

    « Modèle à l’Arlequin »

    Pendule390-02_HD_WEB

    Dans une caisse attribuée à Pierre-Philippe Thomire

    Paris, époque Restauration, vers 1815-1820

    Hauteur37 Largeur24 Profondeur11

    Le cadran circulaire émaillé indique les heures en chiffres romains et les quarts d’heure en chiffres arabes par deux aiguilles percées en bronze doré; il est inscrit dans une boite quadrangulaire simulant un cartel horloger à fronton cintré ornée de cornes d’abondance et d’un oiseau inspiré de certains modèles d’horloges germaniques ; la lunette est soulignée de frises et les quatre angles sont à motifs de branchages fleuris. L’ensemble est supporté par un personnage comique figurant un arlequin costumé vêtu d’un pantalon et d’une veste décorés de motifs traités en triangles, il est coiffé d’un chapeau, porte sur le visage un masque en bronze patiné ciselé d’une large moustache et de sourcils épais, et semble indiquer l’heure de sa main droite. La composition repose sur une base quadrangulaire à côtés arrondis rehaussée en façade d’une applique composée de volutes et de papillons dans chaque coin. Cinq pieds boule aplatis supportent l’ensemble de la pendule.

    Directement inspirée des personnages de la Commedia dell’arte, la composition originale de cette pendule connut un grand engouement à l’extrême fin de l’Empire ou dans les toutes premières années du retour au pouvoir des Bourbons.

    De nos jours, quelques rares autres exemplaires similaires sont connus, avec certains variantes, particulièrement dans le traitement de la forme et du décor de la base, citons particulièrement : un premier modèle qui est illustré dans E. Niehüser, Die französische Bronzeuhr, Eine Typologie der figürlichen Darstellungen, Munich, 1997, p.168, fig.270 ; un deuxième, anciennement dans la collection de Charles-Ludovic de Bourbon, est exposé au Palazzo Riccardi à Florence ; un troisième, provenant des collections de Mrs. Charles Munn, a été vendu chez Christie’s, à New York, le 1er novembre 1989, lot 155 ; un quatrième appartient aux collections du Palais du Quirinal à Rome (reproduit dans A. Gonzales-Palacios, Il Patrimonio artistico del Quirinale, Gli arredi francesi, Milan, 1996, p.309, n°90) ; enfin, une dernière pendule de ce type se trouve dans les collections du baron François Duesberg au Musée Duesberg de Mons (illustrée dans Musée François Duesberg, Arts décoratifs 1775-1825, Bruxelles, 2004, p.48). Ce dernier exemplaire porte sur le cadran la signature de l’horloger Louis Moinet associée à celle du bronzier Thomire, ce qui nous permet de rattacher ce modèle à cet artisan parisien d’exception.

    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.



    Breguet  -  Thomire
    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)

    Rare pendule de cheminée en bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré à l’or bruni

    Pendule250-04_HD_WEB

    « Breguet Neveu et Cie N°2833 »

    La figure du putto en bronze patiné par Pierre-Philippe Thomire

    Paris, époque Empire-Restauration

    Hauteur50.5 Largeur16.8 Profondeur16.8

    Provenance :

    – vendue 400 francs le 5 juin 1852 à Monsieur Moukhanoff ; il s’agit très certainement Serge Moukhanoff, Grand-écuyer et Président du Comptoir des écuries de la Cour de l’Empereur de Russie (voir le certificat de la Maison Breguet daté du 9 juin 2017).

    Le cadran circulaire en métal argenté, signé « Breguet » et numéroté « 2833 », indique les heures en chiffres romains et les graduations des minutes sur sa bordure extérieure par deux aiguilles Breguet en acier bleui ; il s’inscrit dans une boîte circulaire en tambour, à lunette soulignée de perles en enfilage, supportée par une superbe figure d’enfant représenté un genou à terre et vêtu d’un drapé retombant sur l’un des côtés. Le personnage repose sur une base circulaire, à léger décrochement, ceinturée d’un tore de feuilles et graines de laurier animé de rosaces stylisées et posée sur un contre-socle quadrangulaire.

    Selon les archives de la Maison Breguet, la plus célèbre maison d’horlogerie européenne du XIXe siècle, la figure du putto en bronze, d’une qualité de ciselure exceptionnelle, fut achetée directement par la Maison Breguet en 1813 à Pierre-Philippe Thomire, le plus talentueux bronzier parisien de l’époque. Ce modèle de pendules, d’une composition originale et parfaitement équilibrée, ne fut réalisé qu’à seulement cinq exemplaires par la Maison Breguet à partir de l’époque Empire.

    De nos jours, parmi rares modèles répertoriés, citons particulièrement : une première horloge entièrement en bronze doré, le cadran signé « Breguet et Fils », qui a été vendue chez Antiquorum à Genève, le 14 novembre 2004, lot 87 ; ainsi qu’une deuxième qui est reproduite dans Tardy, La pendule française, 2ème Partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1974, p.396, fig.3 ; enfin, mentionnons une dernière pendule de ce type qui était décrite en janvier 1827 lors de la dispersion aux enchères des célèbres collections du baron Dominique Vivant-Denon : « 860. Une petite pendule de Breguet ; elle est supportée par un enfant à demi agenouillé, jolie figure en bronze, ciselée avec beaucoup de soin, et très fortement dorée en or de ducat. Ce modèle charmant, fondu sur une terre modelée par feu M. Van-Vaeyenberg, n’a été répété que cinq fois seulement. Hauteur 17 pouces ».

    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.