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Coteau
Joseph Coteau (1740-1801)

Extraordinaire pendule « squelette » en marbre rouge griotte, émail et bronze très finement ciselé et doré à l’or mat

 

« Le Portrait d’Omphale »

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Modèle unique désigné, créé et signé « Coteau Inv.t Fec.t » par le maître émailleur Joseph Coteau

 

Paris, époque Louis XVI, vers 1785

Hauteur48 cm Largeur28,5 cm Profondeur13,5 cm

Le cadran annulaire émaillé blanc indique les heures en chiffres romains, les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes, ainsi que les quantièmes sur sa bordure extérieure dans des médaillons alternés de cabochons reliés par des guirlandes dorés, le tout par trois aiguilles, dont deux en cuivre repercé, ciselé et doré, l’une à couronne centrée de l’initiale « B » ; il marque également les secondes par une trotteuse centrale en acier poli-bleui. Il est surmonté d’un disque émaillé – signé « Coteau inv.t Fec.t » (du latin « Coteau Invenit et Fecit », qui se traduit par « Coteau a inventé et fait ») – indiquant l’âge et les phases de la lune. Le mouvement, à sonnerie des heures et des demi-heures et à balancier terminé en masque d’Apollon, est renfermé dans une caisse en double Y renversé, celui de façade entièrement recouvert de plaques émaillées et agrémenté de bronze très finement ciselé et doré à l’or mat. L’amortissement est orné d’un aigle aux ailes déployées enserrant un foudre posé sur une guirlande feuillagée ; les côtés et la façade à fleurons, feuillages, rinceaux, graines, guirlandes fleuries et quilles torsadées ; les pieds formés de cônes soulignés de perles. L’ensemble est rehaussé de plaques émaillées à fond bleu à décor de fleurettes, guirlandes fleuries et rinceaux, celle disposée sous le cadran est centrée d’un médaillon ovalisé représentant un portrait de femme vêtue d’une peau de félin et la tête ceinturée d’une couronne de pampres réalisé dans le goût de Greuze et figurant très certainement une actrice dans le rôle d’Omphale. La partie basse est formé de deux plaques rectangulaires à décor en camaïeu de scènes « à l’antique » illustrant des sacrifices à l’Amour. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire en marbre rouge griotte à réserves à trois plaques émaillées, celles des côtés, à fond bleu centrées de mufles léonins, celle du centre en ressaut, à losange centré d’un masque solaire et encadré de fleurettes et fleurons. Enfin, quatre pieds à frises d’oves supportent l’ensemble de l’horloge.

C’est véritablement dans la dernière décennie du XVIIIe siècle qu’apparaissent les premiers modèles de pendules dites « squelettes », dont la particularité est de présenter une composition épurée avec un cadran principal annulaire laissant entrevoir aussi bien la beauté des mouvements et des rouages, que la complexité des mécanismes élaborés par les meilleurs horlogers européens, principalement parisiens. Cette nouvelle esthétique découlait d’une part, de l’admiration des amateurs d’horlogerie pour les exceptionnels progrès techniques effectués depuis le milieu du XVIIIe siècle, d’autre part, d’une certaine désaffection des collectionneurs pour les pendules à sujets représentant toute sorte de personnages allégoriques ou inspirés de la mythologie classique grecque et romaine. La pendule que nous proposons fut réalisée dans ce contexte particulier, sa luxueuse composition est caractéristique des meilleures réalisations françaises des dernières années du règne de Louis XVI.

 

Dans la mythologie gréco-romaine, Omphale, reine de Lydie, est la libératrice d’Hercule après qu’il soit réduit en esclavage, puni par l’oracle d’Apollon. Elle devient ensuite la femme d’Hercule et, durant un épisode narré par le poète Ovide, se déguise avec les attributs de son mari : la dépouille du lion de Némée, son carquois et sa lourde massue. Dans le portrait d’Omphale présenté ici, elle serait habillée de la peau de lion et d’une couronne de chêne, symbole de force et de vertu héroïque, avec laquelle Hercule est parfois représenté dans l’art du XVIIIème siècle.

 

Elle se distingue par son décor émaillé d’une qualité exceptionnelle mettant particulièrement en valeur le médaillon à portrait féminin, motif ornemental rarissime très certainement pensé, inventé et commercialisé directement par Coteau qui justifie ainsi la signature « Invt et Fect » de l’émailleur. À notre connaissance, une seule et unique autre pendule de l’émailleur présente un médaillon à portrait féminin ; reposant sur une base en marbre blanc de Carrare à réserves à plaques émaillées, elle porte également la signature « Coteau Invenit Fecit » et se trouvait anciennement dans les collections Rothschild à Mentmore Towers (vente Sotheby’s, le 18 mai 1977, lot 6).

Joseph Coteau (1740 - 1801)

Joseph Coteau est le plus célèbre émailleur de son temps et collabora avec la plupart des grands horlogers parisiens de l’époque. Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l’Académie de Saint Luc en 1766 ; puis il vint s’installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu’à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée. Coteau laissa notamment son nom à une technique précieuse d’émaux en relief qu’il mit au point avec Parpette destinée au décor de certaines pièces de porcelaine de Sèvres et qu’il utilisa par la suite pour le décor des cadrans des pendules les plus précieuses ; décorés de ce décor si caractéristique, mentionnons notamment : une écuelle couverte et son plateau qui appartiennent aux collections du Musée national de la Céramique à Sèvres (Inv. SCC2011-4-2) ; ainsi qu’une paire de vases dits « cannelés à guirlandes » conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans le catalogue de l’exposition Un défi au goût, 50 ans de création à la manufacture royale de Sèvres (1740-1793), Musée du Louvre, Paris, 1997, p.108, catalogue n°61) ; et une aiguière et sa cuvette dites « de la toilette de la comtesse du Nord » exposées au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (reproduites dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.207, fig.250). Enfin, soulignons, qu’une pendule lyre de l’horloger Courieult en porcelaine bleue de Sèvres, le cadran signé « Coteau » et daté « 1785 », est conservée au Musée national du château de Versailles ; elle semble correspondre à l’exemplaire inventorié en 1787 dans les appartements de Louis XVI au château de Versailles (illustrée dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’Horlogerie ancienne, automne 1993, n°68, p.32C).