Importante paire de candélabres à quatre lumières en placage de malachite et bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni
« Apollon et les enfants ailés »
Modèle des candélabres de l’Exposition des Produits de l’Industrie française de 1819
Réalisée par les bronziers Pierre-François et Lucien-François Feuchère
Paris, début de l’époque Restauration, vers 1818-1819
Provenance :
– Probablement exposée en 1819 à l’Exposition des Produits de l’Industrie française.
– Vente Sotheby’s, Monaco, le 4 mars 1989, lot 235.
Bibliographie :
– S. Le Normand et J.G.V. de Moléon, Descriptions des Expositions des Produits de l’Industrie Française faites à Paris depuis leur origine jusqu’à celle de 1819 inclusivement, Bachelier, 1824.
– Catalogue de l’exposition, « Dessins Les Feuchère, Dynastie de fondeurs 1785-1840», Galerie André Lemaire, Paris, juin 1998.
Entièrement réalisé en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et placage de malachite, chaque candélabre s’organise autour d’un fût en colonne, rythmé d’une bague à bandeau à canaux et feuilles de refend reposant sur une base à larges palmettes alternées de fleurons prenant naissance d’un bouquet d’acanthes, sur lequel se rattache le bouquet de lumières à quatre bras sinueux en joncs soulignés d’acanthes et agrémentés de rosaces et de guirlandes de fleurons en chute terminées de graines ; l’amortissement en promontoire est orné d’un buste « à l’antique » représentant un homme à couronne rayonnante, représentant probablement le dieu Apollon. La colonne est supportée par un entablement rectangulaire sur lequel sont assis deux enfants ailés, lui-même supporté par une base quadrangulaire ceinturée d’une doucine à feuilles d’eau et agrémentée de motifs en applique à médaillon flanqué de fleurons et centré d’un mascaron masculin. Enfin, quatre pieds en pattes léonines flanquées de palmettes à écossas supportent l’ensemble.
Sous la Restauration, après la chute de l’Empire et l’éloignement de Napoléon, le nouveau pouvoir politique décide de promouvoir l’Art français en recommençant des expositions destinées à mettre en valeur le savoir-faire des artistes, artisans et industriels du royaume. Ainsi, en 1819, est inaugurée au Palais du Louvre l’Exposition des Produits de l’Industrie française. Dans le domaine spécifique des arts décoratifs, un matériau est particulièrement mis à l’honneur : la malachite, pierre semi-précieuse exploitée dans des carrières russes dont la puissante famille Demidoff détient alors l’exclusivité de son exploitation et de son exportation. La malachite devient alors un matériau privilégié par certains grands bronziers parisiens pour la réalisation de bronzes d’ameublement luxueux et souvent uniques. A l’exposition de 1819, les Feuchère, Pierre-François et Lucien-François, prennent le pari de mettre en lumière cette pierre et de marquer les esprits, leur réussite est indéniable puisque les bronziers remportent brillamment une médaille d’argent dans la section « ornemens en bronze ».
Leur stand est alors décrit succinctement dans le Rapport du Jury comme proposant notamment « quatre garnitures de cheminées fort riches et du meilleur goût, des girandoles, des lustres, des ornemens pour consoles et dessus de cheminées » (voir M.L. Costaz, Rapport du Jury Central sur les produits de l’Industrie Française, Paris, Imprimerie Royale, 1819, p.215). Cinq ans plus tard, en 1824, Le Normand et Moléon publient une sélection de l’exposition de 1819 donnant une description détaillée des pièces exposées par les Feuchère, description accompagnée d’une précieuse gravure sur laquelle apparaît sous la figure 4 le modèle des deux candélabres que nous proposons alors décrit comme « Candélabre à tige élevée, au bas de laquelle sont assis des enfants ailés » (voir L.S. Le Normand et J.G.V. de Moléon, Descriptions des Expositions des Produits de l’Industrie Française faites à Paris depuis leur origine jusqu’à celle de 1819 inclusivement, Bachelier, 1824, p.227, planche 228, fig.4) ; la gravure est également reproduite dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band II, Munich, 1986, p.669, fig.4). Soulignons que quelques légères différences entre la composition du candélabre de la gravure et celle des candélabres que nous proposons ne permettent pas d’affirmer qu’ils figurèrent à l’exposition de 1819, toutefois, relevons qu’à notre connaissance aucun autre candélabre de ce modèle n’est répertorié.
Cet atelier, fondé par le bronzier-doreur Pierre-François Feuchère (1737-1823) et actif dès le règne de Louis XVI, devient dans les deux premières décennies du XIXe siècle le principal concurrent de celui de ses confrères parisiens Pierre-Philippe Thomire, Claude Galle et André-Antoine Ravrio. Son fils Lucien-François (actif 1780-1828), maître ciseleur, seconde son père dans le développement de l’atelier sous l’Empire en créant des pièces originales commandées par une riche clientèle française et internationale, notamment par certains grands aristocrates allemands et autrichiens.
