Belle pendule de cheminée en bronze ciselé, patiné et doré
« Le Porteur de sac de café »
Cadran signé « Gamot à Lille » par l’horloger Alard François Joseph Gamot
Modèle attribué au bronzier Jean-Simon Deverberie
Paris et Lille, époques Directoire – Consulat, vers 1795-1805
BIBLIOGRAPHIE : Dominique et Chantal Fléchon, « La pendule au nègre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’horlogerie ancienne, printemps 1992, n°63, p.41.
Le cadran circulaire émaillé signé « Gamot à Lille » indique les heures en chiffres romains et les graduations des minutes, par tranches de quinze, par deux aiguilles en bronze ciselé et doré. Il est inscrit dans un tonneau en bronze doré dans lequel un jeune homme tenant un bâton, les cheveux crépus, torse et pieds nus et la tête tournée vers le spectateur, verse un sac de café. Son visage, particulièrement expressif, participe au réalisme de la scène. De l’autre côté, un palmier traité de façon naturaliste équilibre élégamment la composition. Le tout repose sur une base octogonale en bronze ciselé et doré rehaussée de motifs en bas-reliefs à décor d’abeilles et d’une scène représentant deux jeunes sauvages occupés à lier des fagots. Enfin, cinq pieds ovoïdes soulignés de rangs de fines perles supportent l’ensemble.
Avant la fin du XVIIIe siècle, le noir dit « le bon sauvage » constitue rarement un thème décoratif pour les créations horlogères françaises et plus largement européennes. C’est véritablement à la fin de l’Ancien Régime, plus précisément dans la dernière décennie du XVIIIe siècle et dans les premières années du siècle suivant, qu’apparaissent les premiers modèles de pendules dites « au nègre » ou « au sauvage ». Elles font écho à un courant philosophique développé dans quelques grands ouvrages littéraires et historiques, notamment Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre publié en 1787 qui dépeint l’innocence de l’Homme, Atala de Chateaubriand qui restaure l’idéal chrétien et surtout le chef-d’œuvre de Daniel Defoe publié en 1719 : Robinson Crusoé. L’exemplaire que nous proposons représente le labeur d’un jeune esclave travaillant dans les plantations coloniales et il peut être attribué à l’œuvre de Jean-Simon Deverberie, bronzier spécialisé dans les pendules « au bon sauvage ».
De nos jours, rares sont les pendules similaires répertoriées. Mentionnons particulièrement :
– un premier exemplaire proposé aux enchères chez Sotheby’s, à Londres, le 5 décembre 1980, lot 127
– un deuxième signé « Sacré à Paris » qui est illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p. 344
– ainsi qu’un troisième signé « L. Grognot à Paris » provenant de notre galerie et conservé aujourd’hui dans la collection Parnassia aux Pays-Bas (illustré dans Jean-Dominique Augarde, Une Odyssée en pendules, Chefs-d’œuvre de la Collection Parnassia II, Dijon, Faton, 2022, p. 454-455 ; Inv. 2.078.)
– un quatrième modèle appartient aux collections du Musée de l’Hôtel Sandelin à Saint-Omer (voir le catalogue de l’exposition Pendule au nègre, 29 avril-12 juin 1978, Musée de l’hôtel Sandelin, Saint-Omer)
– enfin, un dernier modèle, au design légèrement différent car créé sans palmier, qui est actuellement conservé dans la collection du Centraal Mueum Utrecht aux Pays-Bas (inv. 29472), son cadran est signé « L. Grognot à Paris »
Jean-Simon Deverberie (1764 - 1824)
Jean-Simon Deverberie figure parmi les plus importants bronziers parisiens de la fin du XVIIIe siècle et des deux premières décennies du siècle suivant. Marié avec Marie-Louise Veron, il semble que cet artisan se soit quasi exclusivement spécialisé dans un premier temps dans la création de pendules, de flambeaux et de candélabres, ornés de figures exotiques, particulièrement de personnages africains ; en effet, il déposa vers 1800 de nombreux dessins préparatoires de pendules dites « au nègre », notamment les modèles dits « l’Afrique », « l’Amérique » et « Indien et Indienne enlacés » (les dessins sont conservés de nos jours au Cabinet des Estampes à la Bibliothèque nationale à Paris). Il installa son atelier successivement rue Barbette à partir de 1800, rue du Temple vers 1804, enfin, rue des Fossés du Temple entre 1812 et 1820.
Alard François Joseph Gamot (1741 - 1835)
Alard François Joseph Gamot est un horloger Lillois de la fin du XVIIIᵉ siècle et début du XIXᵉ siècle. Il a le titre de Graveur de la Monnaie et devient horloger en 1790 selon le Tardy (Tardy, Dictionnaire des Horlogers Français, édition de 1972, p. 244). Son atelier est situé au 10 rue de la Monnaie à Lille. La signature « Gamot à Lille », qu’on retrouve sur une pendule du « Porteur de Café », est probablement la signature de cet horloger.
Il semblerait qu’il travaille avec son père, probablement Aimé Louis Gamot (1776-1862), horloger également situé rue de la Monnaie à Lille. On retrouve en effet une pendule signée « Gamot Père à Lille » datée vers 1805, du modèle dit « Hortensia » conçu en l’honneur de la reine Hortense (illustrée dans François Duesberg, Catalogue du musée François Duesberg: arts décoratifs 1775-1825, p. 71).


