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Manière  -  Galle

Importante pendule de cheminée à figure allégorique en bronze ciselé, patiné et doré, et marbre rouge griotte

APF_Pendule168_04

« Manière »

Dans une caisse attribuée à Claude Galle

Paris, début de l’époque Empire, vers 1805

Hauteur47 Largeur29 Profondeur28

Le cadran circulaire émaillé, signé « Maniere à Paris », indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de quinze en chiffres romains sur sa bordure extérieure par deux aiguilles repercées en bronze doré ; il porte également la marque de Georges-Adrien Merlet, l’un des meilleurs émailleurs parisiens de l’époque, confrère et principal concurrent de Joseph Coteau et de Dubuisson. Le mouvement s’inscrit dans une boîte hexagonale à lunette moletée agrémentée sur ses faces de fleurettes en quartefeuilles, reposant sur les genoux d’une figure féminine drapée « à l’antique » qui est représentée assise sur une borne quadrangulaire ceinturée de frises de larges feuilles d’eau ou de palmettes ; l’ensemble repose sur une base oblongue à façade en décrochement demi-circulaire en marbre rouge griotte d’Italie qui est supportée par cinq pieds en boules aplaties.

La composition particulièrement originale de cette pendule s’inspire plus ou moins directement de certaines sculptures de l’Antiquité classique, particulièrement grecques et égyptiennes. Ce modèle, à figure féminine hiératique assise, semble apparaître dans les premières années du XIXe siècle et connut un certain succès, puisque quelques rares autres pendules réalisées dans le même esprit, avec des variantes dans les attitudes, sont connues.

Parmi les horloges répertoriées, mentionnons notamment : une première, sur laquelle la figure tient une tablette, qui est reproduite dans P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Munich, 1988, p.85, fig.150 ; ainsi qu’une deuxième, le cadran signé « Piolaine », du même type que la précédente, qui est conservée au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (parue dans A. Kuchumov, Pavlovsk, Palace & Park, Leningrad, 1975, fig.163) ; citons également un autre modèle, conservé au Musée de la Malmaison et livré vers 1800-1803 pour le Palais de Saint-Cloud, qui correspond à une pendule identique passée dans la vente de la collection de l’architecte Hurtault en 1825 dans laquelle le nom du sculpteur de la figure féminine était dévoilé : « …cette figure en bronze au vert antique, est de feu M. Masson statuaire… » (voir le catalogue de l’exposition La mesure du Temps dans les collections de Malmaison, 29 mai 1991-15 septembre 1991, RMN, Paris, p.12, catalogue n°5) ; enfin, relevons particulièrement qu’une dernière pendule, de modèle identique à celle que nous proposons et censée être une allégorie de la Nuit, est conservée au Museo de Relojes de las Bodegas et peut être également rattachée à l’œuvre du célèbre bronzier parisien Claude Galle (illustrée dans E. Niehüser, Die Französische Bronzeuhr, Munich, 1997, fig.468 ; voir également L. Montanés, Catalogo ilustrado del Museo de relojes, Fundacion Andrés de Ribera, Jerez de la Frontera, 1982, p.101 ; catalogue n°171).

Charles-Guillaume Hautemanière (? - 1834)

Charles-Guillaume Hautemanière, dit Manière (mort à Paris en 1834) est l’un des plus importants horlogers parisiens de la fin du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. Après son accession à la maîtrise, le 1er mai 1778, il installe son atelier rue du Four-Saint-Honoré et rencontre immédiatement un immense succès auprès des amateurs de belle horlogerie. Tout au long de sa carrière, Manière collabore avec les meilleurs bronziers et ciseleurs-doreurs parisiens pour la réalisation des caisses de ses pendules, particulièrement avec Pierre-Philippe Thomire, François Rémond, Edmé Roy et Claude Galle. Par l’intermédiaire, des marchands-merciers Dominique Daguerre et Martin-Eloi Lignereux, il réalise des pendules destinées aux plus grands collectionneurs de l’époque, notamment au prince de Salm, au banquier Perregaux et au financier Micault de Courbeton, tous trois grands amateurs de pièces d’horlogerie rares. De nos jours, certaines de ses pendules appartiennent aux plus importantes collections privées et publiques internationales, citons notamment celles qui sont exposées au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, au Musée national du château de Fontainebleau, au Palais du Quirinale à Rome, au Musée Nissim de Camondo à Paris et au Musée national du château de Versailles et des Trianons.



Claude Galle (1759 - 1815)

L’un des plus éminents bronziers et fondeurs-ciseleurs de la fin de l’époque Louis XVI et l’Empire, Claude Galle est né à Villepreux près de Versailles. Il fait son apprentissage sous le fondeur Pierre Foy, épousant en 1784 la fille de Foy. En 1786 il devient maître fondeur. A la mort de son beau-père en 1788, Galle prend la direction de l’atelier, qui devient l’un des plus importants de Paris, employant, au plus haut de son activité, près de 400 artisans. Galle déplace l’atelier d’abord Quai de la Monnaie (plus tard Quai de l’Unité), puis, en 1805, 60 Rue Vivienne.

Le garde-meuble de la couronne, sous la direction de sculpteur Jean Hauré de 1786-88, lui fait l’honneur de plusieurs commandes. Galle travailla avec beaucoup d’artisans remarquables, tels Pierre-Philippe Thomire ; il fournit la majorité des bronzes d’ameublement au Château de Fontainebleau pendant l’Empire. Il reçut de nombreuses commandes impériales, pour des lumières, boîtes de pendule, et vases pour les palais de Saint-Cloud, les Trianons, les Tuileries, Compiègne, et Rambouillet. Il fournit les palais italiens de Monte Cavallo à Rome et Stupinigi près de Turin.

Malgré son succès, Galle s’est souvent trouvé en difficulté financière, causée en partie par son style de vie généreux et somptueux et également par l’incapacité de certains de ses clients (comme le prince Joseph Bonaparte) à payer ce qu’ils devaient. Après la mort de Galle, son fils, Gérard-Jean Galle (1788-1846), poursuivit l’activité de l’atelier. Aujourd’hui, son œuvre se trouve dans les plus importants musées et collections du monde, ceux mentionnés ci-dessus, ainsi que le musée national du château de Malmaison, le musée Marmottan à Paris, le Museo de Reloges à Jerez de la Frontera, la Residenz à Munich et le musée Victoria and Albert à Londres.