Importante pendule en marbre vert de mer et en bronze finement ciselé et doré
« Les Adieux d’Hector et d’Andromaque »
Cadran signé « Minet à Paris » par l’horloger Nicolas Minet
Caisse attribuée au bronzier Claude Galle
Paris, début de l’époque Empire, vers 1805- 1810.
Le cadran circulaire émaillé est signé « Minet à Paris » par l’horloger Nicolas Minet. Il indique les heures en chiffres romains, les graduations des minutes, et le quantième du mois gradué de 1 à 31 en chiffres arabes, par deux aiguilles en bronze doré percé et la troisième en acier bleui. Inscrit dans une caisse réalisée en marbre vert-de-mer et en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni, le cadran est renfermé dans une boîte octogonale encadrée d’un rare décor de petites fleurs et de feuilles finement ciselées sur laquelle sont appuyés deux superbes figures. Un guerrier, vêtu à l’antique et coiffé d’un casque à cimier agrémenté d’un petit dragon, tient son glaive à tête de bélier et son bouclier décoré d’un masque de la divinité Méduse. Il se trouve sur le point d’embrasser une figure féminine lourdement drapée qui lui présente un jeune garçon nu qu’elle tient avec tendresse dans ses mains. Cette scène tirée de la Guerre de Troie illustre les adieux d’Hector à sa femme Andromaque et à son jeune fils Astyanax. Le socle rectangulaire moulé est décoré de scènes en bas-relief en rapport avec le sujet principal, avec des allégories de l’amour conjugal et de la fidélité aux angles et, au centre, une représentation d’Hector demandant à son frère Pâris de se battre pour défendre la cité de Troie. Enfin, quatre pieds finement travaillés en forme de pattes de lion complètent la composition.
Cette pendule met en scène un épisode évoqué par Racine dans son « Andromaque » et tiré de l’Iliade, célèbre épopée d’Homère, qui relate la guerre de Troie menée par les peuples grecs unifiés contre la cité d’Asie Mineure. Hector, prince troyen et frère de Pâris, fait ses adieux à sa femme Andromaque et à son fils. L’instant choisi est volontairement tragique et émouvant, puisque Hector, qui a tué Patrocle, l’ami d’Achille, se prépare à affronter le héros grec et, aussi bien lui que son épouse, savent que son sort est scellé et qu’il va mourir sous les coups vengeurs du fils de Thétis.
Parmi les rares autres pendules quasi identiques d’époque Empire répertoriées, citons particulièrement : un premier modèle qui est conservé dans les collections publiques russes au Palais de Montplaisir à Peterhof (illustré dans A. Chenevière, Splendeurs de mobilier russe 1780-1840, p. 188, fig. 193) ; un deuxième présentant une boîte octogonale identique à la nôtre, le cadran signé Lepaute, fut livré en 1805 pour le Grand Salon du Petit Trianon et appartient aux collections du Mobilier national à Paris (voir M-F. Baylet-Dupuy, Pendules du Mobilier national 1800-1870, Dijon, 2006, p. 111) ; enfin, mentionnons une dernière pendule de ce type, le cadran signé « Galle rue Vivienne », qui figure dans une collection privée et est reproduite dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Munich, 1986, p. 366, fig. 5.13.3.
Claude Galle (1759 - 1815)
L’un des plus éminents bronziers et fondeurs-ciseleurs de la fin de l’époque Louis XVI et l’Empire, Claude Galle est né à Villepreux près de Versailles. Il fait son apprentissage sous le fondeur Pierre Foy, épousant en 1784 la fille de Foy. En 1786 il devient maître fondeur. A la mort de son beau-père en 1788, Galle prend la direction de l’atelier, qui devient l’un des plus importants de Paris, employant, au plus haut de son activité, près de 400 artisans. Galle déplace l’atelier d’abord Quai de la Monnaie (plus tard Quai de l’Unité), puis, en 1805, 60 Rue Vivienne.
Le garde-meuble de la couronne, sous la direction de sculpteur Jean Hauré de 1786-88, lui fait l’honneur de plusieurs commandes. Galle travailla avec beaucoup d’artisans remarquables, tels Pierre-Philippe Thomire ; il fournit la majorité des bronzes d’ameublement au Château de Fontainebleau pendant l’Empire. Il reçut de nombreuses commandes impériales, pour des lumières, boîtes de pendule, et vases pour les palais de Saint-Cloud, les Trianons, les Tuileries, Compiègne, et Rambouillet. Il fournit les palais italiens de Monte Cavallo à Rome et Stupinigi près de Turin.
Malgré son succès, Galle s’est souvent trouvé en difficulté financière, causée en partie par son style de vie généreux et somptueux et également par l’incapacité de certains de ses clients (comme le prince Joseph Bonaparte) à payer ce qu’ils devaient. Après la mort de Galle, son fils, Gérard-Jean Galle (1788-1846), poursuivit l’activité de l’atelier. Aujourd’hui, son œuvre se trouve dans les plus importants musées et collections du monde, ceux mentionnés ci-dessus, ainsi que le musée national du château de Malmaison, le musée Marmottan à Paris, le Museo de Reloges à Jerez de la Frontera, la Residenz à Munich et le musée Victoria and Albert à Londres.

