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Époques : Louis XIV

  • Hory
    Jacques Hory

    Importante pendule « tête de poupée » en marqueterie dite « Boulle » première partie et bronze très finement ciselé et doré

    Pendule424-06_HD_WEB

    Paris, époque Louis XIV, dernier quart du XVIIe siècle, vers 1685

    Hauteur47 cm Largeur24 cm Profondeur19 cm

    Le cadran circulaire en cuivre doré indique les heures en chiffres romains sur douze pièces émaillées fond blanc dans des cartouches à rinceaux alternés de fleurons et les minutes en chiffres arabes sur sa bordure extérieure par deux aiguilles en acier poli-bleui ; son centre, en disque à fond amati, est orné d’une rosace à crosses, rinceaux et fleurons, traitée en arabesques. Le mouvement, à sonnerie des heures et des demi-heures et platine signée « Jacques Hory à Paris », est renfermé dans une superbe caisse violonée dite « tête de poupée » entièrement réalisée en marqueterie dite « Boulle première partie » de motifs en cuivre et étain gravés sur fond d’écaille teintée rouge à riche décor « à la Bérain » de fleurons, crosses, rinceaux, lambrequins et médaillon centré d’un buste « à l’antique ». L’ensemble est agrémenté de motifs en bronze très finement ciselé et doré : l’amortissement en terrasse est orné de quatre lampes à huile ; le fronton arrondi est souligné d’un bandeau mouluré à cavet ; les côtés sinueux et la façade sont ponctués de rosaces turbinées ou de graines ; la haute base, à cavet ou en doucine, est rythmée de frises de lauriers, de feuilles stylisées et d’entrelacs centrés de fleurettes ; enfin, quatre pieds en pattes de lion supportent l’ensemble de l’horloge.

    La composition particulièrement originale de cette rare pendule dite « tête de poupée » semble plus ou moins directement être inspirée de certains projets d’ornemanistes parisiens de la seconde moitié du XVIIe siècle, particulièrement d’une planche de Daniel Marot (1663-1752) tirée de son « Nouveau Livre de boîte de pendules, de coqs et étuys de montres et autres nécessaires aux orlogeurs » édité à Amsterdam (voir P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.41, fig. B).

    De nos jours, parmi les rares pendules de dessin identique à celle que nous proposons, avec toutefois des variantes dans le traitement du décor marqueté et des bronzes, citons notamment : un premier modèle signé par « P. Du Chesne à Paris » (maître en 1675) qui se trouve au Musée des Arts décoratifs  de Dijon (illustré dans Tardy, La Pendule Française des origines à nos jours, Ier Partie de l’Horloge Gothique à la Pendule Louis XV, Paris, 1967, p. 105) ; ainsi qu’un second, par « Balthazar Martinot à Paris » (1636-1716), qui fait partie d’une collection privée (paru dans R. Mühe et Horand M. Vogel, Horloges anciennes, Manuel des horloges de table, des horloges murales et des pendules de parquer européennes, Bibliothèque des Arts, Paris, 1978, p. 95). Enfin, mentionnons particulièrement une dernière pendule de ce type, dont le mouvement et le cadran ont été remplacés vers 1820 par Benjamin Lewis Vulliamy, qui est conservée dans les collections royales anglaises au Château de Windsor (Inv. RC 30078).

    Jacques Hory

    Très certainement issu d’une dynastie d’artisans parisiens actifs dès le début du XVIIe siècle, Jacques Hory figure parmi les plus importants horlogers de la capitale de la seconde moitié du XVIIe siècle. Installé Faubourg Saint-Germain en 1658, son atelier connaît une grande notoriété et l’horloger est nommé juré de sa corporation en 1675, puis reçoit le titre « d’Horloger ordinaire du Roi » de 1673 à 1690 (voir Tardy, Dictionnaire des horlogers français, Paris, 1971, p.494). Dès le XVIIIe siècle, certaines pendules portant le nom « Hory », « Horry » ou « Hourry », sont mentionnées chez d’importants collectionneurs européens, citons notamment un modèle décrit dans la vente de S.A.S. l’Electeur de Cologne en 1764, ainsi qu’un deuxième mentionné dans l’inventaire après décès de la veuve de Pierre-Charles Davoust, enfin, un troisième est brièvement prisé en 1758 lors de la succession de Hercule-Mériadec de Rohan prince de Guémené prince de Montbazon.



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    Exceptionnelle pendule en placage d’ébène, bronze ciselé, patiné ou doré et marqueterie « Boulle » de cuivre, d’écaille et de nacre

    « Le Jour et la Nuit »

    Pendule258-02_BD_MAIL

    « Etienne Ier Le Noir »

    Dans une caisse attribuée à André-Charles Boulle

    Paris, fin de l’époque Louis XIV, vers 1715

    Pendule :
    Hauteur73.5 Largeur90 Profondeur17
    Socle :
    Hauteur18 Largeur79.5 Profondeur22

    Provenance :

    – Peut-être collection d’Antoine-Jean-Baptiste Dutartre (vers 1720-1803), écuyer, notaire parisien et Trésorier général des Bâtiments du Roi.

     

    Le cadran circulaire en cuivre est à treize cartouches émaillés ; il indique les heures en chiffres romains et les graduations des minutes sur sa bordure extérieure par deux aiguilles en acier poli et bleui. Le mouvement, signé « Etienne Le Noir à Paris » sur la platine arrière, est renfermé dans une boîte circulaire en placage d’ébène à filets de laiton agrémenté de guirlandes fleuries en chutes ; la lunette, à frise alternée de rosaces et oves, est soulignée d’enfilage de perles, surmontée, à l’amortissement, d’un sablier flanqué des ailes du Temps, et supportée par un pied à bague et piédouche feuillagés. L’ensemble repose sur un entablement architecturé supportant deux superbes figures en bronze patiné « à l’antique » reprenant les modèles en marbre de Michelangelo du tombeau de Julien de Médicis à Florence, l’une représente une femme sur un drapé animé d’un masque et d’une chouette en bronze doré, elle symbolise la Nuit ; l’autre est une allégorie du Jour sous la forme d’un homme se tournant vers le spectateur. Les deux figures sont alanguies sur une arche à motifs de rinceaux feuillagés terminés en volutes, baguettes curvilignes à frises d’oves, fleurons ou crosses d’acanthes, coquille stylisée à graines et bases à frises de canaux ou feuilles d’eau sur fond amati ; l’ensemble de ces motifs de bronze finement ciselé et doré se détache sur un fond d’écaille à courses de piastres à fleurons et treillis centrés de quartefeuilles de nacre sur contre-fond de cuivre. L’horloge repose sur une base quadrangulaire à décrochements en placage d’ébène souligné de filets de cuivre ceinturée d’un tore de feuilles et graines de laurier et décorée de rosaces turbinées.

    La composition originale de cette exceptionnelle pendule peut être rattachée en toute certitude à l’œuvre d’André-Charles Boulle (1642-1732), figure artistique emblématique du règne de Louis XIV et de la Régence. Aussi bien ébéniste, que sculpteur, ciseleur et doreur, son champ d’activité est immense et les réalisations qu’il nous a laissées sont exceptionnelles. Parallèlement à ses créations d’ébénisterie « classiques » composées essentiellement de commodes, bureaux, armoires, bibliothèques…il a conçu des modèles de pendules et de régulateurs aux compositions souvent spectaculaires qui démontrent ses talents de marqueteur et son inventivité. Ainsi, Boulle eut une production hors du commun de bronzes d’ameublement, essentiellement des appliques et des chenets, mais également des créations horlogères, cartels, pendules de cheminées et régulateurs, qui occupent une place très importante dans son œuvre puisqu’elles totalisaient environ le tiers de la production de l’artisan. En effet, en 1715 dans l’acte de délaissement de Boulle à ses fils étaient mentionnées 63 pendules sur un total de 300 pièces prisées, puis quelques années plus tard, en août 1720, lors de l’inventaire de l’atelier suite à un incendie, 75 pendules sont listées sur une masse globale de 220 pièces. Comme toujours, Boulle fit preuve d’une grande originalité pour l’élaboration des compositions et collabora, pour leurs mouvements, avec les plus grands horlogers de l’époque.

    Plusieurs documents anciens, relatifs à l’atelier d’André-Charles Boulle mentionnent ou figurent les deux allégories du Jour et de la Nuit qui servent d’ornements à la pendule que nous proposons. Notamment, en 1715, dans l’acte de délaissement des biens d’André-Charles Boulle à ses fils dans lequel étaient mentionnés : « Les modèles des figures de Michel Ange reparées en bronze et deux autres sortant de la fonte » ; ainsi qu’en 1732 dans l’inventaire après décès du maître dans lequel étaient décrits : « n°90 Les modèles de la pandulle avec les figures de Michel-Ange pezant soixante-huit livre, prisés à raison de cent sols la livre 340 livres » (voir J-P. Samoyault, André-Charles Boulle et sa famille, nouvelles recherches, nouveaux documents, Genève, 1979). Ces allégories apparaissent également en décor sommital sur deux dessins préparatoires attribués à l’ébéniste-sculpteur ; le premier, aujourd’hui disparu, se trouvait anciennement dans la collection du Staatliche Schlösser und Gärten à Berlin (paru dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Band II, Munich, 1986, p.481, fig.10), tandis que le second est conservé dans les collections du Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (illustré dans le catalogue de l’exposition « André-Charles Boulle 1642-1732, Un nouveau style pour l’Europe », Museum für Angewandte Kunst, Francfort, 2009, p.312-313, n°55).

    Dès sa création, vers la fin du règne de Louis XIV, ce modèle spectaculaire de pendules, parfaitement équilibré et abouti, rencontra un immense succès auprès des grands amateurs parisiens. Ainsi, en 1719, Boulle livra à Louis-Charles de Machault d’Arnouville un bureau plat associé à son cartonnier surmonté d’une pendule aux figures du Jour et de la Nuit. L’année suivante, c’est le duc de Bourbon qui passa commande d’une horloge de ce modèle, le cadran signé « Mesnil », qui fut conservée tout au long du XVIIIe siècle dans les collections des princes de Condé, puis saisie à la Révolution. En 1723, le grand marchand-mercier Thomas-Joachim Hébert en commanda un autre exemplaire qui fut vendu par la suite très certainement à Monsieur d’Argenson. Tandis qu’un quatrième modèle, le cadran signé « Baillon », était mentionné dans la collection du duc d’Orléans au château du Raincy.

    Les autres descriptions connues de pendules de ce modèle, tirées des ventes aux enchères et des inventaires après décès de grands collectionneurs du XVIIIe siècle, apportent des informations complémentaires :

    Ainsi, une première pendule fut décrite dans l’inventaire après décès du fermier général Etienne Perrinet de Jars en juillet 1762 ; dans le Grand Cabinet de son hôtel de la rue du Faubourg Saint-Honoré se trouvait : « …un bureau de six pieds de long aussi marqueté façon de Boulle garni de trois tiroirs à doubles faces, de ses coins, sabots, entrées de serrures, masques et carderons de cuivre doré et encore garni d’un serre-papier assortissant supportant un socle aussi marqueté de Boulle surmonté de deux figures de bronze et d’une pendule en œil de bœuf dans sa boite de même marqueterie garnie de bronze doré à cadran d’émail marquant les heures et les minutes portant le nom de Gilbert à Paris 1400 livres ».

    Une deuxième fit son apparition en mars 1767 au moment de la vente des collections du célèbre amateur Jean de Julienne : « 1632. Une superbe pendule de marqueterie de Boulle, garnie d’ornements de bronze doré, le mouvement de Baillon, la forme est singulière et parfaitement composée, elle est accompagnée sur les côtés de deux figures de bronze, d’attitude couchée, caractérisant le jour et la nuit, elles sont tirées par Boulle, d’après celles du tombeau de Médicis dans la chapelle de saint Laurent à Rome, fait par Michel-Ange ; cette pendule porte 33 pouces 6 lignes de long, sur 35 pouces 6 lignes de haut. Deux grands pieds carrés de bronze doré, portant 6 pouces 6 lignes de plate-forme » ; vendue 1421 livres.

    Une quatrième figura dans le catalogue de vente des collections Randon de Boisset en février 1777 : « Une pendule, à mouvement à quart, portant le nom de C.D.G. Mesnil dans sa boite à riche cadran à bas-reliefs d’enfants, terminée du haut par un sablier, avec autres attributs du temps, portée par une tige en bronze doré, accompagnée sur les côtés de deux figures en bronze, assises et penchées, caractérisant le jour et la nuit, placées sur un pied cintré, à panneau renfoncé orné de marqueterie, garni de fleurons, moulures à oves, de socle à chaque côté en avant-corps en bronze doré, et supporté par un autre pied plaqué en bois d’ébène et bandes de cuivre lisse, à entablement, à moulures, à rosettes, soutenu par six carrés à rosaces en bronze doré ; le tout posé sur un socle en bois sculpté doré : hauteur 37 pouces, sur 32 de long et 8 de profondeur. Cette pendule, de Boulle, est importante par le bel ensemble de sa forme, la parfaite exécution des figures et de ses ornements ; les figures ont été tirées par cet artiste d’après Michel-Ange : elle vient du cabinet de M. de Julienne (provenance erronée) » ; elle fut vendue 1901 livres à Beauvarlet, puis repassa dans la vente de ce dernier le 13 mars 1798 : « 168. Un caisson formant bas d’armoire, sur lequel est placé un serre-papier ; contre-partie garnie de mascarons, bandeaux et autres ornements en bronze doré, surmonté d’une pendule, mouvement de Mesnil à Paris, sonnant les heures, les demies et les quarts ; elle est accompagnée de deux figures allégoriques en bronze couleur antique, et terminé par un sablier : le tout porté par pied chantourné, garni d’ornements en bronze. Hauteur totale 4 pieds 9 pouces, largeur 2 pieds 9 pouces, profondeur 1 pied 9 pouces 9 lignes ».

    Une cinquième était décrite dans une vente supposée anonyme, mais correspondant, en fait, à la dispersion de la collection du duc de la Vrillière en juin 1777 : « 56. Un bureau, tambour, serre-papier, et avec pendule, ouvrage de Boulle. La dite pendule en marqueterie, mosaïque, ornée de 2 figures couchées de bronze, les autres ornements en bronze doré d’or moulu. Le bureau et ses accessoires en marqueterie première partie, orné de chutes à têtes d’espagnolette, rinceaux, mascarons, moulures, pieds partout et carderons, le tout en bronze doré d’or moulu ».

    Une sixième, probablement de ce modèle, était décrite dans une vente anonyme en décembre 1780 : « Un bureau de marqueterie de Boulle, sur un fond bleu, de 6 pieds de long, avec un serre-papier, garni de 6 caissons en forme de tiroirs, et recouverts de maroquin bleu, avec filets d’or, et bouton de cuivre ciselé, doré d’or moulu, et une pendule accompagnée de deux figures de bronze couchées, le tout garni d’ornements de cuivre ciselé, doré d’or moulu ».

    Une septième, peut-être de ce modèle, fut proposée aux enchères lors de la dispersion de la collection d’Antoine-Jean-Baptiste Dutartre en mars 1804 : « 68. Grand et riche bureau en marqueterie, par Boulle, seconde partie, richement décoré de moulures d’encadrement, chutes, mascarons et rosaces en cuivre, de bonne dorure d’or moulu, avec son caisson et serre-papier surmonté d’une excellente pendule du nom de Lenoir à Paris. Il sera joint à cet article distingué dans son genre, une écritoire et un pupitre de pareil travail. Longueur du bureau 67 pouces ».

    Enfin, une huitième et dernière pendule de ce modèle figurait dans la collection du Président de Nicolay. Confisquée à la Révolution, elle fut restituée à ses héritiers : « Un bureau à quatre gaines à console à figure et griffe de lion à rampe, cadre et mascaron ouvrant à trois tiroirs avec poignées avec carderon de bronze doré d’or moulu et à panneaux en marqueterie fond cuivre et écaille de 6 pieds de long et trois de large, le serre-papier en marqueterie orné de cadre en bronze doré surmonté d’une pendule en marqueterie mascaron et autres ornements de bronze et figure couché le tout de Boulle 3600 livres ». (Archives nationales, O/2/486) ; puis vendue quelques mois plus tard : « Un très beau bureau de six pieds de long, avec son serre-papier en deux parties, surmonté d’une pendule garnie de figures d’hommes et de femmes, d’après Michel-Ange, de couleur antique ; le reste du bureau en marqueterie garnie de bronze doré d’or moulu ».

    Gardons à l’esprit que sur cette douzaine de pendules citées ou décrites plus ou moins précisément au XVIIIe siècle, parfois sans nom d’horloger, certaines passèrent de collections en collections ; ainsi, il est difficile d’apprécier le nombre total de modèles sortis de l’atelier d’André-Charles Boulle (probablement une dizaine). De nos jours, seules huit pendules dites « Le Jour et la Nuit » sont connues :

    – Une première, le cadran de « Pierre Leroy » et provenant d’une grande collection privée belge, a été vendue chez Christie’s, à Monaco, le 13 décembre 1998, lot 400.

    – Une deuxième, le cadran signé « Gilbert à Paris », correspond au modèle mentionné en 1762 dans l’inventaire après décès d’Etienne Perrinet de Jars et conservé au XIXe siècle dans sa descendance. Apparue sur le Marché de l’Art parisien en 2008 (vente à Paris, Hôtel Drouot, le 18 juin 2008, lot 45), elle est désormais conservée dans une collection privée.

    – Une troisième, le cadran de « Lepaute à Paris », correspond à l’exemplaire livré en 1720 au prince de Bourbon. Elle possédait à l’origine un mouvement de Claude Ier Dugrand-Mesnil qui fut remplacé vers 1780 par Jean-Baptiste Lepaute. Cette pendule est de nos jours exposée dans un des salons de l’Hôtel de Soubise aux Archives nationales à Paris, Musée de l’Histoire de France (reproduite dans J-D. Augarde, Les ouvriers du Temps, La pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier, Genève, 1996, p.197, fig.158 ; H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.45, fig.1.4.4).

    – Deux pendules aux cadrans signés, pour l’un de « Masson », pour l’autre de « Lepaute », sont conservées au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. Elles proviennent toutes deux des collections du Prince Youssoupoff.

    – Une sixième, le cadran de « Clouzier à Paris », présente des variantes dans le traitement de son décor. Provenant de la collection de Mr et Mme Robert Kahn-Sriber dans leur appartement de l’avenue Foch, elle a été proposée sur le Marché de l’Art new-yorkais en 2004 lors de la dispersion de la collection Greenberg (vente Sotheby’s, 21 mai 2004, lot 31).

    – Une septième correspond à l’exemplaire commandé en 1719 par Louis-Charles de Machault d’Arnouville. Conservée dans sa descendance, elle est notamment prisée 30.000 francs en  juillet 1877 dans l’inventaire après décès du marquis Léonce de Vogüé : « Une pendule de Boulle, figures de Michel-Ange ». Acquise au XXe siècle par Maurice Segoura associée à son bureau et cartonnier en suite, elle fut proposée aux enchères lors de la vente de la collection Wendell Cherry (vente Sotheby’s, New York, 20 mai 1994, lot 80) et est désormais conservée dans une collection privée (illustrée dans le catalogue de l’exposition « André-Charles Boulle 1642-1732, Un nouveau style pour l’Europe », Francfort, 2009, p.83, fig.29).

    – Enfin, la huitième et dernière pendule est l’horloge que nous proposons. A ce jour, sa provenance ancienne n’a pas pu être établie avec certitude. Toutefois, nous reprenons ici la mention, précédemment citée, de la vente après décès en mars 1804 d’Antoine-Jean-Baptiste Dutartre, ancien Trésorier général des Bâtiments du Roi : « 68. Grand et riche bureau en marqueterie, par Boulle, seconde partie, richement décoré de moulures d’encadrement, chutes, mascarons et rosaces en cuivre, de bonne dorure d’or moulu, avec son caisson et serre-papier surmonté d’une excellente pendule du nom de Lenoir à Paris. Il sera joint à cet article distingué dans son genre, une écritoire et un pupitre de pareil travail. Longueur du bureau 67 pouces ». Excepté le nom de l’horloger, la mention de la pendule ne permet pas un rapprochement convaincant. Toutefois, l’inventaire après décès du trésorier dressé en 1803 dans la maison dont il était locataire, située au 177 Vieille rue du Temple, appelée à l’époque Hôtel de la Tour du Pin, apporte des informations complémentaires. Ainsi, dans le Cabinet de travail du défunt était bien mentionné : « Un grand bureau et son serre-papier en marqueterie de Boulle », pas encore associé à sa pendule ; puis, dans la chambre à coucher, au-dessus d’une armoire basse : « …une pendule du nom d’Etienne Lenoir dans sa boite en marqueterie de Boulle » (Archives nationales, Minutier Central, MC/ET/LVI/478, 21 prairial an XI). L’inventaire précise donc le prénom de l’horloger ; cela nous permet de supposer que Dutartre, qui avait constitué l’une des collections les plus admirées de l’époque en faisant l’acquisition de pièces exceptionnelles dans les grandes ventes aux enchères, ainsi qu’en achetant directement de gré à gré aux grands amateurs, ait pu posséder une pendule Boulle du modèle dit « Le Jour et la Nuit ».

    Etienne I Lenoir (1675 - 1739)

    Etienne Ier Le Noir, ou Lenoir, figure parmi les plus importants horlogers parisiens du règne de Louis XIV et des premières décennies du XVIIIe siècle. Fils de l’horloger Simon Le Noir et de Marie du Grand-Mesnil, il se forme dans l’atelier paternel, accède à la maîtrise le 14 janvier 1698 et installe son atelier Place Dauphine, puis rue de Harlay. Il connaît une grande notoriété tout au long de sa carrière auprès des grands collectionneurs parisiens d’horlogerie de luxe.



    André-Charles Boulle (1642 - 1732)

    André-Charles Boulle est le plus important ébéniste-sculpteur parisien du règne de Louis XIV. Tout au long de sa carrière, cet artisan au talent inégalé fit preuve d’une exceptionnelle inventivité qui lui permit de travailler pour les plus importants collectionneurs de l’époque et surtout d’œuvrer pour Louis XIV, pour lequel il livra quelques-uns des plus grands chefs-d’œuvre de l’ébénisterie française. Ebéniste, mais également sculpteur, Boulle réalisait lui-même ses motifs de bronze avec lesquels il ornait ses créations. De nos jours, ses œuvres sont conservées dans les plus importantes collections privées et publiques internationales, notamment au musée du Louvre, au musée national du château de Versailles, au Victoria and Albert Museum à Londres, au Cleveland Museum of Art, au Metropolitan Museum of Art de New York et au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.



    Gaudron  -  Boulle
    Gaudron
    André-Charles Boulle (1642-1732)

    Exceptionnelle pendule-baromètre et sa gaine en marqueterie d’écaille ou de cuivre et bronze finement ciselé ou doré

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    « Gaudron à Paris »

    Dans une caisse attribuée à André-Charles Boulle

    Paris, fin de l’époque Louis XIV, vers 1710

    Pendule :
    Hauteur114 Largeur59 Profondeur23
    Gaine :
    Hauteur150 Largeur59 Profondeur30

    Le cadran en cuivre à douze cartouches émaillés est fixé sur une platine signée « Gaudron à Paris » et indique les heures en chiffres romains et les graduations des minutes sur sa bordure extérieure par deux aiguilles en acier poli ; il surmonte un groupe en bas-relief représentant une allégorie du Temps enlevant la Vérité. Le mouvement est renfermé dans une superbe caisse architecturée reposant sur sa gaine entièrement décorées en marqueterie « Boulle » à filets de cuivre à rinceaux, fleurons et fleurettes, sur fond d’écaille brune, et à riche décor de bronze très finement ciselé et doré. L’horloge s’inscrit dans une borne à corniche arrondie surmontée d’un chapiteau en dôme, à montants en consoles à volutes et chutes de pampres, terminé par une lampe à huile « à l’antique » ; les montants sont soulignés de consoles à coquilles et se terminent, sur leurs faces latérales, en cavet à sphinx allongés coiffés de némès et supportés par des entablements feuillagés à pieds gaines. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire centrée d’un baromètre à lunette à frise d’oves soulignée d’une course de feuillages et encadrée de deux mascarons féminins coiffés de diadèmes et de perles ; enfin, quatre forts pieds dits « en vis de limaçon » participent au support de l’horloge. Cette dernière est posée sur sa gaine fuselée à riche décor de fleuron, rinceaux, baguettes à cabochons ou oves et trophée à l’allégorie du Temps à sablier ailé noué à une faux ; la partie haute à côtés évidés est soulignée de tabliers ou de larges acanthes à enroulements ; enfin, la base à panneaux à arcades repose sur des pieds en cavet à frises finement ciselées.

    Les créations horlogères, cartels, pendules de cheminées et régulateurs, occupent une place très importante dans l’œuvre d’André-Charles Boulle, puisqu’elles totalisaient environ le tiers de la production de l’artisan. Ainsi, en 1715 dans l’acte de délaissement de Boulle à ses fils étaient mentionnées 63 pendules sur un total de 300 pièces prisées, puis quelques années plus tard, en août 1720, lors de l’inventaire de l’atelier, suite à un incendie, 75 pendules sont listées sur une masse globale de 220 pièces. Comme toujours, Boulle fit preuve pour l’élaboration des compositions d’une exceptionnelle originalité et collabora pour leurs mouvements avec les plus grands horlogers de l’époque. L’exceptionnel modèle que nous proposons dérive d’un type orné de sphinx créé dans les années 1680 et qui fut l’un de ses plus célèbres modèles sur lequel l’artisan intégra un baromètre dans la partie basse. Le dessin gravé de cette pendule est reproduit sur la planche II de l’ouvrage intitulé Nouveaux Desseins de Meubles et Ouvrages de Bronze et Marqueterie Inventés et gravés par André-Charles Boulle, publié à Paris par Mariette après 1707 (voir J-P. Samoyault, André-Charles Boulle et sa famille. Nouvelles recherches. Nouveaux documents, Centre de recherches d’histoire et de philologie de la IVe Section de l’Ecole pratique des hautes études, Genève, 1979) ; cet ouvrage, certainement destiné à être largement diffusé, permettait à Boulle de dévoiler ses dernières créations, ainsi que ses chefs-d’œuvre. Le dessin porte la mention « Pendule propre pour une chambre », permettant ainsi d’établir le type de pièces dans lequel ce modèle figura dans un premier temps, avant d’être exposé au cours des décennies suivantes dans des pièces beaucoup moins intimes, hommage des grands collectionneurs du temps à l’aspect spectaculaire du modèle.

    Le thème principal, traité en bas-relief sous le cadran, est directement inspiré d’un groupe sculpté entre 1675 et 1687 par Thomas Regnaudin (1622-1706) pour l’Orangerie du château de Versailles et dont le sujet était précisément l’Enlèvement de Cybèle par Saturne ou Le Temps enlevant la Vérité ; le marbre est conservé de nos jours au Musée du Louvre à Paris. Il est fortement probable que Boulle créa ce modèle en déclinant le dessin d’une pendule réalisée par lui-même vers 1680 pour le marquis de Louvois, ministre de Louis XIV et Surintendant des Bâtiments du roi. En effet, dans l’inventaire après décès du marquis, en août 1691, était brièvement décrite dans la chambre du ministre à l’hôtel de la Surintendance de Versailles : « une pendule sonnante faite par Thuret avec sa boeste d’écaille marquetterie et ornements de cuivre doré », prisée 200 livres. Quelques années plus tard, cette même pendule semble réapparaître dans l’inventaire après décès de la veuve du ministre, Anne de Souvré, sous le numéro 809 : « une grande pendule à baromètre sonnante par Thuret dans sa boete de marqueterie d’écaille et cuivre doré ornée de sphinx et autres ornements de bronze doré d’or moulu dans sa boete faite par Boulle 400 livres ».

    Au XVIIIe siècle ou dans les premières décennies du siècle suivant, les exemplaires de ce modèle mentionnés dans les documents anciens sont relativement rares. Nous savons qu’une première pendule de ce type fit partie de la vente de la célèbre collection Randon de Boisset en février 1777 : « 802. Une grande pendule, de première partie, mouvement à quart fait par Rabby, le cadran orné d’un groupe de deux figures à bas-reliefs ; sa boite est de forme droite, avec chapiteau à gorge et riche socle à baromètre sur le devant, garnie du haut d’une lampe antique, et sur le pourtour de consoles, cadres et autres ornements, sur chaque côté du socle, et un sphinx supportant la boite ; le tout en bronze doré : hauteur 44 pouces, sur 21 de large » ; tandis qu’une deuxième fit son apparition lors de la dispersion de la collection du banquier Quentin Crawford en 1820 « 459. Une pendule à sonnerie, marquant les heures et les secondes, des noms de Gaudron et Janvier, dans sa boite en marqueterie, par Boulle, fond écaille, incrustation de cuivre sur son pied forme de console avec baromètre, et au-dessous cette devise : Diregit atque movet. Ladite pendule richement décorée au milieu d’un groupe de figures sujet du temps qui enlève la vérité ; de deux sphinx et d’autres ornements en bronze doré d’or moulu » ; une troisième avait été achetée 840 livres au marchand-mercier Lazare Duvaux par le Marquis de Marigny en décembre 1759 : « N°2949. Pendule et baromètre tenant ensemble, de marqueterie de Boulle, garnis en bronze doré d’or moulu » (voir L. Courajod, Livre-Journal de Lazare Duvaux, Marchand-bijoutier ordinaire du Roy, 1748-1758, p.340, n°2949) ; enfin, relevons qu’un exemplaire, peut-être celui conservé actuellement au Château de Versailles, fut livré par l’horloger Thuret à Louis XIV, puis mentionné à Versailles dans l’inventaire de 1729 et localisé dès 1751 dans le Cabinet des jeux de l’appartement du Roi au château de Compiègne (reproduit dans P. Verlet, Les bronzes dorés français du XVIIIe siècle, Paris, 1987, p.107, fig.123).

    De nos jours, quelques rares pendules de ce modèle sont répertoriées : citons notamment celle du Musée national du château de Versailles précédemment citée ; une deuxième, le mouvement signé « Thuret », qui est conservée à la Frick Collection à New York (voir K. Edey, French Clocks in North American Collections, Catalogue d’exposition, Frick Collection, New York, 1982, p.41-44) ; une troisième, le mouvement de Balthazard Martinot, appartient aux collections du Cleveland Museum of Art (parue dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.43, fig.1.3.3) ; une quatrième, le mouvement de Gaudron, appartient au Musée royal d’Art et d’Histoire de Bruxelles ; une cinquième, présentée sur son cul-de-lampe et provenant de Stoneleigh Abbey dans le Warwickshire, a été vendue lors de la dispersion de la collection Hubert de Givenchy (vente Christie’s, Monaco, le 4 décembre 1993, lot 77) ; enfin, mentionnons un dernier modèle, reposant sur son serre-papier, qui appartient aux collections du duc de Marlborough à Blenheim Palace (illustré dans le catalogue de l’exposition André-Charles Boulle 1642-1732, Un nouveau style pour l’Europe, Museum für Angewandte Kunst, Francfort, 30 octobre 2009-31 janvier 2010, p.150, fig.8).

    Gaudron

    L’un des ateliers parisiens d’horlogerie les plus importants qui fut actif de la seconde moitié du XVIIe siècle jusqu’au milieu du siècle suivant. Fondé vers 1660 par Antoine Ier Gaudron (vers 1640-1714), l’atelier de développa rapidement jusqu’à son association avec ses deux fils, Antoine II Gaudron de Sainte-Marthe (1675-1748) et Pierre Gaudron (vers 1677-1745), également horlogers, qui reçurent respectivement les titres prestigieux de « Conseiller, Secrétaire du Roi, Maison et Couronne de France près de la Chancellerie du Parlement de Metz » et d’« Horloger Ordinaire du duc d’Orléans ». Après de décès de leur père, les deux frères travaillèrent ensemble de 1710 à 1730. Cet atelier se distingua surtout par sa collaboration avec André-Charles Boulle pour lequel les Gaudron réalisèrent de superbes mouvements tout au long de la carrière de l’ébéniste-sculpteur.



    André-Charles Boulle (1642 - 1732)

    André-Charles Boulle est le plus important ébéniste-sculpteur parisien du règne de Louis XIV. Tout au long de sa carrière, cet artisan au talent inégalé fit preuve d’une exceptionnelle inventivité qui lui permit de travailler pour les plus importants collectionneurs de l’époque et surtout d’œuvrer pour Louis XIV, pour lequel il livra quelques-uns des plus grands chefs-d’œuvre de l’ébénisterie française. Ebéniste, mais également sculpteur, Boulle réalisait lui-même ses motifs de bronze avec lesquels il ornait ses créations. De nos jours, ses œuvres sont conservées dans les plus importantes collections privées et publiques internationales, notamment au musée du Louvre, au musée national du château de Versailles, au Victoria and Albert Museum à Londres, au Cleveland Museum of Art, au Metropolitan Museum of Art de New York et au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.