Rare et importante paire de vases dits « campanes » en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or moulu
« Les vases du Maréchal Murat »
Attribuée au maître ciseleur-fondeur Pierre-Philippe Thomire
Paris, époque Empire, vers 1805-1810
Provenance:
– Commandés vers 1805-1810 par Joachim Murat, Maréchal de France, Roi de Naples (1767-1815) pour le Palais royal de Naples.
– Vendus aux enchères après sa mort en 1815 et acquis par le Marquis Emilio Tortora Brayda di Belvedere (1784-1854) pour sa résidence de Molfetta.
– Par descendance ; puis, vente Sotheby’s, New York, le 25 April 1998, lot 225.
Entièrement réalisé en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou l’or bruni, chaque vase présente une forme à l’antique dite « campane » dessinant une cloche renversée. La lèvre évasée est ceinturée d’une frise alternée de godrons et doubles filets ; la panse propose des scènes bacchiques animées de putti ou jeunes satyres se détachant sur un fond uni et supportées sur des terrasses « au naturel » ; le culot, rythmé de godrons et filets, est agrémenté d’anses détachées sous la forme de double tête de bélier reliées entre-elles par des joncs émergeant de bouquets de feuilles nervurées ; le piédouche à bague est entouré d’un tore de feuilles de chêne à glands et repose sur une plinthe quadrangulaire, elle-même supportée par un entablement en corniche en saillie soulignée de frises d’oves et de perles alternées d’olives ; la haute base est ornée de motifs en applique à athénienne à montants à mufles de lion et quille entourée d’un serpent et de branches de lauriers ou de couronnes centrées de mascarons de Bacchus et double thyrse entrecroisé ; enfin, une plinthe, surmontée d’une doucine à frise feuillagée et angles à feuilles d’acanthes, supporte l’ensemble.
L’histoire de cette rare paire de vases est étroitement liée à Joachim Murat, l’une des personnalités les plus importantes du premier quart du XIXe siècle, l’un des proches et intimes de l’Empereur Napoléon.
Leur qualité exceptionnelle de ciselure et de dorure, ainsi que l’originalité de leur décor, nous permettent de les rattacher à l’œuvre de Pierre-Philippe Thomire, le plus important bronzier parisien de l’époque. L’artisan s’inspira plus ou moins directement de la forme du célèbre vase antique « Borghèse » conservé de nos jours au Musée du Louvre à Paris ; Thomire interpréta légèrement la composition et déclina des ornements divers et variés pour réaliser quelques rares paires de vases réalisées dans le même esprit, notamment une première paire conservée au Mobilier national à Paris (Numéro d’inventaire GML-10077-002) ; ainsi qu’une seconde exposée au Palais royal de Naples et reproduite dans G. Zampino et F. Sardella, Soprintendenza per i Beni Ambientali e Architettonici di Napoli e Provincia, Il Palazzo Reale di Napoli, Editions Electa, Naples, 1995, p.62.
Pierre-Philippe Thomire (1751 - 1843)
Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.
Joachim Murat (1767 - 1815)
Joachim Murat est l’un des maréchaux les plus importants de Napoléon ; il épouse Caroline, la plus jeune sœur de l’Empereur. Grands amateurs et collectionneurs avertis, Murat et son épouse résident dans un premier temps à l’Hôtel de Thélusson, sublime demeure néoclassique construite dans les années 1780 par l’architecte Ledoux, puis, en 1805, ils font l’acquisition du Palais de l’Élysée, résidence actuelle du Président de la République française, et y réalisent de somptueux travaux d’aménagement et d’ameublement qui sont achevés à la fin de l’année 1806. Ce sont les deux architectes Vignon et Thibault qui sont chargés de la rénovation, tandis que le mobilier et la menuiserie sont confiés à l’atelier des Jacob-Desmalter, les pièces en bronze à Ravrio et les textiles et tapisseries à Boulard, tous sélectionnés pour la qualité de leurs créations et pour leurs renommés. Toutefois, le couple ne profite que très peu de temps du luxe du Palais, en effet, après que Joseph, l’un des frères de l’Empereur, soit couronné roi d’Espagne, Murat est chargé par l’Empereur de prendre sa place sur le trône de Naples de 1808 à 1815. Une nouvelle fois le couple se distingue par les travaux d’aménagements et de décor de leurs résidences napolitaines en amassant notamment une importante collection de tableaux italiens, d’objets d’art et de bronzes d’ameublement commandés à Paris. En 1815, Murat est chassé de Naples par les Autrichiens et les Britanniques, il s’enfuit en Corse où il est capturé et exécuté. Après sa mort, une grande partie de ses collections est vendue aux enchères et acquise par le marquis Emilio Tortora Brayda di Belvedere pour ses résidences de Molfetta, puis de Manfredonia.

