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Ridel  -  Coteau

Rare pendule squelette en bronze finement ciselé et doré, émail et marbre blanc de Carrare

APF_Pendule148_07

Le décor émaillé attribué à Joseph Coteau (1740-1801)

Paris, époque Directoire, vers 1795

Hauteur53 Largeur28 Profondeur12

Elle présente un cadran principal annulaire émaillé blanc qui laisse apparaître une partie des rouages du mécanisme finement découpés et indique les heures, les minutes par tranches de quinze et les quantièmes du mois en chiffres arabes par quatre aiguilles, dont deux repercées en bronze doré et deux en acier bleui ; il marque également, sur sa bordure intérieure, les jours de la semaine et leurs signes astrologiques respectifs. Un deuxième cadran, disposé sous le précédent, désigne les mois de l’années associés à leurs signes du zodiaque par une aiguille en acier poli, dite “oeil de perdrix”. Un troisième et dernier cadran, disposé dans la partie haute de l’horloge, indique l’âge et les phases de la lune sur un disque émaillé orné d’une lune peinte en grisaille se détachant sur un ciel bleu étoilé. Le cadran principal de type squelette révèle en son centre le mouvement, à roue de compte extérieure, à deux barillets, à échappement à chevilles et suspension à couteau, allant huit jours et sonnant les heures et les demies-heures sur un timbre ; le balancier se termine par un superbe masque d’Apollon solaire au centre de motifs rayonnants.

Ces trois cadrans s’inscrivent dans une armature peinte sur émail fond bleu nuit à fins branchages fleuris dorés agrémentée de quatre médaillons ovalisés, dont deux sont peints de colombes et de couronnes de roses, tandis que les deux autres figurent des scènes paysagées au thème de Vénus et Cupidon ; au centre, le tablier porte la signature de l’horloger “Ridel à Paris”. La pendule est richement ornée d’un décor de bronze finement ciselé et doré : à l’amortissement, Jupiter est représenté sous la forme d’un aigle aux ailes déployées tenant des foudres dans ses serres ; l’armature est décorée de cornes d’abondance, de frises à canaux soulignées d’enfilages de perles, de guirlandes fleuries et feuillagées, de rosaces et de palmettes stylisées ou festonnées, et repose sur une base quadrangulaire en marbre blanc statuaire agrémentée de panneaux, dont celui de la façade représente une frise de chérubins dans des nuées inspirée des œuvres du sculpteur Clodion. Enfin, l’ensemble est supporté par quatre pieds toupie moletés et dorés.

Parmi les rares horloges connues réalisées dans le même esprit, citons notamment : une première pendule squelette, les émaux réalisés par Joseph Coteau, qui est conservée de nos jours dans les collections du Musée des Arts Décoratifs de Paris (illustrée dans Tardy, Les Plus Belles Pendules Françaises, 1994, p. 206, pl. XLII) ;  ainsi qu’un deuxième exemplaire également signé “Ridel à Paris”, avec émaux de Joseph Coteau datés 1796 et une frise similaire dans le gout de Clodion, qui appartient aujourd’hui aux collections du Musée François Duesberg à Mons (reproduite dans Pierre Kjellberg, Encyclopédie de la Pendule Française du Moyen Age au XXe Siècle, 1997, p. 319, pl. B); un troisième modèle est paru dans Johann Willsberger, Clocks and Watches, 600 Years of the World’s Most Beautiful Timepieces, 1975; enfin, mentionnons particulièrement une dernière pendule de ce type, le cadran signé Laguesse à Liège et les émaux de Joseph Coteau datés 1796, qui est exposée au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (E. Ducamp, Pavlovsk, Les Collections, 1993, p. 186, pl. 17).

Laurent Ridel

Laurent Ridel, l’un des plus importants horlogers parisiens de la fin du XVIIIe siècle et des premières années du siècle suivant, signait ses œuvres de la mention « Ridel à Paris ». Bien que la date d’enregistrement de ses lettres de maîtrise nous est inconnue, nous savons qu’il installa son atelier rue aux Ours et qu’il connut immédiatement une grande notoriété auprès des amateurs parisiens d’horlogerie de luxe. A l’instar des meilleurs horlogers parisiens de son temps, Ridel fit appel aux meilleurs artisans pour réaliser les caisses de ses pendules en collaborant notamment avec les bronziers Feuchère, Denière et Deverberie, avec les émailleurs Coteau et Merlet et en faisant appel à Monginot l’aîné pour les ressorts. Il se composa rapidement une riche clientèle parmi laquelle figuraient notamment Jean-Marie Chamboissier, le bijoutier Louis-Nicolas Duchesne et Mesdames de France, filles de Louis XV, pour lesquelles Ridel livra une pendule en 1789 destinée à leur château de Bellevue.



Joseph Coteau (1740 - 1801)

Joseph Coteau est le plus célèbre émailleur de son temps et collabora avec la plupart des grands horlogers parisiens de l’époque. Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l’Académie de Saint Luc en 1766 ; puis il vint s’installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu’à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée. Coteau laissa notamment son nom à une technique précieuse d’émaux en relief qu’il mit au point avec Parpette destinée au décor de certaines pièces de porcelaine de Sèvres et qu’il utilisa par la suite pour le décor des cadrans des pendules les plus précieuses ; décorés de ce décor si caractéristique, mentionnons notamment : une écuelle couverte et son plateau qui appartiennent aux collections du Musée national de la Céramique à Sèvres (Inv. SCC2011-4-2) ; ainsi qu’une paire de vases dits « cannelés à guirlandes » conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans le catalogue de l’exposition Un défi au goût, 50 ans de création à la manufacture royale de Sèvres (1740-1793), Musée du Louvre, Paris, 1997, p.108, catalogue n°61) ; et une aiguière et sa cuvette dites « de la toilette de la comtesse du Nord » exposées au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (reproduites dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.207, fig.250). Enfin, soulignons, qu’une pendule lyre de l’horloger Courieult en porcelaine bleue de Sèvres, le cadran signé « Coteau » et daté « 1785 », est conservée au Musée national du château de Versailles ; elle semble correspondre à l’exemplaire inventorié en 1787 dans les appartements de Louis XVI au château de Versailles (illustrée dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’Horlogerie ancienne, automne 1993, n°68, p.32C).