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Thématiques : Chinoiserie

  • Cousin
    Joseph-Simon Cousin (1754-vers 1790)

    Rare pendule de cheminée en bronze ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc de Carrare

    « La pagode chinoise »

    Pendule287-04_HD_WEB

    Paris, époque Louis XVI, vers 1780

    Hauteur67 cm Largeur33 cm Profondeur22 cm

    Provenance :

    – Vente à Paris, Hôtel George V, Maîtres Ader-Picard-Tajan, le 5 décembre 1989, lot 195.

     

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Cousin H. De. M. C. D’Artois », indique les heures en chiffres romains, ainsi que les minutes par tranches de cinq et les quantièmes du mois en chiffres arabes par trois aiguilles, dont deux en cuivre repercé et doré. Le mouvement s’inscrit dans une superbe caisse architecturée en forme de pagode chinoise entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc statuaire. La pagode est à deux niveaux, le premier est composé de quatre colonnettes, encadrant le balancier à masque solaire et à décor de feuillages ou dés à motifs gravés, supportant un entablement en forme de toit à degrés foncés de frises perlées ou cordelettes torsadées, les angles agrémentés de dragons tenant des pendentifs dans leurs gueules.  La terrasse, soulignée dans le bas d’une frise géométrique découpée à clochettes et dans le haut d’une balustrade à cercles imbriqués, présente quatre colonnettes, à feuillages et cannelures torses, flanquant le mouvement et supportant le recouvrement, à fleurons, cordelettes, draperies à franges, clochettes, méandres et enfilages de perles, terminé par une figure chinoise assise sur un coussin et tenant un parasol à clochettes ou olives. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire à angles arrondis en ressaut entourée d’une balustrade, à motifs circulaires et crucifères soulignée de perles, sur la terrasse de laquelle sont assises deux figures chinoises ; enfin, quatre pieds « toupies » à bandeaux moletés supportent l’horloge.

    Réalisée dans le goût de la Chine, cette rare pendule de cheminée s’inscrit dans la continuité des objets d’art français créés au XVIIIe siècle pour marquer l’admiration des grands amateurs parisiens pour les objets venus d’Orient, essentiellement de la Chine et du Japon. Cette mode dérivait librement des créations françaises de la fin du XVIIe ou du début du siècle suivant qui faisaient suite à l’entrevue de Louis XIV et des ambassadeurs du roi de Siam en 1686, rencontre au cours de laquelle les représentants étrangers, missionnés par leur monarque, offrirent de nombreux présents au Roi Soleil. Cela suscita immédiatement un exceptionnel engouement pour les objets venus d’Orient et eut pour principale conséquence, la création d’objets imitant des décors orientaux ou représentant des motifs et des figures inspirés directement de ces contrées lointaines. La pendule que nous proposons fut réalisée dans ce contexte particulier ; elle est relativement proche d’un modèle réalisé à la même époque, figurant une pagode soutenue par des palmiers sous laquelle est un Chinois assis, dont un exemplaire est conservé au Musée Nissim de Camondo à Paris, tandis qu’un second est illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p.282. A l’heure actuelle, le bronzier qui créa le modèle est inconnu ; toutefois, relevons que certains motifs, particulièrement les frises géométriques découpées animées de clochettes ou d’olives, ne sont pas sans rappeler le travail du célèbre bronzier parisien François Rémond sur un exceptionnel écritoire en laque du Japon commandé vers 1785 par Marie-Antoinette (voir le catalogue de l’exposition Marie-Antoinette, Galeries nationales du Grand Palais, Paris, 2008, p.199, catalogue n°140).

     

    De nos jours, parmi les rares pendules connues de modèle identique à celle proposée, mentionnons notamment : un premier exemplaire qui est conservé dans la collection de Susan et John Gutfreund à New York (voir E. Evans Eerdmans, Henri Samuel, Master of the French Interior, New York, 2018, p.208) ; ainsi qu’un deuxième, le cadran signé « Gavelle l’aîné » et ayant la particularité d’être orné d’un groupe en biscuit de Locré, qui est reproduit dans G. et A. Wannenes, Les plus belles pendules françaises, De Louis XIV à l’Empire, Florence, 2013, p.288 ; enfin, citons particulièrement une dernière pendule de ce modèle « à la pagode chinoise » qui est conservée dans les collections royales anglaises, anciennement dans la collection de la Reine mère (parue dans C. Jagger, Royal Clocks, The British Monarchy & its Timekeepers 1300-1900, Londres, 1983, p.138, fig.188).

    Joseph-Simon Cousin (1754 - vers 1790)

    Joseph-Simon Cousin est l’un des plus importants horlogers parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Après ses années d’apprentissage chez Pierre-Laurent Gautrin, il est reçu maître horloger le 5 juin 1778 et installe son atelier rue de Harlay. Il rencontre rapidement une grande notoriété et reçoit le titre convoité d’Horloger de Monseigneur le Comte d’Artois, frère de Louis XVI.



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    Rare pendule de cheminée dite « à la Chinoise » en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni

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    La caisse attribuée à Jean-Joseph de Saint-Germain

    Paris, époque Louis XV, vers 1750

    Hauteur32 Largeur37 Profondeur22

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Masson à Paris », indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre repercé et doré. Le mouvement est renfermé dans une caisse à décor rocaille entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni ; il s’inscrit dans une boite circulaire reposant sur un enrochement stylisé ou un piétement à décrochement et réserves amaties se détachant au-devant d’un palmier ; sur la droite de la composition est allongée un superbe personnage féminin chinoisant vêtu d’une tunique dans le goût de l’Extrême-Orient portant des pendants d’oreilles et tenant un léger branchage dans chacune de ses mains. La figure repose sur une large terrasse contournée traitée « au naturel » formée de jeux de crosses, rinceaux, feuillages ou enrochements stylisés.

    Témoignage de l’exceptionnel engouement des amateurs parisiens, et plus largement européens, pour l’Extrême-Orient, la pendule que nous proposons figure parmi les créations parisiennes chinoisantes les plus élaborées du règne de Louis XV. Le modèle, particulièrement élégant et équilibré, connut un grand succès vers le milieu du XVIIIe siècle et présente quelques similitudes avec certaines réalisations du bronzier Jean-Joseph de Saint-Germain à qui nous l’attribuons. De nos jours, parmi les rares pendules identiques connues, avec parfois la figure chinoise à patine dite « couleur noir de fumée », citons particulièrement : un premier exemplaire, le cadran signé « Galland », qui se trouvait anciennement dans la célèbre collection Akram Ojjeh (vente Sotheby’s, Monaco, le 25 juin 1979) ; ainsi qu’un deuxième, le cadran signé « Musson », qui a fait partie de la collection de la marquise Margaret Rockefeller de Larrain (vente Sotheby’s, New York, le 15 novembre 1980, lot 77) ; un troisième, le cadran de Furet, est apparu sur le Marché de l’Art lors des dispersions de la collection Elisabeth Firestone (vente , lot 873) ; enfin, mentionnons une dernière pendule de ce type qui est reproduite dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age à nos jours, Les Editions de l’Amateur, Paris, 1997, p.117.

    Compte tenu de la date de réalisation de la pendule que nous proposons, cette signature correspond à l’horloger Denis Masson, l’un des plus importants horlogers parisiens du XVIIIe siècle.

    Denis Masson

    Reçu maître le 1er mars 1746, Denis Masson est l’un des plus importants horlogers parisiens du XVIIIe siècle. Dans un premier temps, il débute en tant qu’ouvrier libre, puis obtient ses lettres de maîtrise en 1746 et installe successivement son atelier Abbaye Saint-Germain-des-Prés, pont Notre-Dame en 1747 et rue Sainte-Avoye en 1778. Il connaît rapidement une grande notoriété auprès des grands amateurs parisiens d’horlogerie de luxe en se spécialement dans la création de pendules agrémentées de figures en porcelaine de Saxe. A l’instar des meilleurs horlogers de son temps, Denis Masson collabore avec quelques-uns des meilleurs artisans, travaillant notamment avec le fondeur Jean-Baptiste Vallée et les ébénistes Lieutaud et Foullet. Parmi sa clientèle figuraient notamment Madame Infante à Parme, les duchesses de Mazarin et de Villeroy, ainsi que le marquis de Persan et le prince et la princesse de Condé.



    Jean-Joseph de Saint-Germain (1719 - 1791)

    Est probablement le plus célèbre bronzier parisien du milieu du XVIIIe siècle. Actif à partir de 1742, il est reçu maître en juillet 1748. Il est surtout connu pour la création de nombreuses caisses de pendules et de cartels qui firent sa notoriété, notamment le cartel dit à la Diane chasseresse (voir un exemplaire conservé au Musée du Louvre), la pendule supportée par deux chinois (voir un modèle de ce type aux Musée des Arts décoratifs de Lyon), ainsi que plusieurs pendules à thématiques animalières, essentiellement à éléphants et rhinocéros (exemple au Musée du Louvre). Vers le début des années 1760, il joue également un rôle primordial dans le renouveau des arts décoratifs parisiens et dans le développement du courant néoclassique, en réalisant notamment la pendule dite au génie du Danemark sur un modèle d’Augustin Pajou pour Frédéric V du Danemark (1765, conservée à l’Amalienborg de Copenhague). Saint-Germain crée plusieurs pendules inspirées par le thème de l’Etude, sur un modèle de Louis-Félix de La Rue (exemples au Louvre, à la Fondation Gulbenkian, Lisbonne, et au Musée Metropolitan de New York).

    Parallèlement à ses créations horlogères, Saint-Germain réalise également de nombreux bronzes d’ameublement – y compris chenets, appliques, et candélabres – en faisant toujours preuve de la même créativité et démontrant ses talents exceptionnels de bronzier. Il se retire des affaires en 1776.



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    Rare pendule lyre dite « à la turque » à mouvement apparent en marbre blanc et bronze ciselé et doré

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    Le décor émaillé par Joseph Coteau

    Paris, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur62 Largeur32 Profondeur13.5

    Le cadran circulaire émaillé blanc, à fins motifs campaniformes soutenus de baldaquins or et polychromes est signé « coteau » ; il renferme un cartouche émaillé bleu signé « Jacs Breant à Paris », dévoile partiellement le mécanisme du mouvement et indique les heures en chiffres romains, les minutes par tranches de cinq et les quantièmes du mois en chiffres arabes et marque les secondes par une trotteuse centrale. Il s’inscrit dans une caisse en forme de lyre en marbre blanc statuaire dit « de Carrare » et décor de bronze très finement ciselé et doré réalisé dans le goût de l’Orient à motifs d’arbustes à plumets, ananas, draperies tombantes, frises découpées de motifs stylisés ou imbriquées, éléments de passementerie, olives, enfilages de perles alternées…enfin, l’amortissement est décoré d’un belle figure masculine vêtue et coiffée à l’orientale assise sur un coussin, tenant une ombrelle au-dessus de sa tête et reposant sur un entablement à écailles simulées sous lequel est fixé le balancier oscillant bimétallique.

    Svend Eriksen considère que le modèle de la première véritable pendule lyre figure dans les collections royales suédoises (voir Early Neoclassicism in France, Londres, 1974). En France, la composition générale de la pendule lyre a peu évolué depuis sa création que l’on peut fixer raisonnablement à la fin des années 1750 ou au tout début de la décennie suivante En revanche, si le dessin des pendules lyre changea peu, les matériaux employés, ainsi que l’ingéniosité et la complexité des mouvements, subirent des changements considérables reflétant l’évolution du goût des amateurs et démontrant l’exceptionnelle habileté de certains horlogers du temps.

    La grande majorité des modèles connus offre un cadran inscrit dans une lyre en bronze surmontée d’un masque solaire ou de têtes d’aigle ou dans des caisses en porcelaine de Sèvres (voir notamment plusieurs pendules de ce type illustrées dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p.224-227 ; et dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’association nationale des collectionneurs et amateurs d’horlogerie ancienne, 1993, n°68, fig.53 et 62).

    Associant habilement les modèles lyre et squelette, la pendule que nous présentons est d’une extrême élégance et se distingue de la plupart des autres exemplaires par la qualité de la ciselure de son décor de bronze doré et l’originalité de sa composition : « à la turque » ; style décoratif qui semble apparaître au début des années 1780 et qui ne fut apprécié que par certains grands collectionneurs du temps, particulièrement par le comte d’Artois pour son pavillon de Bagatelle (voir le catalogue de l’exposition La folie d’Artois, 1988, p.93, 104 et 105). Enfin, relevons que parmi les rares autres exemplaires connus de pendules de ce type, un modèle similaire, aujourd’hui partiellement conservé et dépourvu de mouvement, appartient aux collections du Musée des Arts décoratifs à Paris (illustré dans L. Metman, Le musée des Arts décoratifs, Le bronze, 2ème album, Paris, vers 1910, planche CXVI, fig.1046).

    Jacques-Thomas Bréant (1753 - 1807)

    Né à Paris, il est d’abord ouvrier libre, puis devient maître en 1783, date à laquelle il est établi à l’Enclos Saint-Martin-des-Champs. En 1783 son atelier est dans la rue Saint-Martin ; en 1786 il a ouvert une boutique dans le Palais Royal ; en 1795 il est rue du Temple. Il compte parmi ses clients le duc d’Orléans, les marquis de Laval, de la Rochebrochard, d’Aulany et d’Amenoncour, les comtesses de Faudoas et de Vascoeil, le comte de Villefranche et Messieurs Michau de Montaran et L’Espine de Granville, mais il fait faillite en 1786, et encore en 1788. En 1788, on trouve parmi ses créanciers de nombreux monteurs de boîte et d’émailleurs, tels que les bronziers P. Viel, N. Florion, E. Blavet, A. Lemire, P. d’Ecosse et J. B. J. Zaccon, les doreurs C. Galle, J. P. Carrangeot, L. Le Prince, et les émailleurs Merlet, Bezelle, Barbichon et le grand Joseph Coteau.



    Joseph Coteau (1740 - 1801)

    Joseph Coteau est le plus célèbre émailleur de son temps et collabora avec la plupart des grands horlogers parisiens de l’époque. Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l’Académie de Saint Luc en 1766 ; puis il vint s’installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu’à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée. Coteau laissa notamment son nom à une technique précieuse d’émaux en relief qu’il mit au point avec Parpette destinée au décor de certaines pièces de porcelaine de Sèvres et qu’il utilisa par la suite pour le décor des cadrans des pendules les plus précieuses ; décorés de ce décor si caractéristique, mentionnons notamment : une écuelle couverte et son plateau qui appartiennent aux collections du Musée national de la Céramique à Sèvres (Inv. SCC2011-4-2) ; ainsi qu’une paire de vases dits « cannelés à guirlandes » conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans le catalogue de l’exposition Un défi au goût, 50 ans de création à la manufacture royale de Sèvres (1740-1793), Musée du Louvre, Paris, 1997, p.108, catalogue n°61) ; et une aiguière et sa cuvette dites « de la toilette de la comtesse du Nord » exposées au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (reproduites dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.207, fig.250). Enfin, soulignons, qu’une pendule lyre de l’horloger Courieult en porcelaine bleue de Sèvres, le cadran signé « Coteau » et daté « 1785 », est conservée au Musée national du château de Versailles ; elle semble correspondre à l’exemplaire inventorié en 1787 dans les appartements de Louis XVI au château de Versailles (illustrée dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’Horlogerie ancienne, automne 1993, n°68, p.32C).