Pendule unique néoclassique en forme de vase, en plaques en porcelaine de Sèvres ou tôle laquée à l’imitation de la porcelaine, et bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni
Cadran signé « Le Coeur à Paris » par l’horloger LeCœur
Cadran émaillé signé « Coteau » par l’émailleur Joseph Coteau
Porcelaine attribuée à la Manufacture Royale de Sèvres
Dans une caisse attribuée au maître fondeur Robert Osmond
Paris, fin de l’époque Louis XVI, vers 1785
Le cadran circulaire émaillé blanc, à bordure extérieure en frise or rythmée de cabochons émeraude, est signé « Le Coeur à Paris » et « Coteau ». Il indique les heures en chiffres arabes, ainsi que les minutes par tranches de quinze et le quantième du mois par trois aiguilles, dont deux en cuivre repercé, ciselé et doré. Le mouvement, à sonnerie des heures et des demi-heures, est renfermé dans une caisse néoclassique entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni rehaussée de plaques en porcelaine de Sèvres bleu lapis ou tôle laquée à l’imitation de ladite porcelaine. Le recouvrement est formé d’un vase, à panse repercée à bandeau d’entrelacs et à anses détachées retenant des guirlandes de lauriers, se terminant en graine ; le mouvement s’inscrit dans une borne, à riche décor de guirlandes de lauriers, têtes de bélier et angles en pilastres cannelés, ceinturée d’une frise alternée d’oves et feuillages surmontée d’enfilage de perles et olives. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire, à angles à pans coupés agrémentés de rosaces turbinées, ornée de réserves ajourées à entrelacs à pastilles se détachant sur des fonds lapis. Enfin, quatre pieds à motifs ciselés ou moletés supportent l’horloge.
Réalisée dans le plus pur esprit néoclassique du règne de Louis XVI, la pendule que nous proposons se distingue par l’originalité de sa composition et par la qualité exceptionnelle de sa ciselure et de sa dorure qui nous permettent de la rattacher à l’œuvre de Robert Osmond, l’un des meilleurs bronziers parisiens de l’époque. Il est particulièrement intéressant de relever que cette pendule est de modèle excessivement rare et qu’elle décline un type d’horloges-vase dites « à la salamandre » très probablement commercialisé par l’horloger Mathieu qui en avait confié la fonte à Robert Osmond.
De toute évidence, Osmond s’inspira du modèle et le développa avec certaines variantes dans les dernières années du règne de Louis XVI pour d’autres horlogers parisiens tel Lecoeur. À notre connaissance, aucun autre exemplaire identique à celui que nous proposons n’est connu, tandis que quelques modèles du type « à la salamandre » sont répertoriés, notamment une horloge qui est illustrée dans Tardy, La pendule française dans le monde, Paris, 1994, p.192, planche XXIII ; ainsi qu’une deuxième apparue sur le Marché de l’Art français lors de la dispersion des collections de Charles de Beistegui au Château de Groussay (vente Sotheby’s, France, le 3 juin 1999, lot 868).
« Lecoeur à Paris » : Cette signature correspond à un horloger parisien actif de la fin du règne de Louis XVI jusqu’au début du siècle suivant. Tardy mentionne brièvement deux horlogers de ce nom (Dictionnaire des horlogers français, Paris, 1971, p.359) avec la possibilité qu’il s’agisse logiquement de deux frères, l’un appelé Edmé et le deuxième étant cité comme « l’aîné ». Ils sont mentionnés rue de la Verrerie à Paris en 1804. Enfin, il semble intéressant de signaler que les Lecoeur semblent avoir eu une activité importante ; en effet, de nombreuses pendules portant cette signature sont mentionnées chez de grands amateurs parisiens de l’époque, notamment chez Jeanne-Louise Chappuzeau de Bauge, chez la veuve de Charles Lefebvre marquis Duquesnoy et chez Marie-Philippe Donneau marquis de Vizé.
Joseph Coteau (1740 - 1801)
Joseph Coteau est le plus célèbre émailleur de son temps et collabora avec la plupart des grands horlogers parisiens de l’époque. Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l’Académie de Saint Luc en 1766 ; puis il vint s’installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu’à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée. Coteau laissa notamment son nom à une technique précieuse d’émaux en relief qu’il mit au point avec Parpette destinée au décor de certaines pièces de porcelaine de Sèvres et qu’il utilisa par la suite pour le décor des cadrans des pendules les plus précieuses ; décorés de ce décor si caractéristique, mentionnons notamment : une écuelle couverte et son plateau qui appartiennent aux collections du Musée national de la Céramique à Sèvres (Inv. SCC2011-4-2) ; ainsi qu’une paire de vases dits « cannelés à guirlandes » conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans le catalogue de l’exposition Un défi au goût, 50 ans de création à la manufacture royale de Sèvres (1740-1793), Musée du Louvre, Paris, 1997, p.108, catalogue n°61) ; et une aiguière et sa cuvette dites « de la toilette de la comtesse du Nord » exposées au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (reproduites dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.207, fig.250). Enfin, soulignons, qu’une pendule lyre de l’horloger Courieult en porcelaine bleue de Sèvres, le cadran signé « Coteau » et daté « 1785 », est conservée au Musée national du château de Versailles ; elle semble correspondre à l’exemplaire inventorié en 1787 dans les appartements de Louis XVI au château de Versailles (illustrée dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’Horlogerie ancienne, automne 1993, n°68, p.32C).
Patronnée par Louis XV et la marquise de Pompadour, la Manufacture de Vincennes voit le jour en 1740 pour concurrencer les créations de la Manufacture de Meissen, se positionnant ainsi comme sa principale rivale européenne, et sera transférée à Sèvres en 1756, devenant la Manufacture royale de porcelaine de Sèvres. De nos jours toujours en activité, elle connaîtra tout au long de son histoire d’exceptionnelles périodes de création en faisant appel aux meilleurs artistes et artisans français et européens. Rattachée aux souverains et aux empereurs, elle sera la vitrine du savoir-faire français et la plupart des créations sorties de ses ateliers seront destinées à être offertes en cadeaux diplomatiques ou à participer au décor et au faste des nombreux châteaux et palais royaux et impériaux des XVIIIe et XIXe siècles.
Robert Osmond (1711 - 1789)
Le bronzier Robert Osmond nait à Canisy, près de Saint-Lô ; il fait son apprentissage dans l’atelier de Louis Regnard, maître fondeur en terre et en sable, devenant maître bronzier à Paris en 1746. On le trouve d’abord rue des Canettes, paroisse St Sulpice, et dès 1761, dans la rue de Mâcon. Robert Osmond devient juré de sa corporation, s’assurant ainsi une certaine protection de ses droits de créateur. En 1753 son neveu quitte la Normandie pour le rejoindre, et en 1761, l’atelier déménage dans la rue de Macon. Le neveu, Jean-Baptiste Osmond (1742-après 1790) est reçu maître en 1764 ; après cette date, il travaille avec son oncle ; leur collaboration fut si étroite qu’il est difficile de distinguer entre les contributions de l’un et de l’autre. Robert Osmond prend sa retraite vers 1775. Jean-Baptiste, qui continue de diriger l’atelier après le départ de son oncle, connaît bientôt des difficultés ; il fait faillite en 1784. Son oncle Robert meurt en 1789.
Bronziers et ciseleurs prolifiques, les Osmond pratiquaient les styles Louis XV et néoclassiques avec un égal bonheur. Leurs œuvres, appréciées à leur juste valeur par les connaisseurs de l’époque, furent commercialisées par des horlogers et des marchands-merciers. Bien qu’ils aient produit toutes sortes de bronzes d’ameublement, y compris des chenets, des appliques et des encriers, aujourd’hui ils sont surtout connus pour leurs caisses de pendules, comme par exemple celle qui représente le Rapt d’Europe (Musée Getty, Malibu, CA,) dans le style Louis XV, et deux importantes pendules néoclassiques, dont il existe plusieurs modèles, ainsi qu’un vase à tête de lion (Musée Condé de Chantilly et le Cleveland Museum of Art) et un cartel avec rubans ciselés (exemples dans le Stockholm Nationalmuseum et le Musée Nissim de Camondo de Paris). Une pendule remarquable, ornée d’un globe, des amours, et d’une plaque en porcelaine de Sèvres (Louvre, Paris) compte également parmi leurs œuvres importantes.
D’abord voués au style rocaille, au début des années 1760 ils ont adopté le nouveau style néoclassique, dont ils devinrent bientôt les maîtres. Ils fournirent des boîtes aux meilleurs horlogers de l’époque, y compris Montjoye, pour lequel ils créèrent des boîtes de pendules de cartonnier et de pendules colonne ; la colonne étant l’un des motifs de prédilection de l’atelier Osmond.

