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Thomire

Importante paire de candélabres à sept lumières en marbre vert-de-mer et bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat ou à l’or bruni

 

« Les Égyptiennes »

Candelabres_046-06_HD_WEB

Attribuée au maître ciseleur-fondeur Pierre-Philippe Thomire

 

Paris, époque Empire, vers 1805-1810

Hauteur80 cm Largeur34 cm Profondeur20 cm

Entièrement réalisé en bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat ou à l’or bruni, chaque candélabre s’organise autour d’une figure sculpturale représentant une femme égyptienne debout, vêtue d’une tunique longue et coiffée du némès ; elle supporte dans ses mains une urne en navette à anses en crosses centrée de rosaces de laquelle émerge un bouquet d’acanthes duquel s’échappent quatre bras de lumière sinueux rythmés de bagues et de feuillages, ceux du devant se terminant en têtes de loup supportant des binets et bobèches à palmettes et fleurettes, ceux de l’arrière, soulignées d’une tige à graines, se finissant en têtes de bouc portant des bassins et bobèches brettés et des binets en tasse à anse détachée ornée d’un griffon. La figure porte également sur sa tête une coupe, à large piédouche évasé, à laquelle se rattachent deux bras de lumière à palmettes, fleurettes et feuillages, et portant un fût, rythmé de feuillages, se terminant en binet à feuilles nervurées alternées de fleurettes sur lequel sont adossées deux figures féminines. L’ensemble est supporté par une haute base en marbre vert de mer agrémentée de motifs en applique à étoiles et figures en regard représentant, en façade, Artémis et Adonis. La déesse Artémis, également appelée Diane chasseresse, porte un croissant de lune sur la tête, un carquois sur son dos, et un arc et des flèches dans ses mains, tandis qu’Adonis, symbole de beauté masculine, tient son bâton de berger, une guirlande de laurier et une trompe. Sur les côtés de la base, on retrouve des motifs octogonaux à fleurons, quartefeuilles, palmettes et têtes d’aigle retenant des guirlandes de fruits et feuillages. Cette base repose sur des pieds en pattes léonines soulignés de rosaces, enroulements et larges feuilles de refend, encadrant en façade des bandeaux à branchages de chêne ; enfin, le tout repose sur un contre-socle à côtés évidés.

Pour contrecarrer les ambitions britanniques en Orient, la France mène, en 1798 et 1801, une expédition en Égypte afin de s’emparer du pays et de dominer politiquement et économiquement la région. Dirigée par le général Bonaparte, puis par ses successeurs, cette opération militaire, mieux connue sous le nom de « Campagne d’Égypte », se double d’une véritable mission de recherche composée d’éminents scientifiques, d’historiens et d’artistes de tout premier plan. De retour en France, les répercussions seront exceptionnelles, particulièrement dans le domaine des arts décoratifs. Dès 1802, le baron Vivant-Denon publie Voyage dans la Basse et la Haute Égypte, ouvrage qui rencontrera un immense succès. Puis ce sont les architectes, les peintres et les artisans qui se mettent à donner leur propre interprétation des modèles égyptiens qu’ils vont décliner et intégrer à leurs propres créations. Dans le domaine particulier du luminaire, de nombreux candélabres s’ornent de figures féminines hiératiques plus ou moins directement inspirées de la sculpture monumentale de l’Égypte des pharaons.

Les candélabres que nous proposons furent réalisés dans ce contexte particulier. Les figures qui jouent le rôle de supports s’inspirent des figures des temples égyptiens et sont caractéristiques d’une mode faisant immédiatement suite au Retour d’Égypte : « l’Égyptomanie ». Parmi les modèles de candélabres réalisés dans le même esprit, nous pouvons citer notamment une paire conservée dans les collections du Musée Ostankino (illustrée dans I. Efremova et I. Petuhova, Lighting devices, Collection of the Museum estate Ostankino, Moscou, 2005, p.342, fig.283) ; et particulièrement un modèle de candélabres attribuable au bronzier Thomire ornée de figures égyptiennes et de bouquets à personnages adossés dont une paire est exposée au Grand Trianon, dans les jardins du château de Versailles (voir P. Arizzoli-Clémentel et J-P. Samoyault, Le mobilier de Versailles, Chefs-d’œuvre du XIXe siècle, Editions Faton, Dijon, 2009, p.266, catalogue n°94)

, tandis qu’une seconde appartient aux collections du château de Ludwigsbourg (reproduite dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Munich, 1986, p.392, fig.5.17.8).

Pierre-Philippe Thomire (1751 - 1843)

Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.