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Vaillant  -  Coteau  -  Daguerre
Jacques-François Vaillant (?-1786)
Joseph Coteau (1740-1801)
Dominique Daguerre

Rare pendule à vase « à étoiles » en porcelaine de Sèvres et bronze finement ciselé et doré à l’or mat et à l’or bruni

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Le cadran émaillé signé par Joseph Coteau (1740-1801)

Certainement réalisée sous la direction de Dominique Daguerre

Paris, époque Louis XVI, vers 1780-1785

Hauteur55.5 Largeur33 Profondeur13

Le cadran circulaire émaillé blanc, rehaussé de cartouches polychromes peints à décor des signes du zodiaque, est signé « Vaillant » ; il indique les heures en chiffres romains, les minutes par tranches de dix en chiffres arabes, les quantièmes du mois et le calendrier annuel, par quatre aiguilles, dont deux repercées en bronze doré et deux en acier poli ; le mouvement est renfermé dans une borne à guirlandes en chutes retenues par des pastilles, guirlandes d’olivier enrubannées et médaillons à étoiles se détachant sur des motifs rayonnants ; cette borne est soulignée dans sa partie basse par une frise feuillagée et est surmontée d’un entablement à frise de canaux retenu par deux amours ailés légèrement drapés. La terrasse supérieure, à fond partiellement amati, est ornée de deux bouquets fleuris et feuillagés posés sur les côtés d’un cercle renfermant le pied d’un superbe vase en porcelaine de Sèvres à fond vert rehaussé de motifs blancs et dorés à décor d’un tore de laurier enrubanné, frise géométrique à losanges centrés de rosaces et couvercle à médaillons partiellement ajourés centrés d’étoiles sur des fonds rayonnants ; le culot est à larges feuilles et le piédouche à cannelures ; le couvercle se termine par une graine et les anses sont formées de bustes de femme soulignés d’enroulements, le tout en bronze finement ciselé et doré. L’ensemble repose sur une base contournée à doucine richement agrémentée de courses de guirlandes fleuries enrubannées retenues par des pastilles ; enfin, six pieds également finement ciselés de feuillages supportent l’horloge.

Associant porcelaine de la Manufacture royale de Sèvres et figures d’enfants en bronze doré, cette pendule peut être considérée comme l’une des pièces les plus luxueuses de la grande horlogerie parisienne du dernier quart du XVIIIe siècle. Parmi les rares horloges connues de la même période réalisées dans le même esprit, citons particulièrement : un premier modèle, faisant partie d’une garniture, qui est exposé au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (illustré dans A. Kuchumov, Pavlovsk, Palace & Park, Aurora Art Publishers, Leningrad, 1975, p.104) ; ainsi qu’un deuxième, la base en bronze doré signée « Osmond », qui provient des collections du baron Edmond de Rothschild et est conservé au Musée du Louvre à Paris (paru dans D. Alcouffe, A. Dion-Tenenbaum et G. Mabille, Les bronzes d’ameublement du Louvre, Editions Faton, Dijon, 2004, p.132-133, catalogue n°61) ; enfin, un dernier, provenant de la collection du prince Anatole Demidoff à Florence, est reproduit dans P. Hughes, The Wallace Collection, Catalogue of Furniture, I, Londres, 1996, p.513.

Relevons surtout que l’horloge que nous proposons décline un modèle nettement moins abouti réalisé entièrement en bronze doré et, donc, dépourvu de vase en porcelaine de Sèvres ; de ce type particulier, nous pouvons mentionner : un premier exemplaire, en bronze doré et marbre blanc, qui provient des anciennes collections impériales russes (voir P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age à nos jours, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.240) ; ainsi qu’un second, le cadran signé « Guydamour à Paris », qui est conservé à la Frick Collection à New York (reproduit dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Band I, Munich, 1986, p.280, fig.4.13.2). Cette spécificité du modèle présenté est certainement révélatrice de l’intervention du marchand-mercier Dominique Daguerre qui possédait le quasi-monopole des commandes à la Manufacture royale de Sèvres et faisait travailler à cette époque les trois meilleurs bronziers et ciseleurs-doreurs parisiens : Pierre-Philippe Thomire, François Rémond et Pierre Gouthière, dont l’un est vraisemblablement l’auteur de la caisse en bronze qui renferme le mouvement de l’horloger Jacques-François Vaillant et dont le cadran a été émaillé par Joseph Coteau, le plus célèbre émailleur du temps.

Jacques-François Vaillant (? - 1786)

Jacques-François Vaillant figure parmi les plus importants horlogers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Après son accession à la maîtrise, le 7 septembre 1750, il installe son atelier Quai des Augustins, au coin de la rue de Hurepoix, et connaît rapidement une grande notoriété auprès des grands amateurs parisiens d’horlogerie de luxe. Dans les premières années du XIXe siècle, certaines de ses pendules sont mentionnées dans les inventaires après décès de Charles-Marie-Philippe Huchet de la Bédoyère, Charles Jean-François Malon de Bercy, Charles-Eugène de Montesquiou-Fezensac et Jérôme-Joseph-Marie-Honoré Grimaldi prince de Monaco.



Joseph Coteau (1740 - 1801)

Joseph Coteau est le plus célèbre émailleur de son temps et collabora avec la plupart des grands horlogers parisiens de l’époque. Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l’Académie de Saint Luc en 1766 ; puis il vint s’installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu’à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée. Coteau laissa notamment son nom à une technique précieuse d’émaux en relief qu’il mit au point avec Parpette destinée au décor de certaines pièces de porcelaine de Sèvres et qu’il utilisa par la suite pour le décor des cadrans des pendules les plus précieuses ; décorés de ce décor si caractéristique, mentionnons notamment : une écuelle couverte et son plateau qui appartiennent aux collections du Musée national de la Céramique à Sèvres (Inv. SCC2011-4-2) ; ainsi qu’une paire de vases dits « cannelés à guirlandes » conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans le catalogue de l’exposition Un défi au goût, 50 ans de création à la manufacture royale de Sèvres (1740-1793), Musée du Louvre, Paris, 1997, p.108, catalogue n°61) ; et une aiguière et sa cuvette dites « de la toilette de la comtesse du Nord » exposées au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (reproduites dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.207, fig.250). Enfin, soulignons, qu’une pendule lyre de l’horloger Courieult en porcelaine bleue de Sèvres, le cadran signé « Coteau » et daté « 1785 », est conservée au Musée national du château de Versailles ; elle semble correspondre à l’exemplaire inventorié en 1787 dans les appartements de Louis XVI au château de Versailles (illustrée dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’Horlogerie ancienne, automne 1993, n°68, p.32C).



Dominique Daguerre

Dominique Daguerre est le plus important marchand-mercier, comprenez marchand d’objets de luxe, du dernier quart du XVIIIe siècle. Ses débuts de carrière restent relativement méconnus et l’on peut considérer qu’il démarre véritablement son activité à partir de 1772, année de son association avec Philippe-Simon Poirier (1720-1785), autre marchand-mercier célèbre et inventeur des pièces d’ébénisterie agrémentées de plaques de porcelaine de la Manufacture royale de Sèvres. Lorsque Poirier se retire des affaires, vers 1777-1778, Daguerre prend la direction du magasin rue du Faubourg Saint-Honoré et garde la raison sociale « La Couronne d’Or ». Conservant la clientèle de son prédécesseur, il développe considérablement l’activité en quelques années et joue un rôle de premier plan dans le renouveau des arts décoratifs parisiens de l’époque en faisant travailler les meilleurs ébénistes du temps, particulièrement Adam Weisweiler, Martin Carlin et Claude-Charles Saunier, le menuisier du Garde-Meuble de la Couronne, Georges Jacob, les bronziers ou ciseleurs-doreurs Pierre-Philippe Thomire et François Rémond et les horlogers Renacle-Nicolas Sotiau et Robert Robin. Ayant porté le luxe « à la française » à son summum, Daguerre, visionnaire et homme d’affaires hors du commun, s’installe en Angleterre vers le début des années 1780 et s’associe avec Martin-Eloi Lignereux, qui reste en charge du magasin parisien. A Londres, patronné par le prince Régent, futur roi George IV, Daguerre participe activement à l’aménagement et à la décoration de Carlton House et du Pavillon de Brighton, en faisant fonctionner à merveille son réseau d’artisans parisiens important de Paris la plupart des meubles, sièges, cheminées, bronzes d’ameublement et objets d’art et facturant, uniquement pour l’année 1787, plus de 14500£ de fournitures. Impressionnés par le talent du marchand, quelques grands aristocrates anglais font également appel à ses services, particulièrement le Comte Spencer pour Althorp où Daguerre collabore avec l’architecte Henry Holland (1745-1806). A Paris, il continue, par l’intermédiaire de son associé Lignereux, à travailler pour les grands amateurs et livre de superbes pièces d’ébénisterie au Garde-Meuble de la Couronne. Probablement très affecté par les troubles révolutionnaires et la disparition de nombreux de ses clients les plus importants, il se retire définitivement des affaires en 1793.