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Vion  -  Montjoye
François Vion (vers 1737-après 1790)
Louis Montjoye (1729-vers 1815)

Exceptionnelle pendule de cheminée aux Cercles Tournants en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat et à l’or bruni

 

« Le Temps qui passe entre l’Amour et les Grâces»

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Platine signée « L. Montjoye à Paris » par l’horloger Louis Montjoye

Caisse attribuée avec certitude au bronzier François Vion

Probablement réalisée sous la supervision du grand Marchand-Mercier Simon-Philippe Poirier (1720-1785)

 

Paris, époque Transition Louis XV-Louis XVI, vers 1770-1775

Hauteur53 cm Largeur20 cm Profondeur20 cm

BIBLIOGRAPHIE : Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.289, fig. B.

 

 

Les cadrans tournants, formés de deux anneaux superposés à motifs stylisés dans des médaillons ovalisés ou à doubles losanges centrés de quartefeuilles (trèfles à quatre-feuilles), sont rythmés de cartouches émaillés blancs rectangulaires ou carrés marqués des chiffres des heures en chiffres romains et de ceux des minutes en chiffres arabes. Ce type de pendule est appelé cercles tournants car les deux anneaux superposés tournent au fil du temps. Une partie du mouvement est logée dans une urne à couvercle à anses détachées soulignées de frises de canaux ; elle est agrémentée de fines guirlandes feuillagées et surmontée de l’Amour ou Cupidon ailé. Le Cupidon assis tient un arc dans sa main gauche et une flèche dans sa main droite, qu’il utilise pour indiquer les minutes. Les heures sont indiquées par un pétale de fleur de lys, symbole royal. La panse du vase est soutenue par trois superbes figures féminines aux cheveux relevés, tenant des guirlandes de roses, qui sont enveloppées dans des draperies antiques suspendues au vase. Ces femmes symbolisent les Trois Grâces, filles de Zeus dans la mythologie grecque. Elles sont associées à la beauté, à la grâce et à la nature. Elles se tiennent sur un socle architectural sculpté soutenu par quatre consoles, décorées de branches et de volutes, et comportant des branches d’olivier et des rectangles à sommets inclinés séparés par des rosettes et centrés par des rosettes tournantes. La base de forme similaire est décorée d’un torus de laurier. La partie principale du mouvement peut être révélée par deux petites portes. Derrière l’une d’elles se trouvent les trous de remontage. Derrière l’autre, la cloche cache la plaque arrière du mouvement gravée « L. Montjoye à Paris ».

Le modèle de pendule « Les Trois Grâces » a été conçu par le maître bronzier François Vion. Son dessin préparatoire ou commercial s’inspire d’un monument réalisé à la Renaissance par Germain Pilon, destiné à accueillir le cœur du roi Henri II dans l’urne tenue par les Trois Grâces. Le croquis figure dans un album de pièces horlogères conservé à l’Institut national d’histoire de l’art de Paris (inv. NUM MS 707 à l’INHA, anciennement Bibliothèque Jacques Doucet. Illustré dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.179, fig.3.7.4).

Appelé « Pièce de bureau », le modèle correspond en tous points à l’exemplaire qui fut livré le 4 octobre 1769 par le marchand-mercier Simon-Philippe Poirier pour la comtesse Du Barry au Château de Versailles, la dorure avait alors été confiée à François-Thomas Germain (1726-1791). Moins d’une vingtaine d’années plus tard, en avril 1787, un second exemplaire fut décrit dans la vente après décès de Nicolas Beaujon, ancien banquier de la Cour et Conseiller d’état : « 415 : Une pendule, mouvement de Lepaute à Paris, présentant un globe en bronze en couleur antique, indiquant les heures marquées par un amour tenant une flèche, et porté par les trois grâces, le tout sur piédestal à consoles en volutes et avant-corps à rosace en bronze doré. Hauteur 19 pouces ».

Longtemps, l’exemplaire « Du Barry » fut considéré être celui conservé au Château de Fontainebleau ; mais, depuis plusieurs décennies, il apparaît que la pendule commandée par la comtesse en 1769 pourrait correspondre à l’une des rares pendules répertoriées de modèle identique, parmi lesquelles nous pouvons notamment citer un exemplaire, également signé « Lepaute à Paris », qui a fait successivement partie des collections de la comtesse de Crisenoy de Lyonne, puis de celle de Monsieur et Madame Djahanguir Riahi (vente Christie’s, New York, le 2 novembre 2000, lot 2). Mais, surtout, relevons que les quelques rares autres pendules identiques connues appartiennent quasiment toutes à de grandes collections publiques internationales. Ainsi, une première, provenant de l’ameublement du général Moreau rue d’Anjou, est exposée au Musée national du Château de Fontainebleau (parue dans le catalogue de l’exposition Dans les rêves de Napoléon, La première chambre de l’Empereur à Fontainebleau, Château de Fontainebleau, 15 octobre 2016-23 janvier 2017, p.71, catalogue n°16) ; une deuxième appartient aux collections du Royal Ontario Museum à Toronto (illustrée dans French Clocks in North American Collections, The Frick Collection, 1982-1983, p.80-81) ; une troisième figure dans la Huntington Collection à San Marino en Californie (reproduite dans French Art of the Eighteenth Century at The Huntington, 2008, p.144, catalogue n°43) ; une quatrième est conservée au Metropolitan Museum of Art à New York (Rogers Fund 1941/Inv.41.41)

; une cinquième pendule, également signée Lepaute et Vion, appartient aux collections du Musée du Louvre à Paris (voir Christian Baulez dans le catalogue de l’exposition Pierre Gouthière, ciseleur-doreur du roi, The Frick Collection,  New York, 2016, p.33, fig.5)

; enfin, mentionnons un dernier modèle qui a la particularité d’être réalisé en porcelaine polychrome de la Manufacture royale de Sèvres et est conservé au Musée d’Art et d’Histoire de Genève (voir Tardy, La pendule française, 2ème Partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.291, fig.1).

François Vion (vers 1737 - après 1790)

L’un des plus importants bronziers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle, il est reçu maître fondeur en 1764. Confrère et concurrent des Osmond et de Jean-Joseph de Saint-Germain, il se spécialisa dans la création de caisses de pendules dont plusieurs modèles portent sa signature, particulièrement les exemplaires dits « Vénus et l’Amour » et « L’Amour et les trois Grâces ».



Louis Montjoye (1729 - vers 1815)

Cette signature correspond à Louis Montjoye, l’un des meilleurs horlogers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Après son accession à la maîtrise, en août 1748, il installe son atelier rue Dauphine et connaît immédiatement une grande notoriété auprès des amateurs de belle horlogerie parisienne. Il travaille notamment pour les grands marchands de l’époque, notamment Dominique Daguerre, et collabore avec les artisans les plus talentueux pour la création des caisses de ses pendules, particulièrement avec Charles Cressent, Jean-Joseph de Saint-Germain, François Rémond et les Osmond. Au XVIIIe siècle, certaines de ses réalisations figuraient dans les collections de la duchesse de Mazarin, du duc de Richelieu et du comte de Vaudreuil ; enfin, à la Révolution, l’une de ses pendules est inventoriée à Montreuil chez Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI.