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Thématiques : Planétaire

  • Raingo
    Zacharie Raingo (actif vers 1805-1830)

    Exceptionnelle pendule-planétaire à musique à quatre colonnes « en rotonde » en placage de loupe d’amboine ou ronce d’acajou et bronze très finement ciselé, moleté et doré

    Pendule415-06_HD_WEB

    Paris, époque Restauration, vers 1820

    Hauteur74 Diamètre27

    Le cadran circulaire émaillé blanc indique les heures en chiffres romains, les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes, ainsi que les secondes, par trois aiguilles. Il dissimule le mouvement, auquel est fixé un balancier bimétallique à lentille centrée d’un mascaron masculin, qui s’inscrit dans une caisse néoclassique en forme de temple en rotonde « à l’antique » en placage de loupe d’amboine ou de ronce d’acajou et bronze très finement ciselé, moleté et doré. Quatre colonnes, supportées par des bases carrées à entablements à frises fleurdelisées et sommées de chapiteaux à fines cannelures torses foncées de perles, reposent sur une base circulaire posée sur un contre-socle agrémenté d’une frise de palmettes stylisées et reposant sur une plinthe quadrangulaire, renfermant une boîte à musique à cylindre à vingt-cinq peignes, qui porte une plaque en métal doré, signée « Raingo à Paris », proposant les réglages et le remontage de ladite boîte à musique ; ces colonnes supportent une plate-forme annulaire, dont l’entablement est ceinturé de frises de canaux ou de fleurettes, surmontée du planétaire dit « tellurium ». Ce dernier tourne autour du soleil en 365 jours et peut être désengrené manuellement pour les démonstrations didactiques ou pour le réglage de la date grâce à une manivelle latérale avec pommeau en ivoire tournée ; il indique sur un grand anneau en métal argenté, disposé à l’intérieur de la platine annulaire, un calendrier zodiacal avec les quantièmes annuels et les douze mois de l’année avec leurs signes du zodiaque traités en bas-relief en applique ; au centre de l’axe du planétaire est placé le soleil en bronze doré flanqué d’un cadran en métal argenté qui indique l’âge de la lune de 1 à 29 ½ et ses différentes phases, et supporte la Lune en ivoire, partiellement laquée noir, placée en satellite de la Terre traitée en mappemonde inclinée surmontée d’un cadran en métal à double numérotation en chiffres romains de I à XII permettant de connaître l’heure qu’il est dans les différentes parties du Monde. L’horloge est présentée sous un globe de verre.

    Cette exceptionnelle pendule à planétaire peut être considérée comme le parfait aboutissement technique et esthétique de ce type d’horloges à complications, dont l’un des premiers modèles fut créé dans les toutes premières années du XVIIIe siècle par l’Anglais John Rowley pour le comte d’Orrery (voir le catalogue de l’exposition Sphères, L’art des mécaniques célestes, Paris, 2002, p.238-239). Au début du XIXe siècle, certains horlogers français célèbres s’essayèrent à la création de ce type de pièces exceptionnelles, citons Antide Janvier qui réalisa notamment un premier exemplaire qui appartient de nos jours au Musée du Temps de Besançon (illustré dans M. Hayard, Antide Janvier 1751-1835, Horloger des étoiles, 1995, p.209) et un deuxième qui est reproduit dans G. et A. Wannenes, Les plus belles pendules françaises, De Louis XIV à l’Empire, Editions Polistampa, Florence, 2013, p.378-379, et mentionnons également la Maison « Leroy et Fils » qui collabora sur une horloge parue dans P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Munich, 1988, p.70, fig.122.

    Toutefois, relevons que les modèles les plus élaborés et les plus recherchés par les amateurs européens, pour l’élégance des caisses et pour la perfection des mouvements et des mécanismes, étaient ceux créés par l’horloger-mécanicien Zacharie-Joseph Raingo dans les premières décennies du XIXe siècle. Dès 1810, Raingo avait déposé un brevet, annexé d’un dessin, pour un modèle en bronze doré qui semble correspondre à celui commandé par Paul Arconati, baron de Gaesbeek, pour être offert au sultan de Turquie ; pendule jamais livrée qui demeura dans la famille Gaesbeek jusqu’à son acquisition par le Musée du Cinquantenaire de Bruxelles (illustrée dans A-M. Berryer et L. Dresse de Lébioles, La mesure du temps à travers les âges aux Musées royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, 1974, p.92). Enfin, citons quelques rares autres modèles de Raingo de composition similaire à celui que nous proposons, la plupart inscrits dans des rotondes à colonnes en placage d’acajou ou de loupe : un premier est illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p.376 ; un deuxième, entièrement en bronze ciselé et doré, appartient aux collections royales espagnoles (reproduit dans J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.144, catalogue n°122) ; trois modèles sont parus dans Tardy, La pendule française, 2ème partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.418 ; enfin, mentionnons qu’une dernière pendule de ce type, quasiment identique à celle que nous proposons, fait partie des collections royales anglaises (voir C. Jagger, Royal Clocks, The British Monarchy & its Timekeepers 1300-1900, Londres, 1983, p.168, fig.229).

    Pour terminer, relevons particulièrement qu’une pendule de ce type fut longuement décrite au moment de son passage aux enchères en mai 1830 lors de la dispersion de la collection de Monsieur Maneffe de Bruxelles : « Pendule scientifique. De l’invention et exécution de M. Raingo, horloger, natif de Mons. Approuvée par les membres de l’Institut et du Conservatoire, ainsi que par les rapports honorables du ministre de l’intérieur de France. A cette pendule est annexée une sphère propre par sa rotation à démontrer les éléments de la cosmographie et géographie. Elle est d’une forme nouvelle et agréable, sur 13 pouces de diamètre et 25 de hauteur. Les effets sont obtenus par des moyens simples et d’une invention à ne pouvoir désirer rien de plus parfait en ce genre. Son utilité est indispensable pour la démonstration de la vérité du système de Copernic, et des révolutions qui ne laissent aucun doute sur les phénomènes de la nature, représentés avec la plus grande précision. 1e elle rend le mouvement annuel et journalier de la terre autour du soleil dans son inclinaison parfaite de l’écliptique. 2e La terre en parcourant l’écliptique forme son mouvement elliptique, en se rapprochant et s’éloignant du soleil, selon les saisons, et indique, dans la proportion la plus exacte, la marche constante de la nature. 3e La terre, par son mouvement varié, trace la marche du temps, occasionnée par les mêmes causes que nous offre la nature, et sert à différentes observations sur le globe. 4e Les cercles se meuvent autour du globe sur tous les sens, et nous donnent la croissance et décroissance des jours, selon les saisons, pour tous les pays du monde. 5e Des indicateurs mobiles désignent l’heure du lever et coucher du soleil de chaque jour, et pour tous les pays ; son élévation, sa déclinaison, quels cercles il décrit. Ces indicateurs offrent encore les quatre saisons au moment des équinoxes des solstices. 6e Un cadran mobile qui se trouve au-dessus de la terre, nous fait connaître à volonté l’heure de tel ou tel pays, ainsi que les heures des jours et des nuits. 7e Le mouvement journalier et annuel de la lune autour de la terre, avec ses phases. 8e La lune forme son mouvement écliptique qui donne son apogée, son périgée et la variété des jours lunaires d’après ses effets progressifs. 9e Un indicateur montre l’heure du lever et coucher de cette planète dans tous les pays du monde. 10e La marche des jours lunaires est indiquée par la rotation même de la lune. 11e La sphère, en parcourant l’écliptique, marque les jours des mois, leur nom, les degrés et signes du zodiaque. 12e La marche des années communes et bisextiles, indique, par son propre mouvement, l’époque à laquelle il faut remonter le rouage de la sphère, ce qui n’arrive que tous les quatre ans. La sphère se sépare de la pendule pour en démontrer les effets, par le moyen de la manivelle d’un rouage particulier que l’on accélère à volonté. A cette pendule est adapté un concert mécanique de flûte, jouant à toutes les heures à volonté. Cette découverte a coûté à l’inventeur sept années de travail pour parvenir à son entière perfection ».

    Zacharie Raingo (actif vers 1805 - 1830)

    La vie de Zacharie Raingo est relativement peu connue ; son activité s’étend de 1805 à 1830 environ. Né à Mons en Belgique, cet horloger travaillait à Tournai en 1806, à Gand vers 1810, puis peu de temps après, il s’installa à Paris et reçut le titre d’Horloger-Mécanicien de SAS le duc de Chartres, puis celui d’Horloger-Mécanicien de la Couronne en 1824. Mais, surtout Raingo devint en l’espace de quelques années l’horloger de précision le plus célèbre des époques Empire et Restauration. Ainsi, relevons qu’une pendule de l’horloger était brièvement décrite en 1834 lors de la dispersion aux enchères de la collection du banquier Jacques Laffitte : « Une pendule sur colonnes en acajou, ornée de cuivres dorés, mouvement mécanique de M. Raingo. »



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