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Thématiques : Cercles Tournants

  • Galle
    Claude Galle (1759-1815)

    Importante pendule de cheminée dite « vase aux femmes ailées » en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat et marbre vert de mer

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    Attribuée à Claude Galle

    Paris, époque Empire, vers 1805

    Hauteur60.5 cm Largeur34 cm

    Les cadrans tournants indiquent les heures en chiffres romains et les minutes en chiffres arabes ; il s’inscrit dans un vase entièrement réalisé en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat : l’amortissement est orné d’un groupe représentant un aigle aux ailes déployées attrapant un serpent dans ses serres ; les anses sont formées de superbes figures féminines ailées tenant des urnes enflammées soulignées de godrons et dont les corps se terminent en feuilles de refend ; l’ensemble du vase est richement décoré de feuilles de pampres, de cygnes affrontés s’abreuvant à une coupe, de médaillons centrés de groupes figurant des enfants musiciens, l’un d’eux tenant une partition, et surmontés d’un mufle de lion enserrant des serpents dans un environnement à décor de griffons contrariés, de palmettes, de putti dansant tenant un drapé terminé par une guirlande fleurie et feuillagée sur laquelle est perché un volatile. Le culot est orné d’un bouquet alterné de larges feuilles et palmettes stylisées. Le piédouche évasé est rythmé d’une bague godronnée et d’un tore de feuilles et graines de laurier. Le tout repose sur une base quadrangulaire à ressaut ceinturée d’un cavet en marbre vert de mer.

    Plus ou moins directement inspirée des modèles néoclassiques réalisés dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la composition de cette pendule-vase figure parmi les créations horlogères parisiennes les plus élaborées de la période napoléonienne et fut notamment déclinée en vase ornemental à la même période ; voir une paire de vases de ce type qui est parue dans A. Kuchumov, Pavlovsk, Palace & Park, Leningrad, 1975, p.52-53.

    Parmi les rares exemplaires similaires répertoriés, citons notamment : une première horloge, le cadran signé « Thonissen à Paris », qui appartient aux collections du Württembergisches Landesmuseum à Stuttgart (illustrée dans R. Mühe et H. Vogel, Horloges anciennes, Fribourg, 1978, p.116, fig.154) ; ainsi qu’une deuxième, provenant de la collection de l’Impératrice Eugénie, qui se trouvait anciennement dans la collection Perez de Olaguer-Feliu à Barcelone (reproduite dans Luis Monreal y Tejada, Relojes antiguos (1500-1850), Coleccion F. Perez de Olaguer-Feliu, Barcelone, 1955, planche 71, catalogue n°90) ; une troisième fait partie des collections royales espagnoles (parue dans J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.207, n°189) ; enfin, mentionnons deux pendules de ce type, l’une à cadran circulaire, l’autre à cadrans tournants, qui sont conservées au Musée François Duesberg à Mons (voir Musée François Duesberg, Arts décoratifs 1775-1825, Bruxelles, 2004, p.32-33).

    Claude Galle (1759 - 1815)

    L’un des plus éminents bronziers et fondeurs-ciseleurs de la fin de l’époque Louis XVI et l’Empire, Claude Galle est né à Villepreux près de Versailles. Il fait son apprentissage sous le fondeur Pierre Foy, épousant en 1784 la fille de Foy. En 1786 il devient maître fondeur. A la mort de son beau-père en 1788, Galle prend la direction de l’atelier, qui devient l’un des plus importants de Paris, employant, au plus haut de son activité, près de 400 artisans. Galle déplace l’atelier d’abord Quai de la Monnaie (plus tard Quai de l’Unité), puis, en 1805, 60 Rue Vivienne.

    Le garde-meuble de la couronne, sous la direction de sculpteur Jean Hauré de 1786-88, lui fait l’honneur de plusieurs commandes. Galle travailla avec beaucoup d’artisans remarquables, tels Pierre-Philippe Thomire ; il fournit la majorité des bronzes d’ameublement au Château de Fontainebleau pendant l’Empire. Il reçut de nombreuses commandes impériales, pour des lumières, boîtes de pendule, et vases pour les palais de Saint-Cloud, les Trianons, les Tuileries, Compiègne, et Rambouillet. Il fournit les palais italiens de Monte Cavallo à Rome et Stupinigi près de Turin.



    Lepaute  -  Osmond
    Jean-André et Jean-Baptiste Lepaute
    Robert Osmond (1711-1789)

    Rare pendule-vase néoclassique en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou l’or bruni

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    Mouvement signé par Jean-Baptiste Lepaute

    Dans une caisse attribuée à Robert Osmond

    Paris, époque Transition Louis XV-Louis XVI, vers 1770

    Hauteur46,5 cm Largeur19 cm ProfondeurBase 19,8 cm x 19,8 cm

    Elle indique, sur des cartouches émaillés, les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes sur deux cadrans tournants superposés rythmés de motifs en losanges centrés de quartefeuilles. Le mouvement est renfermé dans une caisse néoclassique sous la forme d’un vase balustre entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni. L’amortissement est formé d’une pomme de pin autour de laquelle s’enroule la queue d’un serpent dont la tête se termine en dard servant de marqueur horaire. Les anses détachées « à la grecque » se rattachent aux prises latérales en mufles de lion tenant des anneaux mobiles dans leurs gueules. La panse moulurée est encadrée d’une frise d’entrelacs dans sa partie haute et de larges feuilles d’eau en bouquet ceinturant le culot dans sa partie basse ; le piédouche évasé est souligné d’une bague et d’un tore de lauriers enrubannés. L’ensemble repose sur une plinthe carrée, proposant l’ajustement de l’avance/retard, décorée de larges guirlandes de lauriers retenues par des rubans noués et supportée par un tronçon de colonne à cannelures foncées d’asperges, l’une dissimulant le trou de remontage ; la base en cavet est encadrée de joncs noués et tore de lauriers ; enfin, un contre-socle quadrangulaire, à terrasse à angles en réserves amaties et portant la signature « Lepaute », supporte l’ensemble de la composition.

    Le modèle des pendules en forme de vase « à l’antique » fut créé à Paris dans les premières années de la seconde moitié du XVIIIe siècle et connut immédiatement un immense succès auprès des grands amateurs du temps. Il permettait d’intégrer à l’œuvre un cadran à cercles tournants particulièrement élégant qui rompait avec la tradition des cadrans circulaires émaillés, jugés par certains collectionneurs trop classiques. De nos jours, de nombreux modèles de pendules de ce type sont connus, mais seuls quelques-uns offrent un dessin parfaitement harmonieux et équilibré tel l’exemplaire présenté. Ainsi, pour des exemples de pendules-vases réalisées dans le même goût que celle que nous proposons, voir notamment : un premier modèle, en forme de vase sur colonne tronquée, réalisé par le fondeur Robert Osmond et l’horloger Lepaute en 1770, qui est illustré dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Band I, Editions Klinkhardt & Biermann, Munich, 1986, p. 194 ; ainsi qu’un deuxième qui fait partie des collections du Musée des Arts Décoratifs à Paris (voir P. Jullian, Le style Louis XVI, Editions Baschet et Cie, Paris, 1983, p.121, fig.4) ; enfin,  mentionnons particulièrement une dernière pendule de ce type qui est conservée au Musée du Petit Palais à Paris parue dans Tardy, La pendule française, Des origines à nos jours, 2ème partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1974, p. 289, fig.3.

    Jean-André et Jean-Baptiste Lepaute

    « Lepaute Horloger du Roi à Paris »: Cette signature correspond à la collaboration de deux frères, Jean-André Lepaute (1720-1789) et Jean-Baptiste Lepaute (1727-1802), tous deux nommés horlogers du Roi et qui connurent une carrière hors du commun.

    Jean-André, né à Thonne-la-Long en Lorraine, vint à Paris en tant que jeune homme et fut rejoint par son frère en 1747. Leur entreprise, créée de fait en 1750, fut formellement fondée en 1758. Reçu maître par la corporation des horlogers en 1759, Jean-André fut d’abord logé au Palais du Luxembourg and ensuite, en 1756, aux Galeries du Louvre. Jean-André Lepaute a écrit un Traité d’Horlogerie, publié à Paris in 1755. Un petit volume, Description de plusieurs ouvrages d’horlogerie apparut en 1764. En 1748 il épousa la mathématicienne et l’astronome Nicole-Reine Etable de la Brière, qui prédit, entre autres, le retour de la comète Halley.

    Jean-Baptiste Lepaute, reçu maître en décember 1776, fut connu pour l’horloge à équation du temps qu’il construisit pour l’Hôtel de ville de Paris (1780, détruite par l’incendie de 1871) et celle de l’Hôtel des Invalides.

    Ils travaillèrent notamment, en France, pour le Garde-Meuble de la Couronne et les plus grands amateurs de l’époque, à l’étranger, pour le prince Charles de Lorraine et la reine Louise-Ulrique de Suède.

    Jean-Baptiste reprit la direction de l’atelier lors de la retraite de son frère Jean-André en 1775.



    Robert Osmond (1711 - 1789)

    Le bronzier Robert Osmond nait à Canisy, près de Saint-Lô ; il fait son apprentissage dans l’atelier de Louis Regnard, maître fondeur en terre et en sable, devenant maître bronzier à Paris en 1746. On le trouve d’abord rue des Canettes, paroisse St Sulpice, et dès 1761, dans la rue de Mâcon. Robert Osmond devient juré de sa corporation, s’assurant ainsi une certaine protection de ses droits de créateur. En 1753 son neveu quitte la Normandie pour le rejoindre, et en 1761, l’atelier déménage dans la rue de Macon. Le neveu, Jean-Baptiste Osmond (1742-après 1790) est reçu maître en 1764 ; après cette date, il travaille avec son oncle ; leur collaboration fut si étroite qu’il est difficile de distinguer entre les contributions de l’un et de l’autre. Robert Osmond prend sa retraite vers 1775. Jean-Baptiste, qui continue de diriger l’atelier après le départ de son oncle, connaît bientôt des difficultés ; il fait faillite en 1784. Son oncle Robert meurt en 1789.

    Bronziers et ciseleurs prolifiques, les Osmond pratiquaient les styles Louis XV et néoclassiques avec un égal bonheur. Leurs œuvres, appréciées à leur juste valeur par les connaisseurs de l’époque, furent commercialisées par des horlogers et des marchands-merciers. Bien qu’ils aient produit toutes sortes de bronzes d’ameublement, y compris des chenets, des appliques et des encriers, aujourd’hui ils sont surtout connus pour leurs caisses de pendules, comme par exemple celle qui représente le Rapt d’Europe (Musée Getty, Malibu, CA,) dans le style Louis XV, et deux importantes pendules néoclassiques, dont il existe plusieurs modèles, ainsi qu’un vase à tête de lion (Musée Condé de Chantilly et le Cleveland Museum of Art) et un cartel avec rubans ciselés (exemples dans le Stockholm Nationalmuseum et le Musée Nissim de Camondo de Paris). Une pendule remarquable, ornée d’un globe, des amours, et d’une plaque en porcelaine de Sèvres (Louvre, Paris) compte également parmi leurs œuvres importantes.

    D’abord voués au style rocaille, au début des années 1760 ils ont adopté le nouveau style néoclassique, dont ils devinrent bientôt les maîtres. Ils fournirent des boîtes aux meilleurs horlogers de l’époque, y compris Montjoye, pour lequel ils créèrent des boîtes de pendules de cartonnier et de pendules colonne ; la colonne étant l’un des motifs de prédilection de l’atelier Osmond.



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    Moinet  -  Thomire
    Louis Moinet ou Moynet (1768-1853)
    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)

    Exceptionnelle garniture de cheminée en bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre noir

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    Le mouvement signé « Moinet l’aîné »

    Les bronzes attribués à Pierre-Philippe Thomire

    Paris, époque Empire, vers 1810

    Pendule :
    Hauteur71 cm Largeur29 cm DiamètreBase 25,3 x 25,3 cm
    Vases :
    Hauteur54 cm Largeur23,5 cm DiamètreBase 18 x 18 cm

    Provenance :

    Vente à Paris, Palais Galliera, Maîtres Laurin-Guilloux-Buffetaud, le 21 juin 1974, lot 59.

     

    Entièrement réalisée en bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat ou l’or bruni et marbre noir, cette garniture est composée d’un vase central formant pendule et de deux vases latéraux à panses ovoïdes. La pendule présente un guichet en médaillon dans une couronne fleurie indiquant sur deux cadrans tournants en métal argenté les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes ; le mouvement est signé « Moinet l’aîné ». La lèvre est ceinturée d’une frise de feuilles nervurées ; le col est à motifs en applique de fleurons et rinceaux encadrés d’oiseaux affrontés becquetant des graines ; la panse, à bagues unie ou en joncs, est agrémentée de médaillons à rosaces flanqués de fleurons et rinceaux et d’une superbe frise « à l’antique » représentant des bacchantes dansant ; le culot à larges feuilles alternées de tigettes à fleurettes ; le piédouche évasé à rang de feuilles d’eau stylisées. Les anses détachées, à réserves à guirlandes fleuries et feuillagées, sont rattachées à la panse par des têtes féminines émergeant de palmettes et au col par des médaillons centrés de profils néoclassiques. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire à motifs de thyrses autour desquels s’enroulent des pampres de vigne et des serpents encadrant des corbeilles de vannerie chargées de fruits ; la partie basse en doucine est ornée de feuilles d’eau ; enfin, un contre-socle carré supporte l’horloge. Les deux vases latéraux au modèle de la pendule sont richement agrémentés de motifs en applique de palmettes, crosses, fleurons et torchères en arabesques flanquées de figures féminines agenouillées nouant des rubans ; les anses détachées légèrement sinueuses, soulignées de légers feuillages et à réserves à fond amati, se rattachent aux cols par des médaillons centrés de têtes féminines dans des couronnes. Les vases reposent sur des piédouches à larges feuilles d’eau nervurées, eux-mêmes supportés par des bases carrées en marbre noir posées sur des socles quadrangulaires ceinturés de doucines à frises de feuilles alternées de tigettes.

    Relativement proche de certaines réalisations du bronzier parisien Claude Galle, notamment d’un modèle de pendule-vase décliné par cet artisan vers 1810 et dont un exemplaire est conservé au Grand Trianon (voir H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Band I ; Munich, 1986, p.365, fig.5.12.12), tandis qu’un second est exposé au Musée de Capodimonte à Naples (illustré dans A. Gonzales-Palacios, Il Gusto dei Principi, Arte di corte del XVIIe e del XVIIIe secolo, Milan, 1993, p.74, fig.127), l’exceptionnelle garniture que nous proposons peut être rattachée sans équivoque à l’œuvre de Pierre-Philippe Thomire, le plus talentueux bronzier parisien des dernières années du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant.

    En effet, la composition originale de la pendule se retrouve à l’identique, avec toutefois une variante dans le traitement des anses, sur un type de pendule-vase dit « aux commères » créé par Thomire vers 1805-1810 et dont quelques rares modèles sont connus, citons notamment un premier exemplaire entièrement en bronze doré qui fait partie des collections royales espagnoles (reproduit dans J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987,  p.164, catalogue 142) ; ainsi qu’un second, associant bronze doré et patiné et signé « Louis Moinet », qui est exposé à la Fondation David Roche à Melbourne et fut commandé vers 1810 par Ernst-Auguste prince de Hanovre (paru dans J. Russel et R. Cohn, French Empire Mantel Clock, Editions Bookvika, 2012, p.8).

    Enfin, relevons qu’un modèle de vase identique à ceux qui encadrent la pendule proposée, avec toutefois également de légères variantes dans les bases, est illustré dans un catalogue entièrement dédié à l’œuvre de Pierre-Philippe Thomire conservée en Russie (voir A.N. Voronikhina, Dekorativnaia bronza Pera-Filippa Tomira (1751-1843), Leningrad, Musée de l’Hermitage, 1984).

    Louis Moinet ou Moynet (1768 - 1853)

    Est l’un des plus importants horlogers parisiens des premières décennies du XIXe siècle. Né à Bourges, Moinet se distingue très jeune par sa passion pour l’horlogerie et remporte de nombreux premiers prix lors de concours. Passionné également par la peinture et le dessin, il part en Italie pendant plusieurs années pour étudier l’Antiquité classique ; à son retour en France, il s’installe à Paris et est nommé professeur à l’Académie des Beaux-Arts au Louvre. Membre de plusieurs sociétés savantes et artistiques, il se lie d’amitié ou collabore avec quelques-uns des meilleurs artistes, artisans et scientifiques de l’époque. Sa passion pour l’horlogerie prend rapidement le dessus sur la peinture et Moinet se concentre exclusivement sur l’étude pratique et théorique de l’horlogerie, inventant notamment le premier chronographe en 1816, alors que dix ans plus tôt il concevait une horloge-automate pour l’Empereur sur laquelle Napoléon et Joséphine sont couronnés lorsque la boîte à musique est actionnée. Il réalise également des œuvres pour le Prince Murat et le Maréchal Ney, puis sa notoriété dépasse les frontières de la France et Moinet conçoit des pendules pour les présidents américains Thomas Jefferson et James Monroe, ainsi que pour le roi d’Angleterre George IV. A l’heure actuelle, les pendules sorties de son atelier sont toutes considérées comme réalisées en collaboration avec Pierre-Philippe Thomire avec lequel l’horloger dû avoir une relation commerciale et amicale privilégiée.



    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.



    Rare pendule de cheminée en temple en rotonde en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni, biscuit de porcelaine et marbre blanc statuaire dit « de Carrare »

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    Paris, époque Louis XVI, vers 1780-1785

    Hauteur39 cm Diamètre17.5 cm

    Servant de prétexte luxueux à l’indication horaire, ce temple néoclassique en rotonde est entièrement réalisé en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni et marbre blanc de Carrare. L’heure est indiquée sur deux cadrans tournants à cartouches émaillées, le supérieur marquant les minutes en chiffres arabes par tranches de cinq, l’inférieur les heures en chiffres romains, le tout est indiqué par une flèche en bronze doré tenant lieu d’aiguille fixe. Le mouvement est partiellement apparent et s’inscrit dans un entablement à montants en fûts fuselés à bagues à canaux réunis par des guirlandes en enfilages de perles qui supportent le recouvrement en dôme terminé en graines émergeant d’acanthes. Les parties supérieure et inférieure sont reliées entre-elles par quatre colonnes à chapiteaux à perles et bases moulurées centrées d’un promontoire supportant une petite figure en biscuit de porcelaine représentant une jeune fille portant des fruits dans sa robe. Le tout repose sur une base circulaire ceinturée d’une balustrade encadrée de perles et cordelettes et supportée par quatre pieds droits à triples cannelures.

    La composition originale, dite « en rotonde », de cette pendule de cheminée en forme de temple « à l’antique » s’inspire plus ou moins directement du temple, dit « de l’Amour », érigé en 1778 à la demande de la reine Marie-Antoinette par l’architecte Richard Mique dans le jardin du Petit Trianon. Nommée « fabrique », cette construction royale, unanimement saluée pour sa beauté parfaite et l’équilibre de ses proportions, sera à l’origine de nombreuses déclinaisons dans les arts décoratifs français de l’époque, notamment dans le domaine de l’horlogerie. Dès sa création, nous assistons à l’apparition du modèle de pendules, dit « temple », déclinant plus ou moins fidèlement la rotonde de la reine ; ainsi, dès 1786, un exemplaire, probablement proche de celui que nous présentons, est prisé 144 livres dans le salon de Charles-Guillaume-Louis marquis de Broglie : « Une pendule de cheminée à cadran tournant montée sur quatre colonnes en marbre blanc à sonnerie avec ornements de cuivre doré, une petite figure en biscuit ». Enfin, relevons que, de nos jours, parmi les rares modèles similaires connus réalisés dans le même esprit, nous pouvons citer particulièrement : un premier exemplaire qui se trouvait anciennement dans la collection « Au vieux Cadran » (reproduit dans Tardy, La pendule française, 2ème Partie, Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1974, p. 286) ; ainsi qu’un second, soutenu par des colonnes en lapis-lazuli, qui est illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de La Pendule Française du moyen-âge au XXe siècle, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.293, fig. A.

    Roque  -  Noël
    Joseph-Léonard Roque (?-après 1789)
    Marcel-François Noël (actif vers 1748-1787)

    Importante pendule de cheminée dite « vase aux coqs » en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni

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    Les bronzes attribués à Marcel-François Noël

    Paris, début de l’époque Louis XVI, vers 1775

    Hauteur70.5 Largeur30 Profondeur30

    Le mouvement, signé « Roque à Paris », sonne les heures et demi-heures et est renfermé dans un vase couvert entièrement réalisé en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou l’or bruni, dont la forme ovoïde est divisée en deux parties par deux cadrans tournants à cartouches émaillés qui indiquent sur deux cercles les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes par deux index en acier poli-bleui. Le couvercle simulé est orné de canaux et se termine par une prise en forme de bouton feuillagé ; les prises détachées sont surmontées de coqs, symboles de la Vigilance, et agrémentées de guirlandes de pampres ; le culot est rythmé de godrons et repose sur une bague à entrelacs à cabochons ; le piédouche évasé est souligné d’acanthes. L’ensemble est supporté par une haute base circulaire, à moulure en cavet, ceinturée d’un tore de lauriers et décorée d’une guirlande de feuilles de vigne et grappes de raisins ; sur l’un des côtés, deux petits trous, dissimulés derrière deux volets mobiles, permettent le remontage du mécanisme et de la sonnerie. Le contre-socle carré à angles évidés en marbre noir et bronze doré à rosaces et frises repercées à ovales et fleurons alternés se détachant sur un tissu lie-de-vin ; enfin, quatre pieds à frises ouvragées supportent l’ensemble de l’horloge.

    De proportions monumentales, cette pendule « vase » à thématique allégorique peut être considérée comme l’un des modèles les plus représentatifs du Néoclassicisme parisien du début du règne de Louis XVI. Elle se distingue des nombreux autres modèles de pendules-vases connus de la même période par l’originalité et l’équilibre parfait de sa composition et la qualité du traitement de son décor de bronze. Associant sans surcharge bronze et marbre, elle peut être comparée à quelques rares autres horloges à cadrans tournants, souvent de modèles uniques, réalisées dans le même esprit, citons particulièrement : une première pendule renfermée dans un vase de porcelaine peinte en bleu veiné d’or à l’imitation du lapis-lazuli qui appartient aux collections du Musée du Louvre à Paris (illustrée dans J. Durand, M. Bimbenet-Privat et F. Dassas, Décors, mobilier et objets d’art du Musée du Louvre de Louis XIV à Marie-Antoinette, Paris, 2014, p.452, catalogue n°189) ; ainsi qu’une deuxième en albâtre réalisée par l’horloger Antide Janvier vers 1788 (voir M. Hayard, Antide Janvier 1751-1835, Horloger des étoiles, Villeneuve-Tolosane, 1995, p.64-65) ; enfin, mentionnons une dernière pendule renfermant un mouvement de Roque, associée à un calendrier du même modèle, qui est conservée à Waddesdon Manor et se trouvait au XVIIIe siècle dans la collection du marquis de Brunoy (reproduite dans J-D. Augarde, Les ouvriers du Temps, La pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier, Genève, 1996, p.395, fig.289).

    L’attribution de la caisse en de bronze finement ciselé et doré à l’artisan parisien Marcel-François Noël est fondée par la mention d’une pendule de ce modèle mentionnée en juillet 1778 dans le magasin du doreur (voir J-D. Augarde, Les ouvriers du Temps, La pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier, Genève, 1996, p.187, fig.149). Enfin, relevons particulièrement qu’une pendule identique, également par Roque, était décrite dans une vente anonyme parisienne au milieu des années 1770 : « Une autre pendule, faite par Roque, en forme de vase, marquant les heures et minutes par des cadrans mobiles, un coq de chaque côté, symbole de la vigilance, des guirlandes de feuilles de vignes et raisins la décorent ; une étoile en pierre de strass marque les heures, le tout exécuté en bronze doré d’or moulu, ayant deux pieds de haut ».

    Parmi les très rares modèles identiques connus, citons particulièrement l’exemplaire, le mouvement de Barancourt à Paris, qui est reproduit dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.287, fig. D (voir également E. Niehüser, Die französische Bronzeuhr, Eine Typologie der figürlichen Darstellungen, Munich, 1997, p.262, fig.1271).

    Joseph-Léonard Roque (? - après 1789)

    Reçu maître horloger le 31 juillet 1770, il doit être considéré comme l’un des plus importants horlogers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il débute certainement sa formation chez le mécanicien Alexis Magny, puis rentre dans l’atelier de Claude-Siméon Passemant auprès duquel il demeure jusqu’à sa mort en 1769. L’année suivante Roque fait enregistrer ses lettres de maîtrise et installe son atelier au Vieux Louvre dans le bâtiment des colonnades, puis passage du Saumon à partir de 1772. Nommé Horloger du Roi, il acquiert rapidement une grande notoriété et se spécialise dans la création de pendules de luxe en collaborant avec les meilleurs artisans parisiens de l’époque. Parmi sa clientèle figuraient notamment quelques grands aristocrates, tels Jean-René de la Tour du Pin marquis de la Charce et François-Frédéric de Varennes marquis de Bouron, ainsi que certains importants financiers, notamment Nicolas Beaujon, banquier de la Cour, le fermier-général Tavernier de Boulongne et le banquier Pierre Sévène ; enfin, relevons particulièrement que plusieurs pendules de l’horloger furent inventoriées au moment des troubles révolutionnaires dans les collections royales françaises, ces horloges avait été livrées majoritairement pour Louis XV, Louis XVI et Marie-Antoinette.



    Marcel-François Noël (actif vers 1748 - 1787)

    Marcel-François Noël est un doreur parisien actif vers 1748-1787.



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    Daguerre
    Dominique Daguerre

    Rare pendule de cheminée à cadrans tournants en marbre blanc statuaire et bronze finement ciselé et doré

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    Certainement réalisée sous la supervision de Dominique Daguerre

    Paris, fin de l’époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur44 Largeur28.5 Profondeur17

    Les deux cadrans tournants indiquent les heures en chiffres romains et les minutes en chiffres arabes sur des cartouches émaillés fond blanc de forme rectangulaire. Ils sont inscrits dans une caisse originale en forme de reliquaire cylindrique richement orné de bronze très finement ciselé et doré. L’amortissement est formé d’un dôme en marbre blanc, décoré d’enfilage de perles, de guirlandes de feuilles et de fleurs et d’un bouquet sommital à motifs de feuillages, qui est supporté par des montants ajourés en forme de lyres élancées alternées de médaillons à oiseaux et fleurettes agrémentés de branches de lauriers. Le tout repose sur une base circulaire décorée de motifs feuillagés et sur un piédouche ciselé de larges feuilles d’acanthe, lui-même posé sur un socle circulaire en marbre blanc orné de guirlandes florales attachées par des rubans. De part et d’autre, posés sur une terrasse, sont deux jeunes amours ailés, très légèrement drapés d’un voile attaché en bandoulière, qui semblent soutenir le mouvement. L’ensemble repose sur une base polylobée en marbre blanc statuaire dit « de Carrare » élégamment ornée d’enfilages de perles, de frises repercées à courses de rinceaux feuillagés et de rosaces stylisées ; enfin, quatre pieds finement ciselés de godrons ou cannelures turbinées supportent l’ensemble et participent à l’équilibre de la composition.

    Le dessin particulièrement élaboré de cette pendule reprend librement un modèle de composition nettement différente, mais sur lequel les deux figures d’enfants sont identiques. Pour ce second modèle, qui rencontra un certain succès, il a été suggéré qu’il fut réalisé par un bronzier parisien, tels que François Rémond ou Pierre-Philippe Thomire, sous la supervision de Dominique Daguerre, le plus important marchand parisien d’objets de luxe de l’époque, qui devait détenir la propriété du modèle et put le faire décliner avec certaines variantes. De ce type, sont notamment connus un premier exemplaire, le cadran signé Guydamour, qui est conservé à la Frick Collection à New York (illustré dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Band I, Munich, 1986, p.280, fig.4.13.2) ; ainsi qu’un second, peut-être le même que le précédent, qui provient des anciennes collections impériales russes dispersées aux enchères à Berlin en 1928 (Rudolph Lepke, les 6-7 novembre 1928, lot 169).

    Enfin, citons quelques rares autres pendules identiques à celle que nous proposons présentant parfois d’infimes variantes dans certains motifs ornementaux. Ainsi, une première pendule de ce modèle se trouvait anciennement dans la collection de Madame Brach (parue dans S. de Ricci, Le style Louis XVI, Mobilier et décoration, Paris, planche 163) ; une deuxième figura dans la vente de la célèbre collection de Florence J. Gould (vente Sotheby’s, Monaco, les 25-26 juin 1984, lot 626) ; une troisième, portant un cartouche signé par l’horloger Lenepveu, est reproduite dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age à nos jours, Paris, 1997, p.295 ; enfin, mentionnons particulièrement une dernière pendule de ce modèle qui a fait partie de la collection d’Annie Kane et appartient de nos jours aux collections du Metropolitan Museum of Art de New York (Inv.26.260.37).

    Dominique Daguerre

    Dominique Daguerre est le plus important marchand-mercier, comprenez marchand d’objets de luxe, du dernier quart du XVIIIe siècle. Ses débuts de carrière restent relativement méconnus et l’on peut considérer qu’il démarre véritablement son activité à partir de 1772, année de son association avec Philippe-Simon Poirier (1720-1785), autre marchand-mercier célèbre et inventeur des pièces d’ébénisterie agrémentées de plaques de porcelaine de la Manufacture royale de Sèvres. Lorsque Poirier se retire des affaires, vers 1777-1778, Daguerre prend la direction du magasin rue du Faubourg Saint-Honoré et garde la raison sociale « La Couronne d’Or ». Conservant la clientèle de son prédécesseur, il développe considérablement l’activité en quelques années et joue un rôle de premier plan dans le renouveau des arts décoratifs parisiens de l’époque en faisant travailler les meilleurs ébénistes du temps, particulièrement Adam Weisweiler, Martin Carlin et Claude-Charles Saunier, le menuisier du Garde-Meuble de la Couronne, Georges Jacob, les bronziers ou ciseleurs-doreurs Pierre-Philippe Thomire et François Rémond et les horlogers Renacle-Nicolas Sotiau et Robert Robin. Ayant porté le luxe « à la française » à son summum, Daguerre, visionnaire et homme d’affaires hors du commun, s’installe en Angleterre vers le début des années 1780 et s’associe avec Martin-Eloi Lignereux, qui reste en charge du magasin parisien. A Londres, patronné par le prince Régent, futur roi George IV, Daguerre participe activement à l’aménagement et à la décoration de Carlton House et du Pavillon de Brighton, en faisant fonctionner à merveille son réseau d’artisans parisiens important de Paris la plupart des meubles, sièges, cheminées, bronzes d’ameublement et objets d’art et facturant, uniquement pour l’année 1787, plus de 14500£ de fournitures. Impressionnés par le talent du marchand, quelques grands aristocrates anglais font également appel à ses services, particulièrement le Comte Spencer pour Althorp où Daguerre collabore avec l’architecte Henry Holland (1745-1806). A Paris, il continue, par l’intermédiaire de son associé Lignereux, à travailler pour les grands amateurs et livre de superbes pièces d’ébénisterie au Garde-Meuble de la Couronne. Probablement très affecté par les troubles révolutionnaires et la disparition de nombreux de ses clients les plus importants, il se retire définitivement des affaires en 1793.



    Cronier  -  Osmond
    Antoine Cronier (1732-après 1806)
    Robert Osmond (1711-1789)

    Exceptionnelle pendule de cheminée en forme de vase couvert néoclassique « à l’antique » en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni

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    La caisse attribuée à Robert Osmond

    Paris, époque Transition Louis XV-Louis XVI, vers 1770

    Hauteur65.5 Largeur28

    Le mouvement est renfermé dans une caisse néoclassique en forme de vase couvert « à l’antique » entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni. L’heure est marquée sur deux cercles tournants en cuivre argenté, l’un indiquant les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes, l’autre les heures en chiffres romains sur un bandeau alterné de quartefeuilles stylisés ; le cercle supérieur est surmonté de la signature de l’horloger « Cronier à Paris » gravée dans le bronze. Les indications sont marquées par deux serpents, aux écailles finement ciselées, enroulés autour du corps du vase ou du couvercle et dont les langues en forme de dard tiennent lieu d’aiguilles. L’ensemble prend la forme d’un vase ovoïde tronqué, le couvercle terminé d’une graine émergeant d’un bouquet de feuilles nervurées et les anses détachées « à la grecque » ornées de frises de canaux, agrémenté de guirlandes de laurier et d’un culot à lambrequins supportée par un piédouche mouluré à joncs enrubannés. Le vase repose sur une base en colonne tronquée, à larges cannelures et base à tore unie, surmontée d’une moulure en cavet à réserves à filets et rosaces et décorée de draperies à franges retenues par des pastilles. Enfin, le tout est supporté par un contre-socle quadrangulaire.

    La composition particulièrement originale de cette importante pendule de cheminée, ainsi que la qualité exceptionnelle de sa ciselure et de sa dorure à l’or mat ou à l’or bruni, est une parfaite illustration de l’esprit décoratif néoclassique initié par quelques grands amateurs parisiens du début du milieu du XVIIIe siècle, particulièrement par le comte de Caylus et Ange-Laurent Lalive de Jully, en réaction aux modèles rocailles du début du règne de Louis XV, jugés démodés, qui dominaient alors les arts décoratifs français depuis plusieurs décennies. Ce renouveau néoclassique, qualifié de « retour à l’Antique », faisait suite aux découvertes archéologiques faites dans les anciennes cités antiques romaines de Pompéi et d’Herculanum dans la région de Naples. Ces fabuleuses trouvailles allaient marquer durablement l’ensemble des arts décoratifs français, et plus largement européens, pendant plusieurs décennies.

    La pendule que nous proposons fut réalisée dans ce contexte particulier. Son dessin néoclassique élaboré, ses dimensions, monumentales pour une pendule de type « vase », ainsi que la rareté des horloges identiques connues, en font l’un des modèles de pendules-vase parmi les plus spectaculaires de son temps. Sa création semble avoir été plus ou moins directement influencée par l’œuvre de Jean-Louis Prieur, notamment d’un dessin de cet ornemaniste/bronzier conservé à l’Université de Varsovie, ainsi que d’une pendule-vase agrémentée de figures, dont le corps général présente de nombreuses similitudes avec l’exemplaire présenté et qui est exposée au Musée Calouste Gulbenkian de Lisbonne (voir H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.167). Toutefois, malgré ces similitudes, relevons que le rapprochement le plus marqué doit être effectué avec certaines réalisations du célèbre bronzier Robert Osmond qui se fit une spécialité de ce type de pendules en forme de vase « à l’antique », notamment un modèle qui appartient aux collections du Zähringer Museum de Baden-Baden (paru dans P. Verlet, Les bronzes dorés français du XVIIIe siècle, Editions Picard, Paris, 1987, p.110, fig.131).

    De nos jours, et à notre connaissance, seules quatre autres pendules identiques sont répertoriées : la première, signée de « Lepaute », figura au XIXe siècle dans la vente des célèbres et fastueuses collections de William 12th duc de Hamilton à Hamilton Palace (vente Christie, Manson & Woods, du 17 juin au 20 juillet 1882) et semble correspondre à celle décrite dans une grande collection dans la seconde moitié du XVIIIe siècle : « Une pendule à vase, à anses carrées, guirlandes de laurier sur colonnes cannelées, tronquées avec draperies, le tout en bronze doré d’or moulu. Cadran tournant. Deux serpents portant les aiguilles des minutes. Le mouvement est de Lepaute » ; la deuxième, le bronze gravé du nom de l’horloger « Furet », est illustrée dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.284, fig. B ; la troisième, qui a la particularité d’associer bronze doré et marbre blanc et propose quelques variantes dans le décor, appartient aux collections du Musée du Louvre à Paris (reproduite dans Tardy, La pendule française, 2ème Partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.289, fig.5 ; et dans E. Niehüser, Die französische Bronzeuhr, Eine Typologie der figürlichen Darstellungen, Editions Callwey, Munich, 1997, p.263, fig.1292) ; enfin, mentionnons tout particulièrement une quatrième et dernière pendule de ce type, en tous points identique à celle que nous proposons, qui figure dans les collections d’horlogerie du Palais de Pavlovsk, près de Saint-Pétersbourg, ancienne résidence d’été du Tsar Paul Ier ; elle porte également la signature de l’horloger Antoine Cronier gravée dans le bronze et est rapprochée de l’œuvre du bronzier Osmond (parue dans The State Culture Preserve Pavlovsk, Full Catalogue of the Collections, Tome X, Métal-Bronze, Volume I, Pendules, régulateurs, cartels, Saint-Pétersbourg, 2011, p.24, catalogue n°7).

    Antoine Cronier (1732 - après 1806)

    Antoine Crosnier, ou Cronier,  figure parmi les plus importants horlogers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Fils d’un maître menuisier parisien, il fait enregistrer ses lettres de maîtrise le 1er mars 1763 et installe son atelier rue Saint-Honoré. Il rencontre immédiatement un immense succès auprès des grands amateurs parisiens d’horlogerie de luxe et collabore avec les meilleurs artisans de l’époque, notamment l’ébéniste Jean-Pierre Latz, les bronziers François Vion ou les Osmond et le doreur Honoré Noël. Au XVIIIe siècle, certaines de ses réalisations étaient mentionnées chez le maréchal de Choiseul-Stainville, chez le marquis de Sainte-Amaranthe, chez le duc des Deux-Ponts et chez le prince Belosselsky-Belozersky.



    Robert Osmond (1711 - 1789)

    Le bronzier Robert Osmond nait à Canisy, près de Saint-Lô ; il fait son apprentissage dans l’atelier de Louis Regnard, maître fondeur en terre et en sable, devenant maître bronzier à Paris en 1746. On le trouve d’abord rue des Canettes, paroisse St Sulpice, et dès 1761, dans la rue de Mâcon. Robert Osmond devient juré de sa corporation, s’assurant ainsi une certaine protection de ses droits de créateur. En 1753 son neveu quitte la Normandie pour le rejoindre, et en 1761, l’atelier déménage dans la rue de Macon. Le neveu, Jean-Baptiste Osmond (1742-après 1790) est reçu maître en 1764 ; après cette date, il travaille avec son oncle ; leur collaboration fut si étroite qu’il est difficile de distinguer entre les contributions de l’un et de l’autre. Robert Osmond prend sa retraite vers 1775. Jean-Baptiste, qui continue de diriger l’atelier après le départ de son oncle, connaît bientôt des difficultés ; il fait faillite en 1784. Son oncle Robert meurt en 1789.

    Bronziers et ciseleurs prolifiques, les Osmond pratiquaient les styles Louis XV et néoclassiques avec un égal bonheur. Leurs œuvres, appréciées à leur juste valeur par les connaisseurs de l’époque, furent commercialisées par des horlogers et des marchands-merciers. Bien qu’ils aient produit toutes sortes de bronzes d’ameublement, y compris des chenets, des appliques et des encriers, aujourd’hui ils sont surtout connus pour leurs caisses de pendules, comme par exemple celle qui représente le Rapt d’Europe (Musée Getty, Malibu, CA,) dans le style Louis XV, et deux importantes pendules néoclassiques, dont il existe plusieurs modèles, ainsi qu’un vase à tête de lion (Musée Condé de Chantilly et le Cleveland Museum of Art) et un cartel avec rubans ciselés (exemples dans le Stockholm Nationalmuseum et le Musée Nissim de Camondo de Paris). Une pendule remarquable, ornée d’un globe, des amours, et d’une plaque en porcelaine de Sèvres (Louvre, Paris) compte également parmi leurs œuvres importantes.

    D’abord voués au style rocaille, au début des années 1760 ils ont adopté le nouveau style néoclassique, dont ils devinrent bientôt les maîtres. Ils fournirent des boîtes aux meilleurs horlogers de l’époque, y compris Montjoye, pour lequel ils créèrent des boîtes de pendules de cartonnier et de pendules colonne ; la colonne étant l’un des motifs de prédilection de l’atelier Osmond.



    Pendule de cheminée en marbre blanc et bronze doré

    « Le temple de Diane »

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    Paris, époque Louis XVI, vers 1785

    Hauteur61

    En forme de temple antique circulaire dit en rotonde, cette pendule est composée d’une partie supérieure comprenant un mouvement apparent inscrit dans un dôme ajouré à montants en marbre blanc à cannelures foncées de motifs d’asperges en bronze doré surmonté d’un globe dans lequel sont deux cadrans émaillés et tournants indiquant les heures en chiffres romains et les minutes en chiffres arabes ; à l’amortissement, un amour ailé tient une flèche dans la main gauche et un arc dans la main droite. Sous le dôme, l’entablement présente une frise à motifs alternés de triglyphes et de réserves à couronnes de fleurs et de feuillages ; l’ensemble est supporté par cinq colonnes cannelées de marbre blanc à chapiteaux d’ordre dorique et à bases quadrangulaires à tores de laurier et fleurs de tournesol en bronze ciselé et doré au milieu desquelles est disposée une statuette en bronze doré de Diane chasseresse accompagnée de son fidèle lévrier. L’ensemble repose sur une base circulaire à degrés en marbre blanc statuaire.

    Cette pendule présente une composition architecturée particulièrement élaborée plus ou moins directement inspirée des temples antiques grecs et romains maintes fois reproduits ou imaginés par des peintres de talent tel Hubert Robert tout au long de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Mais surtout son dessin semble puiser son inspiration dans le modèle du célèbre Temple de l’Amour érigé en 1777-1778 par l’architecte Richard Mique pour Marie-Antoinette dans ses jardins du Petit Trianon dans le parc du château de Versailles (voir notamment une gravure de Michon d’après une peinture de Pierre Courvoisier illustrée dans D. Ledoux-Lebard, Versailles, Le Petit Trianon, Les Editions de l’Amateur, Paris, 1989, p. 31).

    Les pendules de modèle identique ou réalisées dans le même esprit sont excessivement rares, citons notamment un exemplaire signé Furet de modèle différent mais qui reprend une composition similaire et qui appartient aux collections royales espagnoles (illustré dans J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del Patrimonio Nacional, Madrid, 1987, p. 90, catalogue n° 73) ; enfin, mentionnons particulièrement deux modèles identiques à la pendule que nous présentons : le premier, le mouvement signé Festeau à Paris, est reproduit dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p. 292, fig. B ; le second, dont le dôme est entièrement en bronze doré, porte la signature de l’horloger Gavelle et est conservé dans les collections royales britanniques (voir C. Jagger, Royal Clocks, The British Monarchy and its Timekeepers 1300-1900, Londres, 1983, p. 150).