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Époques : Consulat

  • Thomire  -  Boizot
    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)
    Louis-Simon Boizot (1743-1809)

    Rare groupe mythologique en bronze très finement ciselé à patine médaille figurant « Les Adieux d’Hector et d’Andromaque »

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    Attribué à Pierre-Philippe Thomire et réalisé d’après un biscuit de la Manufacture de Sèvres créé sous la direction de Louis-Simon Boizot

    Paris, début du XIXe siècle, vers 1800-1810

    Hauteur47 Largeur33 Profondeur26.5

    Ce superbe groupe, composé de quatre figures, illustre l’un des épisodes les plus célèbres de la mythologie classique. Hector, prince de Troie, est représenté portant un casque à panache de plumes, vêtu d’une large draperie et cuirassé « à l’antique » ; il serre contre lui son épouse, Andromaque, coiffée d’un diadème qui le regarde avec amour et tristesse en tenant leur fils Astyanax dans ses bras ; ils sont figurés à côté d’un tronçon de colonne fracturée reposant sur un bloc de pierre simulée. A l’arrière, se trouve une jeune femme tenant le couffin de l’enfant, certainement la nourrice du bambin, mais possiblement aussi la représentation d’Hélène, devenue une proche d’Andromaque. Les personnages reposent sur une base circulaire à terrasse traitée « au naturel » et titrée : « Les Adieux d’Hector et Dandromaque ».

    Le thème des Adieux d’Hector, fils du roi Priam et prince de Troie, à son épouse Andromaque, est l’une représentations privilégiées par les artistes et les artisans parisiens dès les dernières décennies du XVIIIe siècle. Tiré de l’Iliade, célèbre épopée du poète grec Homère, il illustre le moment où Hector, sur le point d’affronter Achille et certain de sa défaite, fait ses adieux aux êtres qui lui sont chers. Cette iconographie se retrouve notamment traitée de façon différente sur une pendule livrée en 1805 par les horlogers Lepaute pour être placée sur la cheminée du Grand Salon du Petit Trianon et conservée de nos jours dans les collections publiques françaises (reproduite dans M-F. Dupuy-Baylet, Pendules du Mobilier national 1800-1870, Editions Faton, Dijon, 2006, p.111, catalogue n°47).

    Surtout, relevons que le groupe que nous proposons est fondu en bronze d’après une statuette en biscuit de Sèvres créée vers 1797-1798 sous la direction de Boizot et dont un exemplaire appartient aux collections du Musée du Louvre à Paris (parue dans T. Préaud et G. Scherf, La Manufacture des Lumières, La sculpture à Sèvres de Louis XV à la Révolution, Editions Faton, Dijon, 2015, p.270). Enfin, soulignons que l’exceptionnelle qualité de ciselure du groupe proposé nous permet de le rattacher à l’œuvre du talentueux bronzier Pierre-Philippe Thomire ; artisan qui collabora notamment avec Boizot sur un autre groupe en bronze qui est conservé au Metropolitan Museum of Art à New York (voir T. Picquenard, « Catalogue de l’œuvre sculptée de Louis-Simon Boizot », dans le catalogue de l’exposition Louis-Simon Boizot 1743-1809, Sculpteur du roi et directeur de l’atelier de sculpture à la Manufacture de Sèvres, Musée Lambinet, Versailles, 2001-2002, p.165-166).

    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.



    Louis-Simon Boizot (1743 - 1809)

    Le fils d’Antoine Boizot, qui travailla à la Manufacture de Tapisseries des Gobelins , Boizot est formé dans l’atelier du sculpteur René-Michel Slodtz (1705–1764), qui forma également Houdon. Boizot épouse Marguerite Virginie Guibert, la fille du sculpteur Honoré Guibert. En 1778 il est admis à l’Académie royale de peinture et de sculpture and expose aux salons annuels jusqu’en 1800. Ses bustes de Louis XVI et de Joseph II, créées en 1777, sont produits en porcelaine à Sèvres.

    De 1773 à 1800 Boizot dirige l’atelier de sculpture de la Manufacture de Sèvres, produisant une série de figures en biscuit de porcelaine, au fini mat ressemblant au  marbre.

    Boizot crée également des modèles en terre cuite pour des boîtes de pendules en bronze doré, comme celle de la pendule allégorique dite « d’Avignon », faite en 1777 par le bronzier Pierre Gouthière et aujourd’hui dans la Wallace Collection de Londres.



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    Rare paire de candélabres à deux lumières en bronze très finement ciselé, moleté, patiné et doré à l’or mat ou à l’or bruni

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    Paris, époque Consulat, vers 1800

    Hauteur45.5 Diamètre13

    Chaque candélabre s’organise autour d’un fût anthropomorphe sous la forme d’un jeune personnage noir, le visage aux yeux émaillés ; il porte des anneaux d’oreilles et un double collier de perles autour du cou et est vêtu d’un pagne à bandeau de croisillons repercés retenu par des cordelettes ; il tient dans chaque main un bras de lumière en torche fuselée terminée par un bassin en vase godronné et un binet à frise moletée de cordelette ; la figure repose sur une haute base cylindrique à bandeau en frise brettée de canaux terminée en moulures à cavet ou doucine et supportée par une plinthe circulaire soutenue sur trois petites pattes léonines.

    Avant la fin du XVIIIe siècle, les personnages exotiques constituent rarement un thème décoratif pour les créations des arts décoratifs français et plus largement européens. C’est véritablement à la fin de l’Ancien Régime, plus précisément dans la dernière décennie du XVIIIe siècle et dans les premières années du siècle suivant, qu’apparaissent les premiers modèles de flambeaux, de candélabres et de pendules dits « au nègre » ou « au sauvage ». Ils font écho à un nouveau courant philosophique développé dans quelques célèbres ouvrages littéraires et historiques, notamment Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre publié en 1787 qui dépeint l’innocence de l’Homme, Atala de Chateaubriand qui restaure l’idéal chrétien et surtout le chef-d’œuvre de Daniel Defoe publié en 1719 : Robinson Crusoé. Comme souvent cette littérature abondante sera une source d’inspiration fantastique pour les artisans de l’époque, particulièrement pour les bronziers ; cela aura pour conséquence la création d’œuvres élégantes mettant en scène ce type de personnages et servant ainsi de prétexte au décor des luminaires et des pendules. Dès la fin du XVIIIe siècle, certains modèles apparaissent ponctuellement chez certains grands amateurs du temps, notamment en 1789 chez l’avocat André-Marie Alix, en 1790 chez Marie-Victoire de Saint-Simon, puis quelques années plus tard, en 1808, chez François-Joseph Lelièvre de Lagrange.

    La paire de candélabres que nous proposons fut réalisée dans ce contexte particulier. De nos jours, parmi les rares modèles répertoriés réalisés dans le même esprit, avec parfois des variantes notamment dans le traitement des bases, mentionnons particulièrement : une première paire, sur laquelle les figures sont coiffées de panaches de plumes, qui a été vendue chez Christie’s, à Monaco, le 5 décembre 1992, lot 87 ; ainsi qu’une deuxième qui se trouvait anciennement dans la collection du Baron Erich von Goldschmidt-Rothschild (vente à Genève, Habsburg-Feldman, le 10 mai 1988, lot 127) ; enfin, citons particulièrement que deux paires de candélabres de ce modèle appartiennent aux célèbres collections du Musée François Duesberg à Mons (illustrées dans Musée François Duesberg, Arts décoratifs 1775-1825, Bruxelles, 1998, p.60-61).

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    Candélabres à la Victoire

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    Paris, vers 1800-1805

    Hauteur81

    Une importante paire de candélabres « à la Victoire » en bronze doré et patiné, d’époque Empire, chacun représentant la figure ailée de la Victoire, habillée de robes diaphanes. Les bras relevés de chaque figure maintiennent une lampe à trois branches, posée sur un pilastre qu’elle tient sur la tête, les trois branches de la lampe terminant en binets à flammes stylisées. Chaque figure se tient debout sur une base ornée d’anthemions et de feuilles, supportée par des griffons couchés et posée sur une base triangulaire en marbre vert.

    Ces magnifiques candélabres sont à rapprocher de ceux créés par le bronzier Pierre-Philippe Thomire (1751-1843), dont une pair similaire est dans la collection du Metropolitan Museum de New York (illustrée dans Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, “Vergoldete Bronzen”, 1986, p. 329, pl. 5.2.4).

    Les candélabres de Thomire s’inspirent de dessins exécutés par les architectes et  ornementistes de Napoléon Charles Percier (1764-1838) et Pierre François Léonard Fontaine (1762-1853), qui s’étaient à leur tour inspiré des statues antiques de la Victoire (voir ibid., p. 328, pl. 5.2.1 and p. 329, pl. 5.2.3 respectivement).

    De telles figures furent fréquemment reproduites pendant la première partie du XIXème siècle, par des artistes tels que Filippo Pelagio Pelagi (1775-1860), dont les dessins de supports de console en forme de caryatides ailées, datant de 1833-34, sont préservés dans la Biblioteca Archiginnasio Gabinetto dei Disegni e delle Stampe, Raccolta Disegni Palagi (inv. 2155) de Bologne. Ils sont illustrés dans G. Beretti, A. Cotiino, B. Gallizia di Vergano, L. Melegati, « Gli Splendori del Bronzo, Mobili e oggetti d’arredo tra Francia e Italia 1750 1850 », 2002, p. 149, pl. 74.

    Robin  -  Dubuisson  -  Schwerdfeger
    Robert Robin (1741-1799)
    Dubuisson (1731-1815)
    Ferdinand Schwerdfeger (1734-1818)

    Exceptionnelle pendule de cheminée ou de bureau dite « régulateur à remontoir d’égalité »

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    Dans une caisse attribuée à l’ébéniste Jean-Ferdinand-Joseph Schwerdfeger

    Paris, époque Directoire-Consulat, vers 1795

    Hauteur44 Largeur24.5 Profondeur19.5

    Provenance :

    – Probablement l’horloge prisée 500 francs en 1830 dans le cabinet du célèbre manufacturier de porcelaine Christophe Dihl (1752-1830) : « Un régulateur du nom de Robin à Paris à secondes et à quantièmes, balancier et compensateur et à thermomètre, dans sa gaine d’acajou en glaces ».

     

    Le cadran émaillé, signé « Robin », porte également la marque « dub » pour Etienne Gobin, dit Dubuisson (1731-1815), célèbre émailleur parisien, confrère et principal concurrent de Joseph Coteau. Il marque les heures en chiffres romains, les graduations des minutes, les secondes, le calendrier annuel avec indications des quantièmes et des mois de l’année, et l’équation du temps, marquant la différence entre le Temps vrai et le Temps moyen. Son mouvement à complications perfectionné, à échappement Graham et à remontoir d’égalité dit « à force constante », est actionné par un balancier à gril bimétallique oscillant muni d’un pyromètre portant les informations de la dilatation des métaux et par deux poids-moteurs. Il est inscrit dans une caisse architecturée en forme de borne « à l’antique » à corniche légèrement débordante réalisée en acajou ou en placage d’acajou et ornée de panneaux de glace sur ses faces et son recouvrement destinés à visualiser la complexité et le perfectionnement du mécanisme. L’ensemble est élégamment agrémenté d’un décor de bronze très finement ciselé et doré à l’or mat : l’entablement de la corniche est ceinturé d’une moulure ciselée de feuilles d’eau et ornée d’une frise alternée d’oves et de dards ; les panneaux de glace sont encadrés de baguettes torsadées et de frises de feuilles stylisées ; les équerres en écoinçons sont ornées de rinceaux de pampres de vigne ; enfin, une superbe draperie tombante à franges et guirlande feuillagée souligne l’arrondi du cadran. Le tout repose sur une base à ressaut à cavet foncé d’une frise de feuilles de persil supportée par quatre pieds quadrangulaires en bronze doré.

    Excepté son mouvement à complications d’une grande précision et d’une superbe facture, cette pendule présente la particularité d’être enchâssée dans une caisse d’architecture en acajou poli, dont la composition, volontairement dépouillée, est destinée à mettre en valeur l’ingéniosité et le perfectionnement du mécanisme et la beauté du cadran. Vers la fin du XVIIIe siècle, un ébéniste s’était spécialisé dans la création de ce type de caisses : Ferdinand Schwerdfeger (1734-1818), mentionné « Ferdinand » dans de nombreuses ventes aux enchères du début du XIXe siècle et dont l’atelier, au décès de sa femme en 1803, était décrit comme comprenant quasi-exclusivement des caisses de pendules en acajou. C’est notamment Schwerdfeger qui confectionna la caisse de la pendule géographique qu’Antide Janvier présenta en 1791 au roi Louis XVI et qui appartient de nos jours aux collections du musée national du château de Fontainebleau (illustrée dans M. Hayard, Antide Janvier 1751-1835, Horloger des étoiles, p.1995, p.79) et, c’est de toute évidence, ce même ébéniste, auteur de certains meubles luxueux pour Marie-Antoinette, qui fut chargé de la réalisation de la caisse de la pendule que nous proposons, qui est d’un modèle particulièrement abouti et peu commun. En effet, les exemplaires répertoriés réalisés dans le même esprit sont excessivement rares, citons particulièrement une première pendule, signée Lepaute et de composition moins élégante, qui fut livrée en 1804 pour la chambre à coucher de Napoléon au Palais de Fontainebleau (illustrée dans J-P. Samoyault, Pendules et bronzes d’ameublement entrés sous le Premier Empire, Paris, 1989, p.73) ; ainsi qu’une seconde, signée « Robin », qui est reproduite dans Tardy, La pendule française, 2ème partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.325.

    Robert Robin (1741 - 1799)

    Robert Robin est l’un des plus importants horlogers parisiens du dernier tiers du XVIIIe siècle. Honoré des titres de Valet de Chambre-Horloger Ordinaire du Roi et de la Reine en 1783 et 1786, il eut une carrière hors du commun et se distingua par sa contribution exceptionnelle à l’amélioration des instruments de la mesure du temps.

    En 1778, l’Académie des Sciences approuva deux de ses inventions, dont l’une mena à la construction d’une pendule astronomique représentant une méridienne tracée sur une pyramide qui fut acquise par les Menus Plaisirs pour Louis XVI cette même année ; Robin publia une Description historique et mécanique très détaillée de cette pendule. Il créa également des régulateurs de cheminée à indications astronomiques et à balancier compensé, dont le marquis de Courtanvaux, homme de science et grand connaisseur d’horlogerie de précision, fut l’un des premiers acquéreurs. Au cours des troubles révolutionnaires, il réalisa des montres et des pendules à heure décimale. On le retrouve successivement Grande rue du faubourg Saint-Honoré (1772), rue des Fossés-Saint-Germain l’Auxerrois (1775), rue Saint-Honoré à l’Hôtel d’Aligre (1778) et aux Galeries du Louvre en 1786.

    Pour ses régulateurs de bureau, Robin fit le choix de boîtes architecturées d’une grande sobriété, qui nous paraissent aujourd’hui d’une remarquable modernité. Il collabora toujours avec les meilleurs artisans de son temps, parmi lesquels les bronziers ou ciseleurs Robert et Jean Baptiste Osmond, Pierre Philippe Thomire, François Rémond et Claude Galle, les ébénistes Jean-Henri Riesener, Ferdinand Schwerdfeger et Adam Weisweiler, les émailleurs Barbezat, Dubuisson, Merlet et Coteau pour les cadrans, et les Richard et Montginot pour les ressorts.

    Les deux fils de Robert Robin, Nicolas Robert (1775-1812) et Jean-Joseph (1781-1856), étaient également d’excellents horlogers et poursuivirent brillamment l’activité de l’atelier paternel.



    Dubuisson (1731 - 1815)

    Étienne Gobin, dit Dubuisson, est l’un des meilleurs émailleurs parisiens de la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème. Vers le milieu des années 1750 il travaille à la manufacture de Sèvres, établissant par la suite son propre atelier. Il est mentionné dans les années 1790 dans la rue de la Huchette et vers 1812, dans la rue de la Calandre. Spécialisé dans les boîtes de montres et cadrans émaillées, il est réputé pour son habileté exceptionnelle et la représentation de détails.



    Ferdinand Schwerdfeger (1734 - 1818)

    Ferdinand Schwerdfeger figure parmi les plus importants ébénistes parisiens de la fin du XVIIIe siècle. Après son accession à la maîtrise, en mai 1786, il installe son atelier dans la capitale et connaît immédiatement une grande notoriété. Cependant, son œuvre demeure relativement méconnue ; dû à sa date de maîtrise tardive et au fait que l’artisan estampilla peu. Parmi les quelques meubles qui peuvent lui être attribués avec certitude, mentionnons un ensemble livré pour Marie-Antoinette, ainsi que quelques caisses de régulateurs et de pendules dont les cadrans sont signés par les plus grands horlogers de l’époque, particulièrement Antide Janvier, Jean-Simon Bourdier et Robert Robin (voir M-A Paulin, Schwerdfeger, ébéniste de Marie-Antoinette, in L’Estampille/L’Objet d’art, octobre 2003).



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    Rare pendule de cheminée en bronze très finement ciselé, moleté, patiné « au naturel » et doré à l’or mat ou l’or bruni

    « Jeune sauvage poussant un tonneau »

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    Paris, époque Consulat-Empire, vers 1800-1805

    Hauteur32.5 Largeur27 Profondeur10.5

    Le cadran circulaire émaillé blanc, localisé « à Paris », indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes par deux aiguilles et s’inscrit dans une caisse entièrement réalisée en bronze très finement ciselé, moleté, patiné « au naturel » et doré à l’or mat ou à l’or bruni. La lunette est soulignée d’une frise à palmettes et filet à canaux ; le mouvement est renfermé dans un tonneau que fait rouler une superbe figure masculine représentant un jeune noir en bronze patiné « au naturel », les yeux émaillés, portant des bracelets perlés aux biceps et vêtu d’un pantalon. L’ensemble de la composition repose sur une base quadrangulaire à pans coupés, richement agrémentée de motifs en applique à décor de couronnes enrubannées ou rapaces et ornée en façade d’un riche trophée relatif au Commerce composé notamment de ballots noués, palmes, ancre, panier, tonneau et coffre sur lesquels est juché un perroquet. Enfin, la composition est supportée par quatre pieds campaniformes soulignés de frises moletées à motifs stylisés.

    À la fin du XVIIIe siècle, sous l’impulsion des écrits philosophiques de Jean-Jacques Rousseau qui exaltait les vertus morales du retour à la Nature à travers le mythe du « bon sauvage », l’engouement pour l’exotisme fut tout particulièrement mis à la mode par la littérature contemporaine. Ainsi, le prodigieux succès littéraire de « Paul et Virginie » de Bernardin de Saint-Pierre en 1788, héritier lointain du fameux « Robinson Crusoé » de Daniel de Foe, le roman « Les Incas » de Marmontel paru en pleine guerre de l’indépendance américaine, ainsi qu’« Atala » de Chateaubriand publiée en 1801, vont profondément bouleverser l’approche européenne des autres civilisations et même faire plonger la culture du vieux continent dans une forte nostalgie romantique liée à la quête d’un Eden païen régénéré par le christianisme. Comme souvent dans les arts décoratifs français, ce bouleversement idéologique connaîtra une manifestation dans certaines créations artistiques parisiennes, essentiellement horlogères ou liées au luminaire.

    C’est dans ce contexte que fut créée la pendule que nous proposons dont le modèle, dit « jeune sauvage poussant un tonneau », figure parmi les représentations les plus rares de ce domaine particulier de l’horlogerie parisienne. Ainsi, de nos jours parmi les quelques autres modèles connus de ce type, citons particulièrement un premier exemplaire qui fut présenté en 1978 à l’Exposition « La pendule au nègre » qui se tint au Musée de l’Hôtel Sandelin à Saint-Omer (reproduit dans E. Niehüser, Die französische Bronzeuhr, Eine Typologie der figürlichen Darstellungen, Munich, 1997, p.238, fig.814 ; et dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.344, fig. B) ; ainsi qu’un second qui est illustré dans G. et A. Wannenes, Les plus belles pendules françaises de Louis XIV à l’Empire, Editions Polistampa, Florence, 2013, p.308.

    Deverberie
    Jean-Simon Deverberie (1764-1824)

    Rare pendule de cheminée dite « à la chasseresse africaine » en bronze finement ciselé, patiné ou doré

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    Attribuée à Jean-Simon Deverberie

    Paris, époque Directoire-Consulat, vers 1800

    Hauteur45.5 Largeur35.5 Profondeur14

    Le cadran circulaire émaillé blanc indique les heures en chiffres arabes et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes par deux aiguilles en bronze gravé ou repercé ; il s’inscrit dans une caisse entièrement réalisée en bronze finement ciselé, doré ou patiné. La lunette est agrémentée de fines frises stylisées ou perlées ; l’amortissement est formé d’une superbe figure féminine représentant une jeune chasseresse noire assise vêtue d’un pagne de plumes, portant un carquois à empennages de flèches en bandoulière, les cheveux crêpelés ceints d’un bandeau argenté et les yeux en verre traités « au naturel » ; elle porte des bijoux tels que colliers, anneaux, pendentifs d’oreille ou bracelets de chevilles et tient une flèche dans sa main droite et un arc dans l’autre main ; elle pose son pied gauche sur une tortue à la carapace finement ouvragée, tandis que, du côté opposé, est une lionne assise sur son postérieur tournant la tête vers le personnage. L’ensemble repose sur une haute base architecturée à doucine soulignée de guirlandes fleuries et feuillagées retenues par des rubans, d’une frise d’enfilage de perles et d’une scène en applique représentant de jeunes enfants nus s’adonnant notamment à la chasse et à la pêche. Enfin, six pieds finement ouvragés de frises moletées supportent l’horloge.

    Avant la fin du XVIIIe siècle, le noir constitue rarement un thème décoratif pour les créations horlogères françaises et plus largement européennes. C’est véritablement à la fin de l’Ancien Régime, plus précisément dans la dernière décennie du XVIIIe siècle et dans les premières années du siècle suivant, qu’apparaissent les premiers modèles de pendules dites « au nègre » ou « au sauvage ». Elles font écho à un courant philosophique développé dans quelques grands ouvrages littéraires et historiques, notamment Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre publié en 1787 qui dépeint l’innocence de l’Homme, Atala de Chateaubriand qui restaure l’idéal chrétien et surtout le chef-d’œuvre de Daniel Defoe publié en 1719 : Robinson Crusoé. Le dessin original de la pendule proposée, titré « l’Afrique », fut déposé par le fondeur-ciseleur parisien Jean-Simon Deverberie en An VII (illustré dans Dominique et Pascal Flechon, « La pendule au nègre », dans Bulletin de l’association nationale des collectionneurs et amateurs d’horlogerie ancienne, printemps 1992, n°63, p.32, photo n°2).

    Parmi les exemplaires de pendules connues de composition identique, mentionnons notamment : un premier modèle,  le cadran signé « Gaulin à Paris », qui est reproduit dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.381, fig.5.15.25 ; ainsi qu’un deuxième modèle avec variante, puisque la figure repose sur une arche, qui est illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age à nos jours, Paris, 1997, p.350 ; enfin, citons particulièrement un dernier exemplaire, le cadran signé « Ridel », qui appartient aux collections du Musée François Duesberg à Mons (reproduit dans le catalogue de l’exposition « De noir et d’or, Pendules « au bon sauvage », Musées Royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, 1993).

    Jean-Simon Deverberie (1764 - 1824)

    Jean-Simon Deverberie figure parmi les plus importants bronziers parisiens de la fin du XVIIIe siècle et des deux premières décennies du siècle suivant. Marié avec Marie-Louise Veron, il semble que cet artisan se soit quasi exclusivement spécialisé dans un premier temps dans la création de pendules, de flambeaux et de candélabres, ornés de figures exotiques, particulièrement de personnages africains ; en effet, il déposa vers 1800 de nombreux dessins préparatoires de pendules dites « au nègre », notamment les modèles dits « l’Afrique », « l’Amérique » et « Indien et Indienne enlacés » (les dessins sont conservés de nos jours au Cabinet des Estampes à la Bibliothèque nationale à Paris). Il installa son atelier successivement rue Barbette à partir de 1800, rue du Temple vers 1804, enfin, rue des Fossés du Temple entre 1812 et 1820.



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    Importante pendule de cheminée en bronze très finement ciselé, patiné et doré à l’or mat ou à l’or bruni

    « Le chasseur amérindien »

    « Alexandre »

    Paris, époque Directoire-Consulat, vers 1800

    Hauteur54 Largeur41 Profondeur12.5

    Le cadran circulaire émaillé, signé « Alexandre à Paris », indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre ; il est renfermé dans une caisse entièrement réalisée en bronze très finement ciselé, patiné et doré à l’or mat ou à l’or bruni. L’amortissement est orné d’une figure représentant un chasseur noir, coiffé en panache et vêtu d’un pagne de plumes, qui tient un arc dans son main gauche, une flèche dans sa main droite et porte en bandoulière son carquois rempli de flèches ; il est assis sur une borne à mufle de lion supportée par une nef, la figure de proue en forme d’une tête de loup, inscrite sur une terrasse simulant des flots « au naturel ». L’ensemble repose sur une base quadrangulaire, à côtés en cavet soulignés de motifs en applique à palmettes, rinceaux et torches, présentant en façade un riche motif en relief représentant une scène animée d’enrochements, d’une case et de palmiers, dans laquelle trois petits « sauvages » vêtus de pagnes chassent, pêchent ou se reposent près d’un chien. Le contre-socle oblong est supporté par quatre pieds aplatis moletés de frises d’enfilages de perles et de doubles zigzags encadrés de fonds guillochés et centrés de cabochons.

    À la fin du XVIIIe siècle, sous l’impulsion des écrits philosophiques de Jean-Jacques Rousseau qui exaltait les vertus du retour à la Nature à travers le mythe du « bon sauvage », l’engouement pour l’exotisme fut tout particulièrement mis à la mode par la littérature contemporaine. Ainsi, le prodigieux succès littéraire de « Paul et Virginie » de Bernardin de Saint-Pierre en 1788, héritier lointain du fameux « Robinson Crusoé » de Daniel Defoe, le roman « Les Incas » de Marmontel, paru en pleine guerre de l’indépendance américaine, ainsi qu’« Atala » de Chateaubriand publiée en 1801, vont profondément bouleverser l’approche européenne des autres civilisations et même faire plonger la culture du vieux continent dans une forte nostalgie romantique liée à la quête d’un Eden païen régénéré par le christianisme.

    Comme souvent dans les arts décoratifs français, ce bouleversement aura sa manifestation dans certaines créations artistiques, essentiellement horlogères. C’est dans ce contexte que fut créé le modèle de la pendule que nous présentons, certainement une représentation allégorique de la découverte du Nouveau Monde, qui fut décliné en deux variantes. Tout d’abord, un premier type sur lequel le personnage est assis sur un char et dont quelques rares exemplaires sont répertoriés, notamment une première pendule qui est conservée au Musée du Nouveau Monde de La Rochelle ; ainsi qu’une seconde reproduite dans G. et A. Wannenes, Les plus belles pendules françaises, De Louis XIV à l’Empire, Florence, 2013, p.315 ; enfin, un second type, qui correspond à celui que nous proposons et dont quelques rares autres exemplaires sont répertoriés, mentionnons particulièrement les deux pendules de ce modèle qui appartiennent aux collections du Musée François Duesberg à Mons (illustrées dans Musée François Duesberg, Arts décoratifs 1775-1825, Bruxelles, 2004, p.59).

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    Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)

    Importante et rare pendule de cheminée en bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat ou à l’or bruni au thème de l’adolescence de Paul et Virginie

    « Le Triomphe de la Vertu et de l’Innocence »

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    « Levol à Paris »

    Dans une caisse attribuée à Pierre-Philippe Thomire

    Paris, époque Consulat, vers 1800

    Hauteur66 Largeur65.3 Profondeur15.8

    Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « Levol à Paris », indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre repercé et doré ; il s’inscrit dans une superbe caisse néoclassique à décor de personnages entièrement réalisée en bronze très finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré à l’or mat ou à l’or bruni. Le mouvement, à sonnerie des heures et des demies-heures, est renfermé dans une boite circulaire, à lunette soulignée de frises perlées ou alternées de feuilles d’eau et tigettes, surmontant une draperie, à franges rythmées de fines cordelettes, agrémentée d’un bandeau repercé à jeu de croisillons ; cette boite tient lieu de support au superbe groupe sommital représentant deux personnages assis côte-à-côte figurant un jeune homme et une jeune femme, cette dernière tenant dans sa main gauche une draperie voletante leur servant de parapluie ; il s’agit de la représentation d’un épisode du roman « Paul et Virginie » au cours duquel, Virginie, surprise par une ondée, se servit d’une partie de sa robe en tant que parapluie, elle la leva au-dessus de sa tête et protégea également Paul qui l’accompagnait. Le groupe, d’où émane une forte tendresse dans les attitudes et les jeux de regard, repose sur un palanquin, à brancards à l’imitation de tiges de bambou, porté par deux personnages noirs sculpturaux, vêtus de pagnes soulignés d’un bandeau à motifs brunis ou amatis ; sur la terrasse, un chien, patte avant droite levée, anime la composition. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire à légers décrochements agrémentée de motifs en applique de palmiers et ornée, en façade, d’un panneau en réserve à décor d’une scène dans une perspective paysagée relative à l’adolescence des deux jeunes héros. Enfin, quatre pieds également ouvragés de frises feuillagées supportent l’horloge.

    Avant la fin du XVIIIe siècle, le noir constitue rarement un thème décoratif pour les créations horlogères françaises et plus largement européennes. C’est véritablement à la fin de l’Ancien Régime, plus précisément dans la dernière décennie du XVIIIe siècle et dans les premières années du siècle suivant, qu’apparaissent les premiers modèles de pendules dites « au nègre » ou « au sauvage ». Cette vogue était le résultat d’un contexte social et romantique particulier. En effet, à la fin du XVIIIe siècle, sous l’impulsion des écrits philosophiques de Jean-Jacques Rousseau qui exaltait les vertus morales du retour à la Nature à travers le mythe du « bon sauvage », l’engouement pour l’exotisme fut tout particulièrement mis à la mode par la littérature contemporaine. Ainsi, le prodigieux succès littéraire de « Paul et Virginie » de Bernardin de Saint-Pierre en 1788, héritier lointain du fameux « Robinson Crusoé » de Daniel Defoe, le roman « Les Incas » de Marmontel, paru en pleine guerre de l’indépendance américaine, ainsi qu’« Atala » de Chateaubriand publiée en 1801, vont profondément bouleverser l’approche européenne des autres civilisations et même faire plonger la culture du vieux continent dans une forte nostalgie romantique liée à la quête d’un Eden païen régénéré par le christianisme. Comme souvent dans les arts décoratifs français, ce bouleversement aura sa manifestation dans certaines créations artistiques, essentiellement horlogères ou liées au luminaire. C’est dans ce contexte que fut créée la pendule que nous proposons dont le dessin particulièrement élaboré et la qualité exceptionnelle de la ciselure, de la dorure et de la patine « au naturel » des deux personnages noirs, témoignent d’un artisan-bronzier de tout premier plan, de toute évidence Pierre-Philippe Thomire, à qui ce modèle est logiquement attribué.

    La composition s’inspire plus ou moins directement d’un modèle horloger, nettement moins spectaculaire et abouti, représentant un groupe de Paul et Virginie porté sur un brancard soutenu par deux jeunes porteuses noires. De ce type, moins rare, sont notamment connus : un premier exemplaire qui est conservé au Musée Duesberg à Mons (paru dans le catalogue de l’exposition « De Noir et d’Or », Pendules « au bon sauvage », Musées Royaux d’Art et d’Histoire, Bruxelles, 1993) ; ainsi qu’un deuxième qui est illustré dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age à nos jours, Paris, 1997, p.344 ; enfin, citons une dernière pendule de ce type qui est illustrée dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.379, fig.5.15.20 ; cette dernière est rattachée à l’œuvre du  bronzier parisien Louis-Isidore Choiselat, dit Choiselat-Gallien (1784-1853), l’un des meilleurs bronziers de la capitale et concurrent de Pierre-Philippe Thomire.

    Contemporain de ce modèle dit « aux porteuses », les pendules « aux porteurs noirs » sont nettement plus élaborées et spectaculaires, notamment en considérant bien évidemment leurs dimensions monumentales, mais également l’originalité de leur composition parfaitement équilibrée et, enfin, par la qualité exceptionnelle de leur ciselure et de leur dorure. De plus, relevons que ce modèle se distingue également par sa rareté ; en effet, parmi les quelques exemplaires identiques répertoriés, citons particulièrement celui qui est attribué à Pierre-Philippe Thomire et exposé au Musée François Duesberg à Mons (illustré dans Musée François Duesberg, Arts décoratifs 1775-1825, Bruxelles, 2004, p.66) ; selon la tradition, l’exemplaire du Musée Duesberg aurait été directement commandé à Thomire en 1802 par Bonaparte, futur Empereur Napoléon, pour être offert à l’écrivain Bernardin de Saint-Pierre dont il admirait l’œuvre, particulièrement « Paul et Virginie ».

    Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

    Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.



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