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  • Rare et importante paire de brûle-parfums « en athénienne » en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni

    APF_Brules Parfum003_09

    Russie, époque impériale, probablement Saint-Pétersbourg, vers 1810

    Hauteur56 cm Diamètre22 cm

    Entièrement réalisé en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni, chaque brûle-parfum se présente sous la forme d’une athénienne néoclassique ; les réceptacles circulaires, à couvercles repercés de palmettes et courses de feuillages, sont sommés de boutons en forme de flammes et reposent sur trois montants en sphinges ailées monopodes coiffées du némès égyptien dont les bustes se prolongent en jarrets de lion ; leurs queues sinueuses sont en serpents aux écailles finement ciselées agrémentées d’ailes de papillons. Les reptiles se rattachent à des amphores « à l’antique », aux panses rythmées de mascarons et culots ornés de feuilles d’eau et palmettes, soutenues par des longues feuilles stylisées reposant sur des tablettes circulaires servant d’entrejambe ; les parties inférieures tripodes se terminent en pattes de lion émergeant de larges palmes centrées de palmettes stylisées ; l’ensemble repose sur des bases triangulaires à angles abattus et faces concaves.

    La composition particulièrement originale de cette importante paire de brûle-parfums en athénienne s’inspire plus ou moins directement d’un tableau de Jean-Baptiste Vien intitulé « La vertueuse athénienne » sur lequel une prêtresse brûle de l’encens sur un trépied ; tiré de ce tableau, le terme « athénienne » fut donné en 1773 par l’éditeur parisien Jean-Henri Eberts. Le dessin puise librement son inspiration dans un modèle antique connu dès le XVIIIe siècle découvert lors des fouilles archéologiques du temple d’Isis à Herculanum. Par la suite, ce type de trépied sera décliné tout au long du XVIIIe siècle et dans les premières décennies du siècle suivant par les meilleurs bronziers parisiens et européens de l’époque. Ainsi, une paire d’athéniennes, attribuée au frères Manfredini et fortement inspirée du modèle antique, est conservée à la Villa Masséna à Nice (voir L. Mézin, La Villa Masséna du Premier Empire à la Belle Epoque, 2010, dans p.85) ; tandis qu’une seconde paire, travail parisien d’époque Empire réalisée dans le même esprit que celle que nous présentons, appartient aux collections du Musée des Arts décoratifs à Paris (illustrée dans le catalogue de l’exposition L’Aigle et Papillon, Symboles des pouvoirs sour Napoléon 1800-1815, O. Nouvel-Kammerer, « La Victoire au quotidien et les gardiens du régime », Paris, Les Arts décoratifs, 2007, p.195, catalogue n°97).

    Enfin, relevons particulièrement que des brûle-parfums identiques à ceux que nous proposons, toutefois associant bronze patiné et bronze doré, se trouvent actuellement sur le Marché de l’Art helvétique. Leur conception, l’originalité de leur dessin et le travail spécifique du bronze, permettent de les rattacher à un bronzier russe, probablement actif à Saint-Pétersbourg dans les toutes premières décennies du XIXe siècle. Grâce à un papier manuscrit d’inventaire, leur provenance ancienne a pu être retracée. En effet, ils se trouvaient au XIXe siècle au Palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, résidence de Maximilien duc de Leuchtenberg, petit-fils de l’Impératrice Joséphine et époux de la Grande Duchesse Maria Nikolaevna, fille du Tsar Nicolas Ier. Une aquarelle d’Eduard Petrovich Hau (1807-1887) conservée au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, datée 1866 et représentant le Salon turquoise du palais, les localise dans cette pièce devant le grand miroir du salon au fond de la salle (voir E. Ducamp, Vues du palais d’Hiver à Saint Pétersbourg, 1994, p. 218).

    Sèvres
    Manufacture Royale de Sèvres

    Importante paire de vases dits « étrusques » à décor néoclassique or et platine sur fond bleu

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    Manufacture royale de porcelaine de Sèvres, époque Louis-Philippe, datés 1841

    Hauteur41

    Chaque vase présente une panse ovoïde surmontée d’un haut col terminé par une lèvre dont l’intérieur porte la marque de la Manufacture royale de porcelaine de Sèvres formée d’un médaillon centré du monogramme royal « LP » sous couronne fermée encadré de la signature « SEVRES » et de la date « 1841 ». Ils sont très richement décorés de motifs « à l’antique », or et platine se détachant sur un fond bleu, disposés en registres d’ornements formant des frises à motifs tels que fleurons et crosses terminées en volutes, zigzags, postes à palmettes encadrées d’enfilages de perles, larges rosaces dans des rinceaux d’ornements soulignés de fleurettes, grecques rythmées de carrés à pointillés, vagues affrontées, branchages de lierre…ils reposent sur des bases circulaires traitées en bagues moulurées, dont les revers portent une marque gravée en creux « LP », correspondant au tourneur Louis-Marie Lapierre, dit Lapierre père (actif à Sèvres de 1813-1841), et une signature de doreur B.F non identifiée.

    La composition originale de ces vases, particulièrement leur forme, sobre, élancée et parfaitement équilibrée, fut créée à la Manufacture royale de Sèvres dans le dernier quart du XVIIIe siècle et sera déclinée pendant plusieurs décennies en variant les motifs pour l’adapter au goût des amateurs. Leur décor antiquisant, d’une exceptionnelle inventivité, puise plus ou moins directement son inspiration dans la collection de vases antiques étrusques qui fut offerte par le baron Vivant-Denon à la Manufacture et qui influencera notamment Antoine-Gabriel Willermet, chef des peintres de la Manufacture de 1825 à 1848, dans la création de ses dessins préparatoires.

    De nos jours, parmi les rares paires de vases de Sèvres répertoriées de forme et de décor similaires, citons particulièrement : une première paire, dite « étrusque Turpin », livrée en mai 1843 pour le Palais de Saint-Cloud et conservée au Musée national du Château de Fontainebleau (reproduite dans B. Chevallier, Les Sèvres de Fontainebleau, Porcelaines, terres vernissées, émaux, vitraux (pièces entrées de 1804 à 1904), RMN, Paris, 1996, p.117, catalogue n°79) ; ainsi qu’une deuxième, dite « étrusque carafe », qui se trouvait en 1852 dans le Grand Salon de l’appartement de l’Empereur Napoléon III à Saint-Cloud (parue dans B. Ducrot, Musée national du Château de Compiègne, Porcelaines et terres de Sèvres, RMN, Paris, 1993, p.154, catalogue 100) ; enfin, mentionnons un dernier vase de ce type qui appartient aux collections du Musée Condé de Chantilly (illustré dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Fribourg, 1978, p.294, fig.375).

    Manufacture Royale de Sèvres

    Patronnée par Louis XV et la marquise de Pompadour, la Manufacture de Vincennes voit le jour en 1740 pour concurrencer les créations de la Manufacture de Meissen, se positionnant ainsi comme sa principale rivale européenne, et sera transférée à Sèvres en 1756, devenant la Manufacture royale de porcelaine de Sèvres. De nos jours toujours en activité, elle connaîtra tout au long de son histoire d’exceptionnelles périodes de création en faisant appel aux meilleurs artistes et artisans français et européens. Rattachée aux souverains et aux empereurs, elle sera la vitrine du savoir-faire français et la plupart des créations sorties de ses ateliers seront destinées à être offertes en cadeaux diplomatiques ou à participer au décor et au faste des nombreux châteaux et palais royaux et impériaux des XVIIIe et XIXe siècles.



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    Exceptionnelle et monumentale coupe sur pied ou Tazza en malachite et bronze ciselé et doré

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    Attribuée aux ateliers lapidaires impériaux d’Ekaterinbourg

    Russie, premier tiers du XIXe siècle, vers 1815

    Hauteur71.5 Diamètre48

    Cette coupe de forme circulaire est réalisée avec de superbes morceaux de malachite de différentes nuances vertes assemblés les uns aux autres avec une grande habileté et dont le lissé sans aucun défaut donne l’illusion parfaite que ses différentes parties sont taillées directement dans le bloc. Elle présente une lèvre débordante travaillée en arrondi et une panse curviligne ponctuée d’un double filet qui rythme la composition avec élégance. L’ensemble est supporté sur un pied largement évasé qui repose sur une plinthe quadrangulaire. Son décor de bronze est d’une exceptionnelle qualité de ciselure et de dorure : une frise alternée de feuilles d’eau et de feuilles d’acanthe ceinture la partie basse du piédouche, tandis que la partie supérieure est sommée d’un chapiteau à tigettes et feuilles stylisées bordé de frises d’oves et d’enfilage de perles.

    Cette coupe est une manifestation spectaculaire du génie des maîtres lapidaires russes des premières décennies du XIXe siècle. Son matériau, la malachite, illustre le savoir-faire de ces artisans d’exception qui surent tirer partie de l’exceptionnelle richesse des sous-sols russes en matière de marbres et de pierres semi-précieuses. L’exploitation de la malachite débuta dès la fin du XVIIe siècle, mais c’est véritablement au début du XIXe siècle que certains producteurs, particulièrement les Demidoff, exploitèrent largement les filons. A l’instar du lapis-lazuli et de certains jaspes, les nombreuses inclusions dans la pierre de malachite rendaient le travail de taille quasi impossible ; les artisans russes durent s’adapter et décidèrent de découper les blocs de malachite en fines lamelles sélectionnées pour leur coloris et de les utiliser en mosaïques à la manière des anciens artisans florentins. Cette technique nécessitait un support lisse, ou âme, réalisé en fer ou en cuivre qui était revêtu d’un mastic chaud et sur lequel étaient collées les lamelles de malachite sciées à volonté et assemblées avec minutie. La dernière étape consistait à polir la surface pour donner l’illusion d’un bloc unique. Rapidement, la malachite devint le matériau favori des souverains et des tsars qui commandèrent de nombreux objets décoratifs, notamment pour le salon des malachites du Palais d’Hiver de Moscou et pour le Palais de l’Ermitage.

    La tazza que nous proposons fut réalisée dans ce contexte particulier. Son décor de bronze doré illustre la virtuosité des bronziers russes qui s’inspiraient directement des modèles parisiens de l’époque et des nombreux bronzes d’ameublement français conservés en Russie. Sa composition peut être rapprochée de quelques rares coupes en malachite connues réalisées dans le même esprit, citons notamment deux coupes plus tardives réalisées vers 1840 : la première se trouvait anciennement dans la collection du marquis de Bath à Longleat (voir Country Life, 29 avril 1949, p. 992, fig.7) ; tandis que la seconde fut offerte par l’empereur Nicolas Ier à l’infante Louis d’Espagne (illustrée dans le catalogue de l’exposition Trésors des Tzars, 1998, fig. 297). Enfin, relevons particulièrement qu’une coupe identique à celle présentée est conservée au Palais du Grand Trianon dans les jardins du château de Versailles ; elle fut achetée par la Couronne en mai 1828 au maréchal duc de Raguse qui revenait de son séjour diplomatique en Russie (illustrée dans D. Ledoux-Lebard, Le Grand Trianon, Meubles et objets d’art, RMN, Paris, 1975, p.107 et 112).

    Hallberg
    Ivan Hallberg (1778-1863)

    Exceptionnelle Tazza néoclassique en rhodonite et néphrite montée en bronze finement ciselé et doré

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    Sur un dessin d’Ivan Hallberg

    Russie, milieu du XIXe siècle, vers 1845-1855

    Hauteur28 Diamètre12.7

    Provenance :

    – Ludwig Nobel (1831-1888) ;

    – Puis par descendance : Sotheby’s, Londres, le 12 juin 2008, lot 696.

     

    En forme de trépied antique dit « athénienne », cette Tazza ou urne tripode présente une composition particulièrement élaborée. Trois montants droits en néphrite en forme de pilastres à chapiteaux et bases moulurés en bronze ciselé et doré sont réunis entre eux par un anneau orné d’une frise de grecques ; ils sont décorés de rosettes et terminés en pattes de lion. Ils supportent une urne en rhodonite à panse ovoïde ceinturée d’une frise d’oves et de dards et dont le cul-de-lampe est formé d’un bouquet feuillagé souligné d’une frise de godrons et terminé par une graine. L’ensemble est supporté par une base ou plinthe circulaire en rhodonite. Le tout se distingue par la très grande qualité de taille et de polissage des pierres.

    Cet objet d’art insolite témoigne de l’exceptionnel savoir-faire des artisans russes de la première moitié du XIXe siècle qui surent parfaitement intégrer à leurs réalisations les motifs et les matériaux les plus divers pour aboutir à des pièces hors du commun. Sa composition « à l’antique » s’inspire plus ou moins directement des trépieds en bronze découverts à partir du milieu du XVIIIe siècle lors des fouilles des anciennes cités romaines de Pompéi et d’Herculanum dans la région napolitaine et qui, diffusés par la gravure, furent une source d’inspiration extraordinaire pour les artistes et les artisans européens. A partir de ce dessin élégant, le lapidaire russe qui réalisa l’exemplaire que nous proposons a pu entièrement composé son œuvre à partir de blocs de deux variétés de pierres dures d’origine russe, la rhodonite et la néphrite, qu’il a minutieusement sélectionnées pour la rareté de leurs nuances. Cette possibilité lui avait été donnée grâce à la fabuleuse richesse des carrières russes, particulièrement celle de Kolyvan, qui furent largement exploitées pour produire des objets en pierres dures essentiellement destinés au décor et à l’aménagement des palais impériaux ; de nos jours de nombreux objets et ensembles décoratifs conservés dans les anciennes résidences des Tsars de Russie témoignent de cette richesse exceptionnelle.

    Ce modèle de Tazza rencontra un immense succès auprès des grands amateurs russes de l’époque mais ne fut décliné que très rarement dans plusieurs variétés de marbres ou de pierres dures et dans différentes dimensions jusqu’au milieu des années 1850. Enfin, soulignons que, chose peu fréquente dans les arts décoratifs de l’époque, le dessin original préparatoire à la création de cette Tazza est répertorié au moment où il fut déposé par l’architecte Ivan Hallberg, précisément le 17 octobre 1842. En fait, ce dessin était destiné à la création d’un modèle en malachite de plus grandes dimensions qui fut élaboré dans les ateliers lapidaires d’Ekaterinbourg, puis envoyé à la fonderie Chopin à Saint-Pétersbourg pour être monté en bronze ciselé et doré. Enfin, en 1845, cette Tazza plaquée en malachite fut livrée au Palais d’Hiver et fut certainement très appréciée par le Tsar, puisqu’un modèle identique fut immédiatement commandé ; plus tard, cette paire ornait les appartements de l’Impératrice Alexandra Feodorovna. De nos jours, l’une de ces deux Tazza appartient aux collections du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (illustrée dans N. Mavrodina, The State Hermitage Museum, The Art of Russian Stone Carvers 18th-19th Centuries, The Catalogue of the Collection, Saint-Pétersbourg, 2007, p.251).

    Ivan Hallberg (1778 - 1863)

    Ivan Hallberg était architecte et ornemaniste du Cabinet du Tsar.



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    Rare paire de candélabres à deux lumières en acajou et bronze très finement ciselé, moleté et doré à l’or mat ou à l’or bruni

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    Travail étranger, probablement d’Europe du Nord, de la fin du XVIIIe siècle

    Hauteur47.5 Largeur32

    Entièrement réalisé en acajou mouluré et bronze très finement ciselé, moleté et doré à l’or mat ou à l’or bruni, chaque candélabre s’organise autour d’un fût fuselé à bague souligné d’enfilages de perles et tigettes supportant un vase-binet, à tores moulurés émergeant d’un bouquet de feuilles stylisées, sur lequel viennent se fixer deux trompes de chasse agrémentées de glands dans lesquelles s’épanouissent les deux bras de lumières sinueux en forme de serpents, dont les gueules supportent les bassins feuillagés, binets et bobèches à motifs de feuilles, cordelettes et frises de croisillons encadrées de bandeaux unis. Au centre des bras de lumière, dans l’axe du fût, est un vase rythmé de godrons, à anses détachées en serpents et prise en bouquets de feuillages. Les fûts reposent sur des bases circulaires moulurées en cavet ou doucine ceinturées de frises perlées ou de feuilles stylisées.

    La composition particulièrement originale de cette rare paire de candélabres, ainsi que la qualité exceptionnelle de sa dorure et de sa ciselure, témoignent, d’une part, de l’influence française sur les arts décoratifs européens de l’époque, d’autre part, de la parfaite maîtrise des techniques du travail des matériaux employés dans sa réalisation. En effet, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la plupart des grandes cours royales et princières européennes avaient les yeux tournés vers Paris, la capitale incontestable et incontestée des Arts. De nombreux artistes et artisans de tous pays vinrent donc se fixer quelques années dans la capitale afin d’apprendre les techniques et de s’imprégner des nouvelles modes lancées par les grands marchands-merciers et collectionneurs parisiens. De retour dans leurs pays d’origine, ces artistes et artisans, patronnés par les grands collectionneurs, déclineront les modèles français en s’attachant à conserver l’esprit décoratif de leur propre pays. Ces nombreuses interactions auront pour conséquence logique la création de quelques-unes des plus belles pièces des arts décoratifs européens. Les candélabres que nous proposons furent réalisés dans ce contexte particulier ; leur forme particulièrement élaborée suggère une création d’Europe du Nord, très certainement suédoise ; ainsi une paire de grands bougeoirs réalisée dans le même esprit en acajou mouluré, à fût fuselé à cannelures et bobèches et binets en métal doré, appartient aux collections de la Maison Hazelius à Stockholm (illustrée H. Groth, Châteaux en Suède, Intérieur et mobilier néo-classiques 1770-1850, Londres, 1990, p.183).

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    Fleury
    Victor Fleury (actif vers 1860-1880)

    Exceptionnel et rarissime régulateur astronomique

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    Paris, époque Napoléon III, vers 1865-1867

    Hauteur255 Largeur94.5 Profondeur43.5

    Provenance :

    – Très certainement présenté au public à l’Exposition Universelle de 1867 à Paris (voir Tardy, Dictionnaire des horlogers français, Paris, 1971, p.230).

     

    Comprenant dix-neuf cadrans proposant vingt-trois indications, ce régulateur doit être considéré comme le chef-d’œuvre de Victor Fleury et l’une des réalisations horlogères les plus abouties du Second Empire. Au centre, le cadran principal, inscrit « Heure de Paris », indique les heures en chiffres romains et les graduations des minutes sur sa bordure extérieure par deux aiguilles, dites « Breguet », en acier bleui et renferme un calendrier annuel désignant les mois de l’année dans un guichet, les quantièmes du mois et les jours de la semaine, ainsi que les secondes par une trotteuse dans sa partie inférieure ; il surmonte un cartouche contourné signé : « Régulateur composé par Victor Fleury ». Autour de ce cadran, s’organisent quinze cadrans auxiliaires : dans la partie supérieure l’un marque l’équation du temps en précisant la « différence du temps vrai au temps moyen » ; dix autres indiquent l’heure moyenne dans différentes villes à travers le Monde : Constantinople, Londres, Genève, New-York, Saint-Pétersbourg, Vienne, Los Angeles, Besançon, Rome et Jérusalem, avec précisions de leurs longitudes, de leurs latitudes et de leurs décalages horaires respectifs par rapport au méridien de Paris ; dans la partie basse, deux cadrans émaillés bleu à motifs étoilés montrent la marche ascendante et descendante du soleil, ainsi que les phases de la lune, et sont flanqués des deux derniers cadrans désignant l’heure du lever et l’heure du coucher du soleil en chiffres romains.

    L’ensemble s’inscrit sur une platine contournée en laiton ou bronze doré richement agrémentée d’un décor agreste à crosses terminées en enroulements et à guirlandes ou bouquets fleuris et feuillagés qui soulignent le contour sinueux de la platine ; l’amortissement est formé d’un double cartouche rocaille, à motifs ondés et feuilles d’acanthe, flanqué de deux superbes figures allégoriques représentant deux jeunes enfants, l’un, regardant le spectateur et tenant une torche enflammée, symbolisant le Jour, l’autre, endormi et légèrement enveloppé dans une draperie voletant, est une allégorie de la Nuit. Le mouvement, à échappement à ancre de Graham inversé, supporte son balancier compensé, à trois tiges bimétalliques, terminé par une lentille renfermant les bascules et un thermomètre gradué à indications de la condensation ou de la dilatation des métaux et marquant les « degrés du cercle » par une pointe en émail poli. Le tout est renfermé dans une caisse à gaine néoclassique en acajou et placage d’acajou blond à trois faces vitrées à corniche moulurée débordante soulignée d’une frise à canaux et dont l’entablement est soutenu par des supports en consoles rythmées de pastilles ; enfin, la base pleine moulurée à doucine repose sur un contre-socle quadrangulaire.

    Réalisée sous le Second Empire, cette exceptionnelle horloge, témoignage de l’aboutissement des perfectionnements les plus complexes, renoue avec les grandes créations des meilleurs artisans parisiens de la fin du XVIIIe ou des premières années du siècle suivant. Ainsi, sa composition à multiples cadrans n’est pas sans rappeler celle d’un régulateur de parquet, provenant des collections du ministre de la guerre Petiet, qui fut acquis par le Garde-meuble impérial en 1806 pour être installé dans les appartements de Napoléon au château de Fontainebleau (illustré dans J-P. Samoyault, Musée national du Château de Fontainebleau, Catalogue des collections de mobilier, 1-Pendules et bronzes d’ameublement entrés sous le Premier Empire, RMN, Paris, 1989, p.84, catalogue n°50) ; mais surtout, sa conception, à cadran principal et cadrans auxiliaires rayonnants, est particulièrement proche d’une pendule de parquet à quantième perpétuel, signée « Antide Janvier au Louvre 1800-1802 » et donnant l’heure dans différentes villes ou îles lointaines, qui appartient aux collections du Musée national des Arts et Métiers à Paris (reproduite dans M. Hayard, Antide Janvier 1751-1835, Horloger des étoiles, 1995, p.146-147). Enfin, soulignons la qualité exceptionnelle et l’originalité de l’ornementation de bronze très finement ciselé et doré qui participe à la richesse de l’œuvre ; particulièrement les deux figures de chérubins qui semblent s’inspirer plus ou moins directement d’un groupe allégorique à deux figures de putti ornant le recouvrement d’une modèle de pendules créé par le célèbre bronzier Pierre-Philippe Thomire vers 1840 et dont deux exemplaires sont conservés dans les collections publiques françaises ; le premier appartient au Musée des Arts décoratifs à Paris (paru dans Tardy, La pendule française, 2ème Partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1974, p.455) ; tandis que le second est exposé au Musée national du Château de Versailles et des Trianons (voir P. Arizzoli-Clémentel et J-P. Samoyault, Le mobilier de Versailles, Chefs-d’œuvre du XIXe siècle, Editions Faton, Dijon, 2009, p.416-417, catalogue n°162).

    Victor Fleury (actif vers 1860 - 1880)

    Victor Fleury figure parmi les plus importants horlogers parisiens de la seconde moitié du XIXe siècle. Installé au 23, rue de la Paix à Paris, il est mentionné en tant qu’« Horloger de la Marine » sur certaines de ses créations, cet artisan se distingua notamment par ses recherches et sa contribution non-négligeable à l’élaboration d’un nouvel échappement. Auteur des « Nouveaux principes sur le pendule appliqué à l’horlogerie…lettre aux horlogers, aux savants et aux amateurs de l’art », ouvrage publié à Paris en 1865, Victor Fleury donna son nom à un échappement particulièrement ingénieux et réalisa notamment un régulateur à demi-secondes dont l’échappement se réduisait à une petite boule métallique libre mue dans un petit bassin circulaire en cristal de quelques millimètres de diamètre. Vers la fin de sa carrière l’horloger semble s’être installé en province ; ainsi, une montre à boîte en or, signée Victor Fleury à Angers et passée en vente sur le marché de l’art parisien, portait l’annotation : « médailles aux grandes expositions jusqu’en 1867 ».



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    Detouche
    Constantin-Louis Detouche (1810-1889)

    Important régulateur mural en bronze doré

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    Paris, époque Second Empire, daté 1851

    Hauteur185 Largeur47 Profondeur29.5

    Provenance :

    Collection privée française.

     

    Un rare et important régulateur mural en bronze doré de Louis-Constantin Detouche et Jacques-Francois Houdin, portant l’inscription J F Houdin 1851 Exposition de Londres Jacques-Francois Houdin sous le cadran, également signé C Detouche Paris dans une cartouche sur le cadran et numéroté 9730. avec les complications horlogères suivantes: réserve de marche, date, jour de la semaine, mois et équation du temps sectoriel. Le cadran principal, en bronze doré, avec lunette ciselée de raies de cœur, douze grandes cartouches en émail blanc comportant des chiffres romains pour les heures, l’indication extérieure des minutes avec douze petites cartouches comportant des chiffres arabes alternant avec des segments en émail blanc, et un anneau des secondes intérieur (plus tardif, probablement bakélite), avec un secteur gradué pour la réserve de marche à 6 heures, marqué HAUT/BAS, avec trou de remontage au centre, avec aiguilles Breguet en acier bleui pour les heures et les minutes et des aiguilles en acier bleui pour les secondes et réserve de marche.

    Sous le cadran principal un cadran auxiliaire avec lunette ciselée de raies de cœur et un cadran annulaire en émail blanc indiquant la date, le jour de la semaine et le mois avec sa durée (28, 30 ou 31 jours), centré par un marqueur indiçant la date annuelle qui comporte également l’équation du temps, sur un secteur en émail blanc avec indications peintes en noir et graduées de +15mn à -15mn et AVANCE/RETARD, avec calendrier annuel et came en forme de haricot visible à travers les roues percés, sur un fond en émail bleu avec étoiles d’or, avec aiguilles Breguet et une aiguille équilibrée en acier bleui pour le temps moyen et une aiguille « soleil » en bronze doré pour le temps vrai. Le mouvement à 15 jours de réserve de marche, avec un poids en acier et laiton, échappement à ancre à recul, régulateur micrométrique et remontoir d’égalité et un pendule à compensation à gril en acier et laiton, placé devant une fausse plaque finement gravée pour le protéger des interférences dues à la descente du poids, la grande lentille centrée par un thermomètre avec cadran sectoriel en émail blanc, avec une aiguille en acier bleui, indiquant la condensation et dilatation des tiges en métal ; le pendule est suspendu par un câble d’acier. La boîte rectangulaire en bronze doré avec corniche en escalier, se terminant par des volutes en bronze doré.

    Ce régulateur comprend plusieurs mécanismes spécialisés, dont le remontoir d’égalité qui transmet une force constante au pendule ou balancier, pour éviter les inégalités causées par des variations de la force motrice : à intervalles réguliers le remontoir met sous tension  un ressort ou petit poids qui transmet une force constante à l’échappement. Le régulateur indique également l’équation du temps, c’est-à-dire la différence entre le temps solaire et le temps moyen.

    Ce régulateur comprend plusieurs mécanismes spécialisés, dont le remontoir d’égalité qui transmet une force constante au pendule ou balancier, pour éviter les inégalités causées par des variations de la force motrice : à intervalles réguliers le remontoir met sous tension  un ressort ou petit poids qui transmet une force constante à l’échappement. Le régulateur indique également l’équation du temps, c’est-à-dire la différence entre le temps solaire et le temps moyen.

    Exposé à l’Exposition de Londres en 1851, où il reçut une médaille, ce régulateur est décrit dans le catalogue officiel de l’exposition comme suit :

    « Un grand régulateur dans une boîte en bronze doré, le devant et les côtés en verre. Il indique les secondes et l’équation du temps, avec un index pour le mois et le jour. Son pendule, en même temps compensateur au moyen de leviers, est l’invention de l’un des exposants. Ce  régulateur est exposé pour sa précision et ses finitions. » (The Great Exhibition 1851, Report on Horological Instruments, 1851, p. 339).

    Constantin-Louis Detouche (1810 - 1889)

    Ayant reçu la Légion d’Honneur en France en 1853 et la Croix de l’ordre du Dannebrog au Danemark, était nommé horloger de la ville de Paris et de l’Empereur Napoléon III. Sa firme, probablement la plus importante en France à l’époque, rencontra énormément de succès.

    A l’exposition de Nîmes en 1862, la compagnie fut décrite comme suit : « la maison Detouche de Paris, fondée en 1803 ; son volume d’affaires grandit chaque année et aujourd’hui elle fait un chiffre, en France et à l’étranger, de plus de 3 millions de francs. Les objets horlogers, des pièces de précision aux articles ordinaires, représentent plus de 1,200,000 francs. M. Detouche a reçu les récompenses les  plus prestigieuses ; je ne mentionnerai ici que : la médaille d’or à l’exposition universelle d’horlogerie de Besançon en 1860, et la médaille d’or à Londres en 1862. On lui a décerné la Croix de la Légion d’Honneur pour sa contribution aux progrès de l’horlogerie et le roi du Danemark l’a gratifié de la Croix de Dannebrog pour son horloge électrique. De tels objets, qui mériteraient qu’on les décrive en détail, présentent des améliorations qui devraient être connues et appréciées par chaque horloger qui a bénéficié du travail et des services de M. Detouche… Le jury a noté tout particulièrement un régulateur de style rocaille en bronze doré, d’un goût remarquable, qui mesure 1m 90 ; … Les tourniquets vus à l’exposition et considérés comme indispensables en France et à l’étranger sont également l’invention de M. Detouche. Tous les articles produits par cette maison méritent d’attirer l’attention de par leurs prix modérés, leur élégance, leur riche ornementation, leur précision, et leur excellente facture. Le jury décerne à M. Detouche un diplôme d’honneur. » (« Revue Chronométrique », 8ème année, vol. IV, juin 1862 – juin 1863, « Exposition de Nîmes », Paris, 1862, pp. 605-609).

    En 1851, six ans après l’arrivée de Houdin, la maison Detouche prit part à la Great Exhibition de Londres (la première exposition universelle) sous la dénomination « Chronometer makers, 158 and 160 rue St Martin, Paris ».

    En 1887, vers la fin de sa vie, Detouche subventionne la publication delà troisième édition du Traité d’Horlogerie Modern Théorique et Pratique de Claude Saunier (1816-1896), également appelée l’édition C. Detouche (944 pages, publié à Paris) et l’addendum (112 pages, également publié à Paris).

    Parmi les autres prestigieuses créations de Detouche et Houdin, on pourrait citer deux grands régulateurs astronomiques,  avec indication des heures, minutes, secondes, jours, mois et la date, heure du lever et du coucher du soleil, l’équation du temps, lever et coucher de la lune, ainsi que ses phases et âge, et les variations barometriques et thermometriques. Sur ces deux régulateurs, le cadran principal est entouré de quatorze cadrans subsidiaires indiquant le temps dans quatorze villes dans le monde. Pendant longtemps, l’un de ces régulateurs s’est trouvé à l’angle de la rue Saint-Martin et la rue de Rivoli ; aujourd’hui il se trouve dans la Manufacture François-Paul Journe SA, à Genève.



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    Grandperrin
    Ferdinand-Joseph Grandperrin

    Exceptionnel et unique régulateur à balancier à plaque en mica

    APF14_Pendulerie_0100

    Paris, 1854-1855

    Hauteur191 Largeur67 Profondeur59

    Provenance :

    Exposé à l’Exposition Universelle de 1855 à Paris.

     

    Le cadran annulaire émaillé, signé « Fn Grandperrin rue St Honoré 394 Paris », indique les heures en chiffres romains et les graduations des minutes, et marque les secondes par une trotteuse centrale. Il est renfermé dans une superbe caisse en bronze finement ciselé et doré à motifs de frises de feuilles stylisées, de rinceaux feuillagés et de rouleaux latéraux terminés en enroulements et soulignés de larges cannelures ; l’amortissement est formé d’une coupe décorée de cannelures et d’entrelacs et remplie de fleurs qui retombent en guirlandes sur les côtés du cadran. L’ensemble repose sur une gaine moulurée en ébène ou bois noirci à encadrements d’enfilage de perles et à panneaux de glace qui permettent de voir le balancier ; ce dernier présente un double cadran annulaire émaillé, le premier sert de thermomètre et le second indique la dilatation des métaux, et renferme une plaque rectangulaire en mica, l’un des constituants du granit. Le tout est supporté par quatre forts pieds en bronze doré formés de bouquets de feuilles enserrés de bagues. Le mécanisme va un an sans être remonté.

    Ce spectaculaire régulateur peut-être considéré comme le chef-d’œuvre de l’horloger-mécanicien Grandperrin. Excepté la perfection de son mécanisme, la pureté de la composition de sa caisse et l’exceptionnelle qualité du travail de ciselure et de dorure de son décor de bronze, il présente la particularité d’intégrer une plaque en mica à son balancier ; ingénieux perfectionnement horloger qui fut breveté par Grandperrin le 31 octobre 1854, l’année qui précéda la présentation du régulateur à l’Exposition Universelle (voir Catalogue des brevets d’invention pris du 1er janvier au 31 décembre 1854 dressé par ordre du Ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics, Paris, 1855, p. 248 : « Emploi d’une substance dans la fabrication des balanciers et suspensions d’horlogerie »). Lors de l’Exposition Universelle, cette innovation ne passa pas inaperçue car elle corrigeait les défauts des balanciers à gril par son insensibilité à la dilatation et à la contraction, ainsi que par son incroyable légèreté qui permet aux balanciers « de rapprocher considérablement le point d’oscillation du centre de gravité » (voir H. Boudin, Le Palais de l’Industrie universelle, ouvrage descriptif ou analytique des produits les plus remarquables de l’Exposition de 1855, Paris, p. 125). Enfin, relevons qu’à notre connaissance le régulateur que nous proposons est le seul modèle connu qui comporte cette innovation technique.

    Ferdinand-Joseph Grandperrin

    Fils de l’horloger parisien Nicolas-François Grandperrin et d’Anne-Antoinette-Victoire Lherminier, Ferdinand-Joseph Grandperrin reprend le fonds de commerce de son père à la fin des années 1830 ou au début de la décennie suivante et développe rapidement l’activité. Installé au 394, rue Saint-Honoré, il connaît une grande notoriété et se marie, en septembre 1842, avec Eléonore-Pauline Meugnot, certainement la fille de l’horloger Joseph-Julie-Alexandrine Meugnot mentionné en 1830 place de l’Oratoire. Rapidement Grandperrin se distingue pour ses créations reconnues pour leur originalité et la perfection des mouvements.



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