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Lepaute  -  Osmond
Pierre-Basile Lepaute (1750-1843)
Robert Osmond (1711-1789)

Importante pendule aux sphinges en marbre blanc statuaire, marbre brocatelle d’Espagne et bronze ciselé et doré

APF_Pendule161_02

« Lepaute »

Les bronzes attribués à Robert Osmond

Paris, époque Louis XVI, vers 1785

Hauteur46 Largeur48 Profondeur12

Le cadran circulaire émaillé, signé « Lepaute à Paris », indique les heures, les minutes par tranches de quinze et les quantièmes du mois en chiffres arabes, par trois aiguilles, dont deux en bronze repercé et doré ; il s’inscrit dans une caisse néoclassique entièrement réalisée en marbres blanc statuaire et brocatelle d’Espagne, et en bronze très finement ciselé et doré. Le mouvement est renfermé dans une borne « à l’antique », soulignée d’écoinçons à rinceaux à palmettes et d’un tore de laurier, qui supporte un entablement à moulure godronnée sur lequel repose l’Amour ailé assis sur des nuées, son carquois en bandoulière, qui porte son index à sa bouche : allégorie du Silence. De part et d’autre de la borne, est assise une sphinge fièrement dressée sur ses pattes antérieures dont la queue se termine en rinceaux feuillagés. L’ensemble repose sur une base quadrangulaire à côtés arrondis ceinturée d’une frise de feuilles stylisées et richement décorée de palmettes en applique et d’un bas-relief central de forme rectangulaire représentant un satyre dansant avec de jeunes nymphes. Enfin, six pieds fuselés, soulignés d’enfilages de perles et de frises à canaux, terminent la composition de l’horloge.

Cette pendule, témoignage précoce de l’Egyptomanie en France sous le règne de Louis XVI, figure parmi les créations horlogères parisiennes les plus abouties de l’époque. Elle s’inspire librement de certains projets d’ornemanistes du temps, notamment d’une gravure de Jean-François Forty qui est illustrée dans P. Kjellberg,  Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p.173, fig. C ; ainsi que d’un dessin de l’architecte François-Joseph Bélanger (1744-1818) qui correspond à une horloge livrée en 1781 pour le Salon du pavillon de Bagatelle du comte d’Artois ; voir une pendule du « modèle Artois » qui est conservée à la Wallace Collection à Londres (voir Tardy, La pendule française, 2ème partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.239).

L’exemplaire que nous proposons se distingue par la qualité d’exécution de sa caisse en bronze qui nous permet de l’attribuer à Robert Osmond et par la position assise des sphinges, attitude que l’on retrouve sur quelques rares autres exemplaires de la même époque réalisés dans le même esprit, citons particulièrement : un premier modèle, réalisé par Godon pour le roi d’Espagne, qui appartient aux collections royales espagnoles (paru dans J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.77, catalogue n°61) ; un deuxième, qui est conservé dans une collection privée, est reproduit dans M. Burckhardt, Mobilier Louis XVI, Editions Charles Massin, Paris, p.25 ; un troisième, particulièrement élaboré et richement décoré de figures allégoriques, se trouvait anciennement dans la collection Chappey (illustré dans P. Kjellberg, op.cit., Paris, 1997, p.258, fig. A) ; enfin, mentionnons une dernière pendule de ce type qui fut livrée par Lepaute pour le comte d’Artois et qui est exposée dans la Chambre du Roi au Petit Trianon (voir le catalogue de l’exposition Le château de Versailles raconte le Mobilier national, Quatre siècles de création, Paris, 2011, p.149-151).

Compte tenu de la date de réalisation de la pendule que nous présentons, il s’agit très probablement de la signature de Pierre-Basile Lepaute, dit Sully-Lepaute (1750-1843), l’un des plus importants horlogers parisiens de la fin du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant.

Pierre-Basile Lepaute (1750 - 1843)

Pierre-Basile Lepaute, dit Sully-Lepaute, est l’un des plus importants horlogers parisiens de la fin du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. Il rejoint ses oncles, également horlogers, dans la capitale vers le milieu des années 1760 et débute sa formation dans l’atelier familial. Dans un premier temps, il s’associe avec son oncle et son cousin, avant de racheter la société familiale en 1789. Vers la fin du XVIIIe siècle, il fonde avec son neveu, Jean-Joseph Lepaute, un nouvelle société qui dure jusqu’en 1811 et qui reçoit notamment une médaille d’argent à l’Exposition des Produits de l’Industrie de 1806. En 1811, son neveu installe son propre atelier, tandis que Pierre-Basile forme avec son fils, Pierre-Michel (1785-1849), une nouvelle société sous la raison sociale « Lepaute et fils ». Pendant plusieurs décennies, ils seront les principaux fournisseurs de pendules pour le Garde-Meuble impérial, puis royal ; recevant successivement les titres d’Horloger de l’Empereur sous Napoléon et d’Horloger du Roi à la Restauration.



Robert Osmond (1711 - 1789)

Le bronzier Robert Osmond nait à Canisy, près de Saint-Lô ; il fait son apprentissage dans l’atelier de Louis Regnard, maître fondeur en terre et en sable, devenant maître bronzier à Paris en 1746. On le trouve d’abord rue des Canettes, paroisse St Sulpice, et dès 1761, dans la rue de Mâcon. Robert Osmond devient juré de sa corporation, s’assurant ainsi une certaine protection de ses droits de créateur. En 1753 son neveu quitte la Normandie pour le rejoindre, et en 1761, l’atelier déménage dans la rue de Macon. Le neveu, Jean-Baptiste Osmond (1742-après 1790) est reçu maître en 1764 ; après cette date, il travaille avec son oncle ; leur collaboration fut si étroite qu’il est difficile de distinguer entre les contributions de l’un et de l’autre. Robert Osmond prend sa retraite vers 1775. Jean-Baptiste, qui continue de diriger l’atelier après le départ de son oncle, connaît bientôt des difficultés ; il fait faillite en 1784. Son oncle Robert meurt en 1789.

Bronziers et ciseleurs prolifiques, les Osmond pratiquaient les styles Louis XV et néoclassiques avec un égal bonheur. Leurs œuvres, appréciées à leur juste valeur par les connaisseurs de l’époque, furent commercialisées par des horlogers et des marchands-merciers. Bien qu’ils aient produit toutes sortes de bronzes d’ameublement, y compris des chenets, des appliques et des encriers, aujourd’hui ils sont surtout connus pour leurs caisses de pendules, comme par exemple celle qui représente le Rapt d’Europe (Musée Getty, Malibu, CA,) dans le style Louis XV, et deux importantes pendules néoclassiques, dont il existe plusieurs modèles, ainsi qu’un vase à tête de lion (Musée Condé de Chantilly et le Cleveland Museum of Art) et un cartel avec rubans ciselés (exemples dans le Stockholm Nationalmuseum et le Musée Nissim de Camondo de Paris). Une pendule remarquable, ornée d’un globe, des amours, et d’une plaque en porcelaine de Sèvres (Louvre, Paris) compte également parmi leurs œuvres importantes.

D’abord voués au style rocaille, au début des années 1760 ils ont adopté le nouveau style néoclassique, dont ils devinrent bientôt les maîtres. Ils fournirent des boîtes aux meilleurs horlogers de l’époque, y compris Montjoye, pour lequel ils créèrent des boîtes de pendules de cartonnier et de pendules colonne ; la colonne étant l’un des motifs de prédilection de l’atelier Osmond.