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Lepaute  -  Osmond
Jean-André Lepaute (1720-1789)
Robert Osmond (1711-1789)

Importante pendule de cartonnier en bronze très finement ciselé et doré

APF_PENDULE057_03

« Lepaute horloger du roi à Paris »

Caisse attribuée à Robert Osmond

Paris, début de l’époque Louis XVI, vers 1770-1775

Hauteur39 Largeur45.5 Profondeur18.5

Provenance :

-Probablement collection Pierre-Paul-Louis Randon de Boisset (1708-1776), receveur général des finances de la généralité de Lyon et fermier général  ; vente de ses collections à Paris, du 27 février au 25 mars 1777, lot 833 ; achetée 1500 livres par Monsieur de Mondragon.

-Collection Fabius Frères, Paris.

 

Le cadran émaillée, signé « Lepaute horloger du roi à Paris », indique les heures en chiffres romains, les minutes en chiffres arabes et les secondes ; il est inscrit dans une superbe caisse rectangulaire en forme d’architecture entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré. La lunette est entourée d’une frise d’entrelacs, la corniche cintrée est soulignée d’une frise d’oves et de dards, les équerres des faces sont décorées de fleurons ou de rinceaux, les côtés sont ornés de masques d’Apollon rayonnants dans des couronnes d’olivier enrubannées, la base à doucine est ceinturée d’une frise de feuilles de persil ; enfin, l’amortissement est formé d’un bouquet de feuilles d’acanthe.

Bibliographie :

– Pierre Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age à nos jours, Paris, 1997, p. 177, fig. E (illustrée).

 

La composition de cette superbe pendule peut être en toute certitude rattachée à l’œuvre de Robert Osmond (1711-1789), l’un des plus célèbres fondeurs parisiens du XVIIIe siècle. En effet, quelques rares autres exemplaires réalisés par cet artisan d’exception offrent un dessin similaire composé d’une borne d’architecture à corniche cintrée, citons particulièrement : un premier modèle anciennement dans les collections du 6ème comte de Rosebery à Mentmore (vente Sotheby’s, 18-20 mai 1977, lot 123) ; ainsi qu’un second illustré dans Tardy, La pendule française, 2ème partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p. 301. Le manque de précision et les erreurs du peintre Pierre Rémy, l’expert de la vente Randon de Boisset, dans les descriptions des mouvements des pendules de cette collection empêchent tout rapprochement définitif ; toutefois, le lot 833 décrivant : « Une autre pendule, à quarts & à fecondes, faite par le Paute, dans sa boîte carré long, en bronze doré, la corniche en est ceintrée, travaillée à oves, le devant orné d’équerres à fleurons, les côtés à soleil, & le socle à moulure en doucine à feuilles de persil : longueur 17 pouces (44,5 cm) sur 15 de haut (39 cm) », semble similaire à l’exemplaire que nous présentons.

Jean-André Lepaute (1720 - 1789)

Cette signature correspond à la collaboration de deux frères, Jean-André Lepaute (1720-1789) et Jean-Baptiste Lepaute (1727-1802), tous deux nommés horlogers du Roi et qui connurent une carrière hors du commun.

Jean-André, né à Thonne-la-Long en Lorraine, vint à Paris en tant que jeune homme et fut rejoint par son frère en 1747. Leur entreprise, créée de fait en 1750, fut formellement fondée en 1758. Reçu maître par la corporation des horlogers en 1759, Jean-André fut d’abord logé au Palais du Luxembourg and ensuite, en 1756, aux Galeries du Louvre. Jean-André Lepaute a écrit un Traité d’Horlogerie, publié à Paris in 1755. Un petit volume, Description de plusieurs ouvrages d’horlogerie apparut en 1764. En 1748 il épousa la mathématicienne et l’astronome Nicole-Reine Etable de la Brière, qui prédit, entre autres, le retour de la comète Halley.

Jean-Baptiste Lepaute, reçu maître en décember 1776, fut connu pour l’horloge à équation du temps qu’il construisit pour l’Hôtel de ville de Paris (1780, détruite par l’incendie de 1871) et celle de l’Hôtel des Invalides.

Ils travaillèrent notamment, en France, pour le Garde-Meuble de la Couronne et les plus grands amateurs de l’époque, à l’étranger, pour le prince Charles de Lorraine et la reine Louise-Ulrique de Suède.

Jean-Baptiste reprit la direction de l’atelier lors de la retraite de son frère Jean-André en 1775.



Robert Osmond (1711 - 1789)

Le bronzier Robert Osmond nait à Canisy, près de Saint-Lô ; il fait son apprentissage dans l’atelier de Louis Regnard, maître fondeur en terre et en sable, devenant maître bronzier à Paris en 1746. On le trouve d’abord rue des Canettes, paroisse St Sulpice, et dès 1761, dans la rue de Mâcon. Robert Osmond devient juré de sa corporation, s’assurant ainsi une certaine protection de ses droits de créateur. En 1753 son neveu quitte la Normandie pour le rejoindre, et en 1761, l’atelier déménage dans la rue de Macon. Le neveu, Jean-Baptiste Osmond (1742-après 1790) est reçu maître en 1764 ; après cette date, il travaille avec son oncle ; leur collaboration fut si étroite qu’il est difficile de distinguer entre les contributions de l’un et de l’autre. Robert Osmond prend sa retraite vers 1775. Jean-Baptiste, qui continue de diriger l’atelier après le départ de son oncle, connaît bientôt des difficultés ; il fait faillite en 1784. Son oncle Robert meurt en 1789.

Bronziers et ciseleurs prolifiques, les Osmond pratiquaient les styles Louis XV et néoclassiques avec un égal bonheur. Leurs œuvres, appréciées à leur juste valeur par les connaisseurs de l’époque, furent commercialisées par des horlogers et des marchands-merciers. Bien qu’ils aient produit toutes sortes de bronzes d’ameublement, y compris des chenets, des appliques et des encriers, aujourd’hui ils sont surtout connus pour leurs caisses de pendules, comme par exemple celle qui représente le Rapt d’Europe (Musée Getty, Malibu, CA,) dans le style Louis XV, et deux importantes pendules néoclassiques, dont il existe plusieurs modèles, ainsi qu’un vase à tête de lion (Musée Condé de Chantilly et le Cleveland Museum of Art) et un cartel avec rubans ciselés (exemples dans le Stockholm Nationalmuseum et le Musée Nissim de Camondo de Paris). Une pendule remarquable, ornée d’un globe, des amours, et d’une plaque en porcelaine de Sèvres (Louvre, Paris) compte également parmi leurs œuvres importantes.

D’abord voués au style rocaille, au début des années 1760 ils ont adopté le nouveau style néoclassique, dont ils devinrent bientôt les maîtres. Ils fournirent des boîtes aux meilleurs horlogers de l’époque, y compris Montjoye, pour lequel ils créèrent des boîtes de pendules de cartonnier et de pendules colonne ; la colonne étant l’un des motifs de prédilection de l’atelier Osmond.