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Gouthière
Pierre Gouthière (1732-1813)

Importante pendule de cheminée « aux sphinges » en marbre blanc statuaire et bronze finement ciselé et doré

APF_Pendule144_03

Attribuée à Pierre Gouthière

Paris, fin de l’époque Louis XVI, vers 1785-1790

Hauteur54.5 Largeur49 Profondeur10.8

Provenance :

– Collection Charles de Beistegui (1895-1970) au Château de Groussay.

 

Le cadran circulaire émaillé indique les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de quinze en chiffres arabes par deux aiguilles en cuivre repercé et doré ; il s’inscrit dans une superbe caisse néoclassique entièrement réalisée en marbre blanc statuaire et bronze très finement ciselé et doré. Le mouvement est renfermé dans une boite octogonale surmontée de l’Amour ailé assis sur un coussin qui tient son arc dans sa main droite et une flèche dans l’autre ; deux guirlandes fleuries et feuillagées retombent sur les côtés. La boite est supportée par un motif feuillagé à graines, posé sur une borne centrée d’un médaillon en relief représentant Vénus et l’Amour, ainsi que par deux sphinges allongées vues à mi-corps et légèrement drapées, coiffées de némès sommés de panaches de plumes. L’ensemble repose sur une terrasse oblongue soulignée d’une frise d’enfilage de perles portée par une base quadrangulaire à décor en applique à motifs dans des réserves de frises stylisées à palmettes et d’un mufle de lion d’où s’échappent deux tigettes feuillagées terminées en enroulements. Enfin, six pieds ciselés de cordelettes torsadées terminent la composition de l’horloge.

Cette pendule, témoignage précoce de l’Egyptomanie en France sous le règne de Louis XVI, figure parmi les créations horlogères parisiennes les plus abouties de l’époque. Elle s’inspire librement de certains projets d’ornemanistes du temps, notamment d’une gravure de Jean-François Forty qui est illustrée dans P. Kjellberg,  Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age au XXe siècle, Paris, 1997, p.173, fig. C ; ainsi que d’un dessin de l’architecte François-Joseph Bélanger (1744-1818) qui correspond à une horloge livrée en 1781 pour le Salon du pavillon de Bagatelle du comte d’Artois ; une pendule du « modèle Artois » est conservée au Metropolitan Museum of Art à New York (voir H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Band I, Munich, 1986, p.280, fig.4.13.4).

L’exemplaire que nous proposons, relativement proche du dessin de Bélanger, se distingue par son exceptionnelle qualité de ciselure qui nous permet de l’attribuer au ciseleur-doreur Pierre Gouthière et par l’originalité de sa composition qui en fait un modèle dit « de commande » certainement livré sur ordre d’un grand amateur parisien de la fin du XVIIIe siècle.  Parmi les rares horloges connues réalisées dans le même esprit, citons notamment : une première pendule, anciennement dans la collection Fabius Frères, qui est reproduite dans Tardy, La pendule française, 2ème partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.237 ; une deuxième, sur laquelle les sphinges sont en marbre blanc de Carrare, est conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans D. Alcouffe, A. Dion-Tenenbaum et G. Mabille, Les bronzes d’ameublement du Louvre, Dijon, 2003, p.208, catalogue n°105) ; enfin, mentionnons particulièrement une dernière pendule de ce type qui appartient aux collections royales anglaises (illustrée dans C. Jagger, Royal Clocks, The British Monarchy and its Timekeepers 1300-1900, Londres, 1983, p.155).

Pierre Gouthière (1732 - 1813)

Pierre Gouthière est certainement le plus talentueux ciseleur parisien de son temps. Patronné par le duc d’Aumont, l’un des plus grands collectionneurs de la seconde moitié du XVIIIe siècle, Gouthière obtient en 1767 son brevet de « doreur ordinaire des Menus Plaisirs du Roi », administration royale qui gérait notamment les commandes privées passées par le souverain aux artistes et aux artisans. Cette nomination lui permet d’acquérir une extraordinaire notoriété et de se composer la plus belle clientèle de l’époque uniquement composée d’amateurs d’objets rares et précieux, parmi laquelle figuraient, outre la famille royale et le duc d’Aumont, de grands aristocrates tels que le marquis de Marigny, frère de la marquise de Pompadour, la princesse Kinsky, la comtesse Du Barry, maîtresse du Roi, la duchesse de Mazarin, le duc de Duras, la duchesse de Villeroy…ainsi que de grands financiers, particulièrement Baudard de Saint-James, richissime trésorier général de la marine, et le puissant banquier Thélusson.