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Mathieu  -  Osmond  -  Coteau
Robert Osmond (1711-1789)
Joseph Coteau (1740-1801)

Rare pendule-vase à indications astronomiques et lunaires entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni

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Cadran signé  » Mathieu fecit  » par l’horloger Claude Mathieu

Le contre-email signé « coteau » et daté « 1774 » par l’émailleur Joseph Coteau

Dans une caisse attribuée au bronzier Robert Osmond

Paris, début de l’époque Louis XVI, vers 1774

Hauteur56 cm Largeur25 cm Profondeur21.5 cm

Provenance :

Collection Vitale ; sa vente, Christie’s, New York, The Vitale Collection of Highly Important European Clocks, 20 octobre 1996, lot 86.

 

Le mouvement à cercles tournants indique sur des cartouches émaillés quadrangulaires les heures en chiffres romains et les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes ; il s’inscrit dans une caisse en vase ovoïde reposant sur une base architecturée entièrement réalisée en bronze très finement ciselé et doré à l’or mat ou à l’or bruni. Le vase, terminé par un bouton à graines, présente des anses détachées auxquelles se rattache une large guirlande de fleurs et de fruits sur laquelle repose une salamandre dont la queue indique l’heure, dans son axe, une petite étoile en strass marque les minutes. Le piédouche évasé, à frise à canaux et tore de joncs animés de feuilles, est supporté par un socle en cavet à réserves à fond amati, lui-même posé sur une base en borne architecturée à pans coupés. Cette dernière est agrémentée de têtes de bélier sur ses côtés, de pilastres à cannelures dans ses angles et de larges guirlandes de lauriers enrubannées, celle de l’arrière enserrant un ruban retenant un médaillon à profil d’Henri IV, celle de la façade ceinturant un cadran circulaire émaillé, signé « Mathieu Fecit », le contre-émail signé « Coteau » et daté « 1774 », présentant sur sa bordure extérieure les signes du zodiaque dans des bordures alternées de cabochons « émeraude » à fleurons dorés et indiquant le calendrier annuel, les jours de la semaine, la date du jour et l’âge et les phases de la lune. L’ensemble repose sur une plinthe à pans coupés, elle-même supportée par un contre-socle de marbre blanc mi-statuaire dit « de Carrare » posé sur quatre pieds en boules aplaties.

Réalisée dans le plus pur esprit néoclassique du tournant des règnes de Louis XV et de Louis XVI, la pendule que nous proposons se distingue par l’originalité de sa composition et par la qualité exceptionnelle de sa ciselure et de sa dorure qui nous permettent de la rattacher à l’œuvre de Robert Osmond, l’un des meilleurs bronziers parisiens de l’époque. Il est intéressant de relever que la quasi-totalité des rares autres pendules connues de ce modèle porte la signature de l’horloger Mathieu, ce qui tend à prouver que l’artisan possédait l’exclusivité de sa commercialisation. Certains exemplaires, moins élaborés, ne portent pas de cadran émaillé à indications astronomiques, tel une pendule signée « Mathieu » qui est illustrée dans Tardy, La pendule française dans le monde, Paris, 1994, p.192, planche XXIII.

Enfin, relevons particulièrement que trois autres pendules identiques à celle que nous proposons sont répertoriées : la première, qui a la particularité d’être flanquée de figures allégoriques en bronze patiné, fut livrée en 1798 pour le Palais Michel de Saint-Pétersbourg et appartient de nos jours aux collections du Grand Palais du Kremlin à Moscou (illustrée dans J-D. Augarde, Les ouvriers du Temps, La pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier, Editions Antiquorum, Genève, 1996, p.205, fig.167) ; la deuxième, qui a fait partie successivement des collections George Field, Wertheimer et Greenberg, est reproduite dans Winthrop Kellogg Edey, French Clocks, 1967, p.67 ; enfin, la dernière est apparue sur le Marché de l’Art français lors de la dispersion des collections de Charles de Beistegui au Château de Groussay (vente Sotheby’s, France, le 3 juin 1999, lot 868).

Claude Mathieu

La signature “Mathieu fecit” est celle de Claude Mathieu, dit « l’aîné », l’un des plus importants horlogers parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Frère de l’horloger Edme Mathieu, dit « le jeune », il obtient sa maîtrise le 31 juillet 1754. Son atelier est successivement mentionné rue Neuve des Capucins en 1754 et rue Saint-Honoré à partir de 1757 (voir J-D. Augarde, Les ouvriers du Temps, Genève, 1996, p.374). Il rencontre rapidement une grande notoriété auprès des grands collectionneurs d’horlogerie de luxe, notamment le comte de La Marck, et quelques-unes de ses réalisations sont mentionnées dès cette époque chez certains grands collectionneurs. A la Révolution, il fait partir du jury chargé de décider des questions du nouveau système horaire.



Robert Osmond (1711 - 1789)

Le bronzier Robert Osmond nait à Canisy, près de Saint-Lô ; il fait son apprentissage dans l’atelier de Louis Regnard, maître fondeur en terre et en sable, devenant maître bronzier à Paris en 1746. On le trouve d’abord rue des Canettes, paroisse St Sulpice, et dès 1761, dans la rue de Mâcon. Robert Osmond devient juré de sa corporation, s’assurant ainsi une certaine protection de ses droits de créateur. En 1753 son neveu quitte la Normandie pour le rejoindre, et en 1761, l’atelier déménage dans la rue de Macon. Le neveu, Jean-Baptiste Osmond (1742-après 1790) est reçu maître en 1764 ; après cette date, il travaille avec son oncle ; leur collaboration fut si étroite qu’il est difficile de distinguer entre les contributions de l’un et de l’autre. Robert Osmond prend sa retraite vers 1775. Jean-Baptiste, qui continue de diriger l’atelier après le départ de son oncle, connaît bientôt des difficultés ; il fait faillite en 1784. Son oncle Robert meurt en 1789.

Bronziers et ciseleurs prolifiques, les Osmond pratiquaient les styles Louis XV et néoclassiques avec un égal bonheur. Leurs œuvres, appréciées à leur juste valeur par les connaisseurs de l’époque, furent commercialisées par des horlogers et des marchands-merciers. Bien qu’ils aient produit toutes sortes de bronzes d’ameublement, y compris des chenets, des appliques et des encriers, aujourd’hui ils sont surtout connus pour leurs caisses de pendules, comme par exemple celle qui représente le Rapt d’Europe (Musée Getty, Malibu, CA,) dans le style Louis XV, et deux importantes pendules néoclassiques, dont il existe plusieurs modèles, ainsi qu’un vase à tête de lion (Musée Condé de Chantilly et le Cleveland Museum of Art) et un cartel avec rubans ciselés (exemples dans le Stockholm Nationalmuseum et le Musée Nissim de Camondo de Paris). Une pendule remarquable, ornée d’un globe, des amours, et d’une plaque en porcelaine de Sèvres (Louvre, Paris) compte également parmi leurs œuvres importantes.

D’abord voués au style rocaille, au début des années 1760 ils ont adopté le nouveau style néoclassique, dont ils devinrent bientôt les maîtres. Ils fournirent des boîtes aux meilleurs horlogers de l’époque, y compris Montjoye, pour lequel ils créèrent des boîtes de pendules de cartonnier et de pendules colonne ; la colonne étant l’un des motifs de prédilection de l’atelier Osmond.



Joseph Coteau (1740 - 1801)

Joseph Coteau est le plus célèbre émailleur de son temps et collabora avec la plupart des grands horlogers parisiens de l’époque. Il était né à Genève, ville dans laquelle il devint maître peintre-émailleur de l’Académie de Saint Luc en 1766 ; puis il vint s’installer à Paris quelques années plus tard. A partir de 1772, jusqu’à la fin de sa vie, il est installé rue Poupée. Coteau laissa notamment son nom à une technique précieuse d’émaux en relief qu’il mit au point avec Parpette destinée au décor de certaines pièces de porcelaine de Sèvres et qu’il utilisa par la suite pour le décor des cadrans des pendules les plus précieuses ; décorés de ce décor si caractéristique, mentionnons notamment : une écuelle couverte et son plateau qui appartiennent aux collections du Musée national de la Céramique à Sèvres (Inv. SCC2011-4-2) ; ainsi qu’une paire de vases dits « cannelés à guirlandes » conservée au Musée du Louvre à Paris (parue dans le catalogue de l’exposition Un défi au goût, 50 ans de création à la manufacture royale de Sèvres (1740-1793), Musée du Louvre, Paris, 1997, p.108, catalogue n°61) ; et une aiguière et sa cuvette dites « de la toilette de la comtesse du Nord » exposées au Palais de Pavlovsk à Saint-Pétersbourg (reproduites dans M. Brunet et T. Préaud, Sèvres, Des origines à nos jours, Office du Livre, Fribourg, 1978, p.207, fig.250). Enfin, soulignons, qu’une pendule lyre de l’horloger Courieult en porcelaine bleue de Sèvres, le cadran signé « Coteau » et daté « 1785 », est conservée au Musée national du château de Versailles ; elle semble correspondre à l’exemplaire inventorié en 1787 dans les appartements de Louis XVI au château de Versailles (illustrée dans Y. Gay et A. Lemaire, « Les pendules lyre », in Bulletin de l’Association nationale des collectionneurs et amateurs d’Horlogerie ancienne, automne 1993, n°68, p.32C).