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Lepaute  -  Petit
Jean-André Lepaute (1720-1789)
Nicolas Petit (1732-1791)

Important régulateur à équation du temps sectoriel dans sa caisse violonée en marqueterie florale

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« Lepaute »

Dans une caisse attribuée à Nicolas Petit

Paris, fin de l’époque Louis XV, vers 1765

Hauteur215 Largeur63 Profondeur24

Le cadran annulaire en laiton doré et gravé, signé « Lepaute », indique les heures en chiffres romains, les minutes par tranches de cinq en chiffres arabes, les secondes et présente un guichet inférieur dévoilant un calendrier annuel, grâce à trois aiguilles en acier poli et bleui ; il renferme un second cadran en laiton guilloché marque l’équation du temps, c’est-à-dire la différence entre l’heure solaire (temps vrai) et l’heure terrestre (temps moyen). Le mouvement s’inscrit dans une caisse violonée, marquetée de branchages et de bouquets fleuris et feuillagés en bois teintés se détachant sur des fonds d’amarante de fil dans des encadrements de bois satiné, qui repose sur un socle et une base quadrangulaire en placage de bois de violette marqueté en ailes de papillon ; la façade ouvre par une porte qui dévoile le balancier à gril. L’ensemble est richement agrémenté d’une ornementation en bronze très finement ciselé et doré : l’amortissement est souligné de crosses feuillagées sommées d’un fleuron ; le mouvement surmonte un motif à double feuille d’acanthe centré d’un masque de Diane couronnée d’un croissant de lune ; la façade présente une ouverture circulaire vitrée bordée d’une double crosse affrontée à rinceaux et volutes et surmontée d’un trophée aux attributs de la Géographie composé d’une équerre, d’un compas, d’une longue-vue et d’un globe terrestre sur piédouche ; enfin, deux larges rinceaux d’acanthe à enroulements soulignent le galbe du soubassement trapézoïdal.

La composition originale de ce superbe régulateur témoigne de la collaboration d’artisans parisiens de tout premier plan, les horlogers Lepaute et l’ébéniste Nicolas Petit, à qui nous attribuons la caisse de l’horloge que nous proposons. Ce dernier occupe une place particulière dans la grande ébénisterie parisienne de la seconde moitié du XVIIIe siècle. En effet, au XVIIIe siècle la majorité des artisans en meubles parisiens se limitaient à la réalisation de pièces d’ébénisterie « courantes » tels que les secrétaires, bibliothèques, tables, guéridons, armoires ou commodes, le tout avec plus ou moins de talent et d’habileté ; la production de Nicolas Petit dans ce domaine est notamment révélatrice de son savoir-faire exceptionnel de marqueteur. Parallèlement à cette production classique, l’ébéniste développa une activité, rarement privilégiée par ses confrères, qui consistait à créer des caisses de régulateurs destinées à recevoir les mouvements et les cadrans des grands horlogers de l’époque. Il déclina si parfaitement les formes violonées, lyres ou néoclassiques, et parvint à une telle maîtrise de ce art, qu’il devint en l’espace de quelques années le principal partenaire des plus importants horlogers parisiens du temps, particulièrement des Lepaute.

L’exemplaire que nous présentons est caractéristique des débuts de cette collaboration qui durera plusieurs décennies. Sa forme élégante, la qualité des bois de placage employés, rigoureusement sélectionnés par l’ébéniste, et la perfection du mécanisme d’horlogerie, nous permettent de le situer parmi les exemplaires les plus aboutis de cette première période de cette coopération Lepaute-Petit. De nos jours, parmi les rares régulateurs connus estampillés ou attribués à l’ébéniste de dessin identique, mais avec des variantes dans la marqueterie et dans le traitement du décor de bronze doré, citons tout d’abord trois modèles à marqueterie de croisillons : le premier, le cadran par Ferdinand Berthoud, est conservé dans la collection Tieger à Milan (voir le catalogue de l’exposition Ferdinand Berthoud 1727-1807, Horloger mécanicien du Roi et de la Marine, Musée international d’Horlogerie, La Chaux-de-Fonds, 1984, p.248, fig.121) ; le deuxième estampillé Petit est illustré dans P. Siguret, Le style Louis XV, Fribourg, 1965, p.122 ; enfin, le troisième appartient aux collections du Musée hongrois des Arts décoratifs de Budapest (reproduit dans H. Szabolcsi, Meubles français en Hongrie, 1964, fig.19). Ensuite, mentionnons deux modèles en bois de placage : le premier, en bois de rose et amarante, est paru dans P. Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Age à nos jours, Les éditions de l’Amateur, Paris, 1997, p.303 ; tandis que le second, le cadran émaillé signé « Lepaute », a été étudié dans la monographie consacrée à l’ébéniste (voir A. Droguet, Nicolas Petit 1732-1791, Les éditions de l’Amateur, Paris, 2001, p.69). Enfin, relevons qu’un dernier modèle, richement marqueté de marqueterie florale sur fond de bois de rose, est reproduit dans P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Schiffer Publishing, 1988, p.107, fig.191.

Jean-André Lepaute (1720 - 1789)

Cette signature correspond à la collaboration de deux frères, Jean-André Lepaute (1720-1789) et Jean-Baptiste Lepaute (1727-1802), tous deux nommés horlogers du Roi et qui connurent une carrière hors du commun.

Jean-André, né à Thonne-la-Long en Lorraine, vint à Paris en tant que jeune homme et fut rejoint par son frère en 1747. Leur entreprise, créée de fait en 1750, fut formellement fondée en 1758. Reçu maître par la corporation des horlogers en 1759, Jean-André fut d’abord logé au Palais du Luxembourg and ensuite, en 1756, aux Galeries du Louvre. Jean-André Lepaute a écrit un Traité d’Horlogerie, publié à Paris in 1755. Un petit volume, Description de plusieurs ouvrages d’horlogerie apparut en 1764. En 1748 il épousa la mathématicienne et l’astronome Nicole-Reine Etable de la Brière, qui prédit, entre autres, le retour de la comète Halley.

Jean-Baptiste Lepaute, reçu maître en décember 1776, fut connu pour l’horloge à équation du temps qu’il construisit pour l’Hôtel de ville de Paris (1780, détruite par l’incendie de 1871) et celle de l’Hôtel des Invalides.

Ils travaillèrent notamment, en France, pour le Garde-Meuble de la Couronne et les plus grands amateurs de l’époque, à l’étranger, pour le prince Charles de Lorraine et la reine Louise-Ulrique de Suède.

Jean-Baptiste reprit la direction de l’atelier lors de la retraite de son frère Jean-André en 1775.



Nicolas Petit (1732 - 1791)

Nicolas Petit figure parmi les plus importants artisans en meubles parisiens de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Après son accession à la maîtrise, en janvier 1761, il établit son atelier à l’enseigne du « Nom de Jésus » dans le quartier du Faubourg Saint-Antoine et acquiert rapidement une grande notoriété. Pendant près d’une trentaine d’années, l’ébéniste va produire de nombreux meubles en cherchant toujours à s’adapter à l’évolution du goût et aux désirs de sa clientèle composée de personnalités de l’aristocratie et d’amateurs, notamment le président Tascher et les ducs d’Orléans, d’Harcourt et de Bouillon. De nos jours, certains de ses meubles appartiennent aux plus grandes collections publiques internationales, citons notamment ceux exposés au Musée des Arts décoratifs de Lyon, au Musée lorrain de Nancy, aux musées des Arts décoratifs, des Arts et Métiers et Carnavalet à Paris, au Musée Lambinet à Versailles, à la Wallace Collection à Londres, dans la collection James de Rothschild à Waddesdon Manor et au Musée Calouste Gulbenkian à Lisbonne.



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