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Lepaute  -  Jacob-Desmalter
Jean-Joseph Lepaute (1768-?)
Jacob-Desmalter (1770-1841)

Important régulateur de cabinet dit « pendule à secondes » indiquant le temps vrai et le temps moyen

APF_Régulateur013_04

Dans une caisse attribuée à l’atelier de Jacob-Desmalter

Paris, début de l’époque Restauration, règne de Louis XVIII, vers 1821-1823

Hauteur205.5 Largeur53.5 Profondeur27

Le cadran circulaire émaillé blanc, signé « J.J. Lepaute/Hr du Roi & de la Ville/Rue St Honoré n°247 », indique par trois aiguilles en bronze doré et repercé ou métal bleui : le temps moyen dit « terrestre » en renseignant les heures en chiffres romains et les graduations des minutes, l’équation du temps ou « temps vrai » et le calendrier annuel par l’affichage des jours du mois et des mois de l’année associés à leurs symboles astrologiques respectifs ; enfin, il marque les secondes par une trotteuse centrale. Il est ceinturé d’une lunette en bronze ou laiton mouluré et doré ; le mouvement supporte un lourd balancier à gril bimétallique sur lequel est fixée la lentille ; l’ensemble est inscrit dans une caisse architecturée en acajou, dont le corps principal, en forme de gaine vitrée sur trois faces, est surmonté d’une corniche débordante à baguette moulurée agrémentée d’une frise de denticules alternées de pastilles et supporte un entablement sommital quadrangulaire ; le socle est rythmé sur ses trois faces principales de réserves à encadrements de baguettes centrées de losanges en ressaut ; la base pleine est soulignée de moulures travaillées en doucine.

Cette superbe horloge présente la particularité d’être renfermée dans une caisse néoclassique en acajou poli, dont la composition, volontairement dépouillée à l’extrême, est destinée à mettre en valeur l’ingéniosité et la précision du mécanisme, le mouvement du balancier et la beauté du cadran émaillé. Cette démarche esthétique, héritée des modèles déclinés dans les dernières années du XVIIIe siècle, découlait de la volonté de l’Empereur Napoléon qui préconisait un style sobre et élégant dans lequel l’acajou triomphait superbement privilégiant la pureté des lignes et la rareté des feuilles de bois d’acajou disposées le plus souvent de travers ou de fil et offrant de rares effets moirés, flammés, pommelés ou mouchetés. Concernant l’attribution de cette caisse en acajou dite « cabinet » à l’atelier de Jacob-Desmalter, elle se justifie par la précision des assemblages et la qualité des feuilles de bois minutieusement sélectionnées par l’artisan. En effet, cet ébéniste-menuisier n’hésitait pas, parallèlement à ses réalisations classiques, à créer « à la demande » de somptueuses caisses de régulateurs ; voir notamment un premier exemplaire reproduit dans Tardy, La pendule française, 2ème Partie : Du Louis XVI à nos jours, Paris, 1975, p.423 ; ainsi qu’un second, réalisé en 1803 par l’atelier des Jacob, qui appartient de nos jours aux collections de la Bibliothèque de l’Institut de France à Paris (paru dans J-D. Augarde, Les ouvriers du Temps, La pendule à Paris de Louis XIV à Napoléon Ier, Genève, 1996, p.351, fig.263).

Parmi les rares exemplaires réalisés dans le même esprit, citons notamment : un premier modèle, réalisé par Antide Janvier en 1804, qui est exposé au Musée Paul-Dupuy à Toulouse (illustré dans M. Hayard, Antide Janvier 1751-1835, Horloger des étoiles, Villeneuve-Tolosane, 1995, p.173) ; ainsi qu’un deuxième, le cadran signé Robin, qui appartient aux collections du Musée Lambinet à Versailles (voir le catalogue de l’exposition La Révolution dans la mesure du temps, calendrier républicain heure décimale 1793-1805, Musée international d’horlogerie, La Chaux-de-Fonds, 1989, p.69, fig.15) ; un troisième, le cadran de Laresche, est paru dans P. Heuer et K. Maurice, European Pendulum Clocks, Decorative Instruments of Measuring Time, Munich, 1988, p.125, fig.229 ; un quatrième, livré par l’horloger Godon au roi d’Espagne dans les premières années du XIXe siècle, figure dans les collections royales espagnoles (cf. J. Ramon Colon de Carvajal, Catalogo de Relojes del Patrimonio nacional, Madrid, 1987, p.108-109, catalogue n°89) ; citons également un autre régulateur, le cadran signé par l’émailleur Dubuisson, qui appartient aux collections du Château Wilhelmshöhe près de Cassel (voir R. Mühe et Horand M. Vogel, Horloges anciennes, Manuel des horloges de table, des horloges murales et des pendules de parquet européennes, Fribourg, 1978, p.287, figs.579-580) ; enfin, mentionnons particulièrement un dernier régulateur, livré par Pierre-Basile et Jean-Joseph Lepaute en 1809 pour le Grand Cabinet de Napoléon au Grand Trianon, qui est toujours conservé dans ce palais (reproduit dans P. Arizzoli-Clémentel et J-P. Samoyault, Le mobilier de Versailles, chefs-d’œuvre du XIXe siècle, Editions Faton, Dijon, 2009, p.280-281, catalogue n°104 ; voir également D. Ledoux-Lebard, Inventaire général du Musée national de Versailles et des Trianons, Tome 1, Le grand Trianon, Meubles et objets d’art, Editions De Nobele, Paris, 1975, p.116-117).

Jean-Joseph Lepaute (1768 - ?)

Né à Bièvres dans les Ardennes en 1768, Jean-Joseph Lepaute, dit Collignon, appartient à l’un des dynasties d’horlogers parisiens les plus brillantes du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. Neveu de Pierre-Basile Lepaute, dit Sully-Lepaute, il s’associe avec son oncle sous la raison sociale « Lepaute Oncle & Neveu » de 1798 à 1811, période au cours de laquelle ils remportent notamment une brillante médaille d’argent à l’Exposition des Produits de l’Industrie de 1806. A partir de 1811, Jean-Joseph fonde sa propre maison sous le nom « Lepaute neveu à Paris », installe son atelier Place du Palais Royal et reçoit le titre honorifique d’Horloger du Roi de Rome, fils de Napoléon. En 1813, il réalise une horloge pour le Palais de Fontainebleau, puis livre d’autres réalisations pour les châteaux de Saint-Cloud et de Compiègne. Après la chute de l’Empereur, il continue à recevoir d’importantes commandes publiques et est mentionné rue de Richelieu en 1820, puis rue Saint-Honoré l’année suivante. Ayant perdu prématurément son fils, il cédera son fonds de commerce à son gendre et cousin Augustin-Joseph-Henry Lepaute.



Jacob-Desmalter (1770 - 1841)

François-Honoré-Georges Jacob, dit Jacob-Desmalter peut être considéré comme le plus important artisan en sièges parisien du premier quart du XIXe siècle. Fils cadet du célèbre menuisier Georges Jacob (1739-1814), il se maria en 1798 avec Adélaïde-Anne Lignereux, la fille du célèbre marchand Martin-Eloi Lignereux. Dans un premier temps, il se distingua par ses qualités de dessinateur, puis en 1796, il s’associa avec son frère aîné Georges II Jacob (1768-1803) et tous deux reprirent l’atelier paternel de la rue Meslée sous la raison sociale Jacob Frères. Après le décès de son frère, Jacob Desmalter devint partenaire de son père, revenu aux affaires, et changea son estampille. Pendant près d’une décennie, ils vont être les fournisseurs privilégiés du Garde-Meuble impérial et des grands amateurs du temps. Toutefois, en 1813, les nombreux retards de paiements de l’administration impériale entraîneront la faillite de la maison Jacob. En 1825, après de multiples péripéties, il vendit son fonds de commerce à son fils contre une confortable rente viagère de 6000 francs par an. Libéré de la charge de l’entreprise, il entreprit quelques voyages, notamment en Angleterre où George IV lui demanda de participer au décor du château de Windsor. Il mourut à Paris, rue Cadet, le 15 août 1841.



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