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Jacob-Desmalter  -  Thomire
Jacob-Desmalter (1770-1841)
Pierre-Philippe Thomire (1757-1843)

Importante table de milieu formant coiffeuse en placage de loupe d’orme et de loupe d’amboine

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L’ébénisterie attribuée à François-Honoré-Georges Jacob, dit Jacob-Desmalter (1770-1841)

Les bronzes attribués à Pierre-Philippe Thomire

Paris, début de l’époque Restauration, période Charles X, vers 1815-1820

Hauteur179 Largeur131 Profondeur73

Provenance :

– Ancienne collection James de Rothschild (1792-1868).

 

A décor dit « toutes faces », cette rare table de toilette présente une composition originale en deux parties et est richement ornée de bronze finement ciselé, patiné « à l’antique » et doré. La partie haute s’organise autour d’un miroir circulaire, renfermé dans un encadrement à frise fleurie ou feuillagée, rattaché à deux fûts balustres ciselés de feuilles d’eau, palmettes, acanthes, bagues feuillagées ou moletées…et reposant sur des piétements tripodes en jarrets de félin. Ils supportent des bouquets de lumière à cinq branches, dont quatre sinueux soulignés de rinceaux « en arabesques » ponctués de rosaces, et portent chacun un bras articulé repliable à deux bobèches ; sur le côté de chaque fût, est une superbe figure féminine représentant une jeune nymphe debout coiffée de fleurs ; les bases quadrangulaires sont soulignées de frises de feuillages stylisés et de tores en joncs rubanés. L’ensemble repose sur un plateau en marbre bleu turquin à réserve moulurée supporté par une table à large entablement ouvrant par deux tiroirs latéraux en opposition, le devant déployant une tablette libérée par un bouton poussoir. La ceinture est ornée d’un motif feuillagé et repercé à couronne flanquée de rinceaux, palmettes ou fleurons, et repose sur quatre forts pieds en consoles soulignés de motifs feuillagés, terminés en sabots à enroulements et réunis par une entretoise en H à barrette en double balustre à bagues feuillagées.

Cette rare table est l’un des modèles de meubles de toilette parmi les plus élaborés des premières décennies du XIXe siècle. Cette composition étagée bien spécifique, en deux parties, dont l’un formant miroir, se distingue des coiffeuses du XVIIIe siècle sur lesquelles les parties à miroir apparaissaient au revers d’abattants. Ici, le miroir fait partie intégrante du meuble et dévoile toute son utilité. De nos jours, parmi les rares exemplaires répertoriés réalisés dans le même esprit, citons notamment : un premier modèle, commandé à Antoine-Thibaut Baudouin dès 1809 par l’impératrice Joséphine et précocement marqueté en loupe de frêne, qui est exposé au Grand Trianon (reproduit dans le catalogue de l’exposition L’aigle et le papillon, Symboles des pouvoirs sous Napoléon 1800-1815, Musée des Arts décoratifs, Paris, 2007, p.116-117) ; un deuxième fut acheté directement sur le stand de l’ébéniste Félix Rémond à l’Exposition des Produits de l’Industrie de 1823 par la duchesse de Berry, puis placé dans le nouvel appartement de la duchesse au Palais des Tuileries ; il appartient de nos jours au Musée des Arts décoratifs à Paris (paru dans le catalogue de l’exposition Entre cour et jardin, Marie-Caroline, duchesse de Berry, Musée de l’Ile-de-France, Sceaux, 2007, p.131) ; un troisième fut livré par Jacob-Desmalter en 1807 pour le Palais de Compiègne (illustré J-P. Samoyault, Mobilier français Consulat et Empire, Paris, 2009, dans p.227) ; un quatrième fut livré vers 1809 par Jacob-Desmalter pour les appartement de l’Impératrice et possède la particularité de reposer sur des pieds en lyres (voir J-M. Moulin, Guide du musée national du château de Compiègne, Paris, 1992, p.81) ; un cinquième, livré en 1809 par Thomire-Duterme et Cie pour la chambre à coucher de l’impératrice au Palais de Fontainebleau, est toujours conservé dans ce château ; son ébénisterie est rapprochée de l’atelier des Jacob dans J-P. Samoyault, Fontainebleau, Musée national du château, Meubles entrés sous le Premier Empire, RMN, Paris, 2004, p.292-293 ; enfin, citons également, car réalisée dans le même esprit, la coiffeuse en cristal créée par la Maison « A l’Escalier de cristal » vers 1819 et exposée aujourd’hui au Musée du Louvre à Paris (illustrée dans D. Alcouffe, A. Dion-Tenenbaum et A. Lefébure, Le mobilier du Louvre, Tome I, Editions Faton, Dijon, 1993, p.321, catalogue n°110).

Jacob-Desmalter (1770 - 1841)

François-Honoré-Georges Jacob, dit Jacob-Desmalter peut être considéré comme le plus important artisan en sièges parisien du premier quart du XIXe siècle. Fils cadet du célèbre menuisier Georges Jacob (1739-1814), il se maria en 1798 avec Adélaïde-Anne Lignereux, la fille du célèbre marchand Martin-Eloi Lignereux. Dans un premier temps, il se distingua par ses qualités de dessinateur, puis en 1796, il s’associa avec son frère aîné Georges II Jacob (1768-1803) et tous deux reprirent l’atelier paternel de la rue Meslée sous la raison sociale Jacob Frères. Après le décès de son frère, Jacob Desmalter devint partenaire de son père, revenu aux affaires, et changea son estampille. Pendant près d’une décennie, ils vont être les fournisseurs privilégiés du Garde-Meuble impérial et des grands amateurs du temps. Toutefois, en 1813, les nombreux retards de paiements de l’administration impériale entraîneront la faillite de la maison Jacob. En 1825, après de multiples péripéties, il vendit son fonds de commerce à son fils contre une confortable rente viagère de 6000 francs par an. Libéré de la charge de l’entreprise, il entreprit quelques voyages, notamment en Angleterre où George IV lui demanda de participer au décor du château de Windsor. Il mourut à Paris, rue Cadet, le 15 août 1841.



Pierre-Philippe Thomire (1757 - 1843)

Pierre-Philippe Thomire est le plus important bronzier parisien du dernier quart du XVIIIe siècle et des premières décennies du siècle suivant. À ses débuts, il travaille pour Pierre Gouthière, ciseleur-fondeur du roi, puis collabore dès le milieu des années 1770 avec Louis Prieur. Il devient ensuite l’un des bronziers attitrés de la manufacture royale de Sèvres, travaillant au décor de bronze de la plupart des grandes créations du temps. Après la Révolution, il rachète le fonds de commerce de Martin-Eloi Lignereux et devient le plus grand pourvoyeur de bronzes d’ameublement pour les châteaux et palais impériaux. Parallèlement, il travaille pour une riche clientèle privée française et étrangère parmi laquelle figure notamment quelques maréchaux de Napoléon. Enfin, il se retire des affaires en 1823.