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Gouthière
Pierre Gouthière (1732-1813)

Rare paire de candélabres à trois lumières à fûts en carquois

APF_CHANDELIERS01_02

Paris, fin de l’époque Louis XVI, vers 1790

Hauteur44 Largeur27.5

Les candélabres sont formés de fûts fuselés en marbre bleu turquin mouluré enserrés dans des montures de bronze finement ciselé et doré ; les culots feuillagés sont terminés de graines, tandis que les chapiteaux sont décorés de feuilles d’acanthe et supportent des terrasses, bordées de tores de laurier, sur lesquelles sont adaptés des empennages de flèches. Les fûts sont soulignés de tigettes terminées de feuillages ceinturées d’un bandeau à fond amati sur lequel viennent se fixer les trois bras de lumières sinueux à plaquettes circulaires et binets ornés de motifs feuillagés ; ces bras s’échappent de montants inférieurs terminés par des pieds à grecques et ornés de dés à rosaces. L’ensemble repose sur des bases circulaires soulignées de frises ciselées.

La composition originale, peut-être unique, de cette rare paire de candélabres s’inscrit parmi les plus belles réalisations de bronzes d’ameublement parisiens à thématique martiale. A notre connaissance, la forme en carquois semble apparaître dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et fut utilisée par les bronziers parisiens essentiellement sur des modèles de luminaires, mais jamais dans la création de candélabres. Ainsi, pour des exemplaires d’appliques en carquois de cette époque, citons notamment une paire, réalisée par Pierre Gouthière pour la duchesse de Mazarin, qui est conservée dans les collections du musée du Louvre (illustrée dans D. Alcouffe, A. Dion-Tenenbaum et G. Mabille, Les bronzes d’ameublement du Louvre, Dijon, 2004, p. 247-250) ; ainsi qu’un modèle de Pierre-Philippe Thomire qui appartient aux collections du musée national du château de Compiègne (reproduit dans H. Ottomeyer et P. Pröschel, Vergoldete Bronzen, Band I, Munich, 1986, p. 292, fig. 4.16.18).

Cette paire de candélabres peut être attributée au fondeur-doreur parisien Pierre Gouthière (1732-1813), qui a livré une paire d’appliques similaires au Grand Salon de l’hôtel particulier de la duchesse de Mazarin, Quai Malaquais, que la duchesse avait acquis en 1767. En 1777 elle commanda à  Gouthière des décorations d’une cheminée, une console (Frick Collection, New York) et deux piédestaux pour le grand salon, qu’il fournit en 1781, avec les candélabres. Comme la paire présente, ils étaient en forme de carquois, mais en bronze patiné bleu au lieu d’être en marbre bleu turquin et les  branches étaient enroulées de branches de pavot. Il est intéressant de noter que la composition des piédestaux, de la console et de la cheminée intégrait le marbre bleu également, ce qui crée une harmonie entre toutes les pièces créées par Gouthière pour la duchesse. Autre élément qui indique une attribution à Gouthière, l’usage de la dorure au matte, employée pour les fûts, les bases, et les frises grecs. Cette technique, où le subtil fini sablé fournit un beau contraste avec les brunis, fut inventée par Gouthière qui l’enseigna à son élève Pierre-Philippe Thomire.

Pierre Gouthière (1732 - 1813)

Pierre Gouthière est certainement le plus talentueux ciseleur parisien de son temps. Patronné par le duc d’Aumont, l’un des plus grands collectionneurs de la seconde moitié du XVIIIe siècle, Gouthière obtient en 1767 son brevet de « doreur ordinaire des Menus Plaisirs du Roi », administration royale qui gérait notamment les commandes privées passées par le souverain aux artistes et aux artisans. Cette nomination lui permet d’acquérir une extraordinaire notoriété et de se composer la plus belle clientèle de l’époque uniquement composée d’amateurs d’objets rares et précieux, parmi laquelle figuraient, outre la famille royale et le duc d’Aumont, de grands aristocrates tels que le marquis de Marigny, frère de la marquise de Pompadour, la princesse Kinsky, la comtesse Du Barry, maîtresse du Roi, la duchesse de Mazarin, le duc de Duras, la duchesse de Villeroy…ainsi que de grands financiers, particulièrement Baudard de Saint-James, richissime trésorier général de la marine, et le puissant banquier Thélusson.